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Économie

Les montagnes russes des matières premières

25/11/2015

Le supercycle mondial des matières premières n'est pas un phénomène nouveau. Bien que les détails varient, les exportateurs de matières premières ont tendance à jouer la même pièce et les résultats économiques ont tendance à suivre des modèles reconnaissables. Cependant, l'élément de prévisibilité de la trajectoire suivie par le cycle des matières premières, tout comme dans le cas des montagnes russes, ne rend pas ses rebondissements plus faciles à supporter.
Depuis la fin du XVIIIe siècle, il y a eu sept ou huit booms des prix des matières premières hors pétrole par rapport au prix des produits manufacturés. (Le nombre exact dépend de la façon dont les pics et les creux sont définis.) Les booms ont typiquement duré 7-8 ans, bien que celui qui a commencé en 1933 ait duré près de deux décennies. Cette exception a été soutenue en premier lieu par la Seconde Guerre mondiale, suivie par la reconstruction d'après-guerre en Europe et au Japon, ainsi que par la croissance économique rapide aux États-Unis. Le boom le plus récent, qui a commencé en 2004 et s'est terminé en 2011, est davantage conforme à la norme.
Les phases descendantes des cours des matières premières – pouvant représenter des chutes dépassant 30 % – ont une durée similaire, environ sept ans en moyenne. La baisse en cours en est maintenant à sa quatrième année et les prix des matières premières hors pétrole (par rapport au prix à l'exportation des produits manufacturés) ont jusqu'ici chuté d'environ 25 %.
Les booms des cours des matières premières sont généralement associés à une hausse des revenus, des positions budgétaires solides, une appréciation des monnaies, une baisse des coûts d'emprunt et des entrées de capitaux. Durant les périodes descendantes, ces tendances s'inversent. En effet, depuis le début de la crise actuelle il y a quatre ans, l'activité économique pour de nombreux exportateurs de matières premières a nettement ralenti ; leurs monnaies ont dévissé après presque une décennie de stabilité relative ; les spreads sur les taux d'intérêt se sont élargis ; et les entrées de capitaux se sont taries.
L'ampleur exacte des dégâts engendrés par la chute des prix dépend largement de la façon dont les gouvernements et les individus se comportent durant la période faste. S'ils pensent être face à une amélioration permanente de leurs termes de l'échange – une vision qui devient de plus en plus tentante alors que les prix grimpent –, l'augmentation de la consommation et l'investissement a tendance à dépasser les gains de revenu, et l'endettement public et privé augmente. Le risque est que, lorsque les montagnes russes s'orientent vers le bas, une crise de la dette fasse dérailler les marchés.
Et, en effet, en période de baisse des cours des matières premières, les crises bancaires, de change et de la dette souveraine ont tendance à proliférer – éviter les crises devient un sujet brûlant pour les décideurs, comme souligné dans les dernières Perspectives de l'économie mondiale du Fonds monétaire international. Ce n'est pas par hasard que le dernier effondrement des cours des matières premières, qui a duré entre la fin des années 1970 et 1992, a coïncidé avec plus d'une décennie de crise de la dette souveraine dans le monde en développement.
Bien sûr, cela n'était pas une baisse ordinaire. Au contraire, c'était le plus grave effondrement des cours des matières premières connus à ce jour, conduisant à une chute de 40 % entre points haut et bas. De manière plus atypique, il s'est constitué de trois vagues de baisses de prix, entrecoupées par 1 ou 2 années de répit. La première vague était liée aux efforts de la Réserve fédérale américaine pour ramener l'inflation sous contrôle, à l'automne 1979, qui ont provoqué une forte hausse des taux d'intérêt internationaux, déclenchant une profonde récession aux États-Unis et ailleurs. La deuxième vague, qui a commencé en 1985, reflète une surabondance de l'offre, quand de nombreux exportateurs de matières premières ont cherché simultanément à renforcer leurs devises, souvent au cœur d'une crise économique. La troisième vague, de 1989 à 1992, a été alimentée par la désintégration de l'Union soviétique, qui a causé un effondrement de la production dans cette zone.
La question est maintenant de savoir si l'effondrement en cours suivra une trajectoire similaire et si la pause récente fera bientôt place à une autre baisse. La réponse se trouve principalement (mais pas exclusivement) en Chine.
Si le ralentissement économique de la Chine persiste – comme c'est généralement le cas après des booms d'investissement alimentés par le surendettement –, la chute des matières premières devrait se poursuivre car aucune autre économie n'est capable de prendre le relais de la demande. L'expansion de l'économie américaine est susceptible de ralentir rapidement, lorsque la Fed relèvera ses taux d'intérêt. Et la reprise relativement récente de l'Europe sera probablement modérée et concentrée sur les services domestiques.
En outre, à ce stade du cycle des matières premières, les prix conservent généralement une tendance à la baisse. À la fin du boom, de nombreux exportateurs de matières premières avaient déjà lancé des projets d'investissement destinés à accroître la production. Lorsque ces investissements porteront leurs fruits, l'augmentation de l'offre maintiendra une pression à la baisse sur les prix. Et l'aversion compréhensible de nombreux gouvernements dans les économies émergentes à laisser filer des déficits courants importants et persistants les amènera à contrer les prix à l'exportation plus faibles en augmentant le volume de leurs exportations, même si cela ne fait que baisser les prix encore davantage.
Ces montagnes russes des cours des matières premières ne sont probablement pas encore terminées. Bien qu'il soit impossible de savoir avec certitude ce qui arrivera, il serait prudent de nous préparer à une nouvelle baisse – et faire ce que nous pouvons pour éviter un effondrement.

© Project Syndicate, 2015.

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