Au lendemain de la nouvelle annoncée du choix de monsieur Sleiman Frangié comme candidat sérieux à la présidence de la République, après cinq cent quarante-six jours de vacance présidentielle, les chrétiens de ce pays se réveillent d'un long cauchemar totalement assommés et groggys ! Ils commencent pour la première fois à se poser des questions pour essayer de comprendre le comment du pourquoi de cette longue traversée.
Une campagne présidentielle déjà mal emmanchée par une invitation du maître de Bkerké qui avait décidé, dès le début, de faire l'impasse sur tous les candidats maronites indépendants potentiels et d'inviter à sa table uniquement les quatre leaders représentant les principales formations politiques chrétiennes. Partis sur de longs et infructueux palabres, ces derniers n'ont malheureusement pas pu aboutir à une position commune et aller à l'Assemblée nationale pour élire un président. Dès cet instant, les différentes forces sur la scène politique interne, et principalement les chrétiennes d'entre elles, ont pratiqué des mois durant un « cache-cache » malsain et irresponsable. Le responsable de cette attitude ambiguë et suicidaire est le général Aoun qui, fort de son alliance avec le Hezbollah, n'a cessé d'asséner quotidiennement son fameux slogan :
« ... Ce sera moi ou personne... » Un blocage de vote s'est ensuivi ! Constatant entre-temps qu'il n'arrivait pas malgré cette tactique à s'imposer au titre de candidat consensuel, il a alors essayé de courtiser le représentant du plus grand bloc adverse, là encore il a échoué. Se ravisant et n'acceptant pas de se considérer hors de la course présidentielle, il a alors choisi d'établir une « charte de principes » avec le second groupe chrétien avec lequel il était en désaccord permanent, pour rasséréner les relations, organiser les rapports dans le camp chrétien et attendre de nouvelles occasions pour se hisser au-devant de la scène, mais cette dernière démarche, au lieu de l'avantager, a crispé encore plus la machine, car elle a collatéralement porté préjudice à l'autre aile du camp chrétien en créant, consciemment ou inconsciemment, des perturbations dans les relations entre ce dernier et son allié sunnite. À la signature de l'accord entre le G5, les USA et l'Iran, le général a espéré à nouveau, mais les vents ne lui ont pas été favorables. Plus grave encore, les parties internationales impliquées dans la situation régionale ont fini, de guerre lasse, par intervenir directement dans cette interminable course à la présidence et choisi de ne même plus tenir compte du camp chrétien profondément divisé pour s'exprimer. Ils ont décidé de le faire directement par l'intermédiaire du chef du camp sunnite qui, soit dit en passant, aurait pu, au nom de la « consensualité nationale » et de l'alliance sacrée du 14 Mars, agir avec plus d'élégance et de doigté avec le bloc chrétien pour le notifier de la décision américano-saoudienne du choix du candidat Frangié, qu'ils ont affublé de « sérieux », comme pour dire :... « Ce sera lui ou personne »... Pour fermer la boucle, le président Hariri en a informé le président Hollande, qui s'est empressé de prendre contact avec monsieur Frangié avant même que l'élection n'ait eu lieu, là aussi la démarche est, pour le moins qu'on puisse dire, étonnante pour le chef d'un pays phare de la démocratie et ami incontournable des chrétiens du Liban... !
Alors, entre l'impossibilité d'élire un président du fait du blocage du général, le danger d'effondrement du Liban et une élection au forceps, les leaders internationaux et régionaux ont choisi une candidature compatible avec les délicatesses géostratégiques régionales du moment et n'ont pas tenu compte des sensibilités chrétiennes... ! Cette décision, il faut bien se le dire, est le résultat de toutes ses gesticulations inutiles et maladroites durant cette vacance. Mais ce choix, vu sous l'angle des chrétiens du 14 Mars, est un camouflet, il aurait dû l'être également pour l'allié sunnite, ainsi que pour l'allié druze, avant que ce dernier n'y gèle sa participation, parce qu'ils les ramènent tous à la case zéro puisqu'ils vont, dans l'absolu, voter pour élire un président de la République allié de Bachar el-Assad et d'un Hezbollah engagé encore en Syrie avec toute son armada... !
Loin de vouloir critiquer au travers de l'analyse susmentionnée le choix de Sleiman Frangié qui est avant tout le fils d'une grande famille maronite profondément attachée à l'histoire du Liban et qui a les mêmes droits que ses pairs à accéder à la présidence de la République, l'inquiétude est ailleurs, elle pose en effet la question de savoir comment, dans cette nouvelle configuration régionale et internationale, le camp chrétien va réagir et quelle est sa marge de manœuvre... N'y a-t-il pas de fortes chances que ce bloc ne choisisse de se réunifier autour de la candidature d'ultras représentés par soit le général Aoun, soit Samir Geagea et que nous assistions à une véritable confrontation entre l'un d'eux et Sleiman Frangié... ?
En tout cas, quelle que soit l'issue de cette page de l'histoire du Liban, nous ne pouvons qu'appeler de nos vœux sincères que l'élu, au moment de prendre en main les destinées de la République, oublie le passé et se transforme en rassembleur et catalyseur de toutes les forces actives de la nation, et qu'il adopte non seulement une neutralité inébranlable et infaillible à l'égard de toutes les interventions étrangères quelles qu'en soient les origines, mais qu'il ose, après toutes les crises qui depuis 1943 n'ont cessé de secouer le pays du Cèdre, et au vu des transformations géopolitiques qui sont en voie d'exécution au Moyen-Orient, engager le pays dans une marche sereine et convaincue qui devrait déboucher sur une neutralité définitive, seule garantie sérieuse de pérennité et de perduration du vivre-ensemble entre et pour toutes les communautés, et de ce fait aussi, seule capable d'assurer une transition constitutionnelle et légale d'un régime communautaire vers un régime civil... !
Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah
Mort ou renaissance politique des chrétiens du Liban !
OLJ / le 09 décembre 2015 à 00h00


APRÈS LA MORT QUI EST ACTUELLE... LA RÉSURRECTION VIENDRA À COUP SÛR... SI... ILS SAVENT SE METTRE SOUS LA BANNIÈRE D'UN FRONT CHRÉTIEN UNI... CE TRAVAIL D'HERCULE INCOMBE AU PATRIARCHE RAÏ... DÈS AUJOURD'HUI CAR IL EST DÉJÀ UN PEU TROP TARD !
10 h 32, le 09 décembre 2015