La réunion s'est tenue à Aïn el-Tiné, pour des raisons sécuritaires. Photo Sami Ayad
C'est une réunion que l'on pourrait placer sous le signe de la gravité du moment puisqu'elle survient au lendemain de deux terribles épisodes de terrorisme, l'un au Liban, le second en France. Contrairement aux versions précédentes, la dixième séance de dialogue national qui s'est tenue hier a été marquée par un climat exceptionnellement « positif », selon des sources concordantes, sans pour autant qu'il se traduise par des décisions concrètes ou une avancée quelconque sur le plan des dossiers litigieux, à savoir la loi électorale et la présidence de la République.
La présence, également rare depuis la reprise de ces assemblées para-institutionnelles, du chef du bloc du Changement et de la Réforme, Michel Aoun, et l'accalmie qui a prévalu lors des échanges devaient marquer la rencontre, histoire de montrer ne serait-ce qu'une façade d'unité et d'entente.
Nouveauté du jour, la réunion s'est tenue à Aïn el-Tiné, résidence du président de la Chambre, Nabih Berry, et non plus à la place de l'Étoile, comme lors des séances précédentes, pour des raisons sécuritaires.
La séance s'est ouverte par une minute de silence en hommage aux victimes du double attentat-suicide qui a frappé Bourj el-Brajneh, jeudi dernier.
« Les responsables réunis ont renouvelé leur condamnation du crime terroriste, saluant l'unité nationale qui a abouti à une condamnation unanime de l'attaque, ainsi que la coopération entre les divers pôles politiques dans la lutte contre le terrorisme », précise le communiqué de la présidence de la Chambre. Les responsables ont salué « les efforts des services de sécurité qui ont réussi en un temps record à dévoiler les détails du crime et arrêter ses commanditaires. Ils appellent à poursuivre la coopération entre les services en vue de maintenir la stabilité. »
Consacrée principalement aux questions d'antiterrorisme et à la réactivation des institutions étatiques, la séance s'est couronnée par une seule avancée : le feu vert a été enfin donné au principe de l'exportation des déchets dont les détails techniques restent à finaliser. Un dossier « prioritaire pour le Premier ministre Tammam Salam », qui a clairement fait savoir que les réunions du Conseil des ministres ne reprendront que pour avaliser en premier le règlement qui aurait été convenu autour des déchets, assure une source proche du Sérail.
D'ailleurs, la réactivation du travail gouvernemental, dont le principe a fait l'unanimité parmi les présents, devait figurer, sur proposition du chef du Parlement, dans le communiqué final. M. Aoun, qui n'a pas objecté au principe, a toutefois tenu à ce que les réunions du gouvernement ne se tiennent que pour régler les affaires urgentes, dont celle des déchets. Sur ce point, une source du Hezbollah a assuré que les divergences autour de l'ordre du jour à adopter en Conseil des ministres « persistent ». D'ailleurs, aucune discussion sérieuse sur les mécanismes de prise de décision n'a eu lieu lors de la séance, ajoute la source qui confirme cependant qu'un climat cordial a prévalu lors des débats. La source reste toutefois réservée quant à une éventuelle percée prochaine sur les questions fondamentales, à savoir l'échéance présidentielle et la loi électorale.
Sur ce dernier point, Michel Aoun a souligné que « la loi électorale qui devra être adoptée devra être juste et représentative », susceptible également de « combler les lacunes ». Une commission chargée d'étudier les textes de loi sur la loi électorale doit être formée mercredi lors de la réunion du bureau du Parlement. Sur ce point, la position du chef du bloc du Changement et de la Réforme était on ne peut plus claire, à savoir que les aspects techniques de la loi électorale – comprendre le financement et les caractéristiques des campagnes électorales notamment – peuvent effectivement être discutés en commission, mais « l'aspect politique doit être examiné autour de la table de dialogue ». Par politique, le député du Kesrouan entend le mode de scrutin et le découpage des circonscriptions, soit les problématiques majeures que pose la loi. C'est ce qui fera d'ailleurs dire à un observateur que les discussions en commission parlementaire ne serviront qu'à meubler le temps vide.
L'intervention du chef du bloc du Futur, Fouad Siniora, est éloquente en ce sens qu'il a estimé que les discussions autour de la loi électorale – entendue dans ses clauses globales – n'ont pas leur place à la table de dialogue, mais bel et bien en commission. Bref une manière de rappeler que la loi électorale, un dossier litigieux par excellence, n'est pas près d'être tranchée.
« Les décisions sur la récupération de la nationalité et le soutien à l'armée, avalisées lors de la séance précédente, sont d'une importance toute minime par rapport aux deux grands dossiers litigieux que représentent l'élection d'un chef de l'État et l'adoption de la loi électorale », assure à L'Orient-Le Jour un participant à la réunion. « Or rien de nouveau n'a émergé sur ces deux points. Tant qu'il n'y a pas une décision politique sur la vision globale, il n'y aura aucun résultat concret », assure de son côté la source du Hezbollah qui tient à réitérer à l'occasion l'attachement du parti chiite à la candidature de M. Aoun et au mode proportionnel sur la base de la circonscription unique.
Cela signifie, dans la logique du parti chiite, qu'il faudra s'entendre sur un panier global quand bien même le sujet de l'échéance présidentielle a été placé à la tête de l'ordre du jour du dialogue et constitue désormais « l'entrée en matière pour tout autre sujet susceptible d'être évoqué ». Une position qu'a d'ailleurs rejointe le chef des Marada, Sleiman Frangié, qui a par ailleurs tenu à souligner la nécessité de mettre de côté les tiraillements internes et de plancher sur la résolution des problèmes des citoyens.
Le représentant du Hezbollah, Mohammad Raad, a rappelé l'initiative du chef du parti, Hassan Nasrallah, affirmant : « Nous étions et restons avec le principe du compromis. » La réponse de M. Siniora, exprimant la position du 14 Mars, est restée inchangée, la « clé étant l'élection d'un président consensuel qui puisse rassembler les Libanais et non les diviser ».
Bref, du surplace, mais dans l'élégance et la sérénité, cette fois-ci.
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A quoi a-t-elle servie alors ?
17 h 40, le 18 novembre 2015