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Liban - Conférence

Les Arabes prêts à modifier leurs modes de consommation pour protéger les ressources

L'Afed a tenu sa réunion annuelle à Beyrouth sous le thème de la « consommation durable », présentant son nouveau rapport doté d'un recensement à l'échelle de 22 pays arabes.

Les intervenants sur la tribune au cours de l’inauguration. Au centre, MM. Saab et Machnouk. Photo fournie par l’Afed

Les subventions indistinctes sur l'eau, l'énergie et les denrées alimentaires dans la région arabe encouragent le public à adopter des modes de consommation favorisant le gaspillage. Toutefois, le public arabe, dans une très large proportion, est prêt à modifier ces modes de consommation si la finalité est de préserver les ressources. C'est ce qui peut être dégagé d'un grand recensement effectué dans 22 pays arabes, dont les résultats ont été annoncés hier dans le cadre de la présentation du nouveau rapport du Forum arabe arabe pour l'environnement et le développement (Afed), intitulé « Une consommation durable pour une meilleure gestion des ressources ».
Les rapports de l'Afed, rédigés par des dizaines d'experts, sont devenus une tradition annuelle de cette organisation, tout comme cette conférence qui se tient cette année à Beyrouth après deux ans de délocalisation pour raisons de sécurité. Elle a réuni hier près de 600 délégués de 48 pays, représentant des gouvernements, des corporations, des organisations régionales et internationales, des centres de recherche, des universités, de la société civile et des médias.

Le rapport 2015 de l'Afed met en lumière l'inefficacité des subventions indistinctes sur plusieurs denrées, qui encouragent au gaspillage tout en ne réglant pas le problème de la pauvreté, puisque, toujours selon le texte, 90 % d'entre elles profitent plutôt aux riches. Il note une tendance au changement, notamment par le fait que six pays arabes ont mis en place des réformes de ces subventions dans le courant des deux dernières années. Selon les experts du rapport, les programmes environnementaux ne peuvent fonctionner que si une modification fondamentale des modes de consommation est en marche.

Les résultats du recensement effectué dans le cadre du rapport ont été annoncés par Nagib Saab, secrétaire général de l'Afed. Selon lui, « la conclusion qu'on peut tirer de ce recensement est que le public arabe se dit disposé à modifier son mode de consommation si cela aide à préserver les ressources et protéger l'environnement ». Il ajoute : « Plus de 80 % se disent prêts à apporter des changements à leurs habitudes alimentaires, par exemple à manger plus de poulet et de poisson que de viande rouge, ce qui est moins nocif pour l'environnement et la santé. »
Le recensement, selon M. Saab, a montré un intérêt grandissant pour les mesures d'efficacité énergétique, puisque plus de la moitié des participants ont indiqué que la consommation d'électricité et de carburant est leur critère principal dans le choix d'une voiture ou d'un appareil électroménager. Toutefois, une vaste proportion des sondés, atteignant le taux de 99 % dans certains pays, a estimé que les gouvernements ne fournissent pas assez d'efforts pour régler les problèmes environnementaux et a constaté que l'état de l'environnement a empiré durant les dix dernières années.

Machnouk : Pas de décharges, mais 760 dépotoirs...
Comme pour appuyer cette constatation des sondés, le ministre de l'Environnement Mohammad Machnouk, qui représentait le Premier ministre à l'inauguration, a fait un bien sombre constat. « L'environnement ne va pas bien, a-t-il dit. La dégradation environnementale au Liban coûte 756 millions de dollars par an, et la crise des réfugiés ajoute à ce chiffre 57 millions de dollars chaque année. » Le ministre n'a pu éviter d'aborder la grande crise de ces quelques derniers mois, celle des déchets ménagers, déplorant qu' « un pays se trouve incapable de trouver deux décharges sur son territoire, mais accepte la présence de plus de 760 dépotoirs sauvages ». Il a rappelé les efforts pour élaborer une stratégie nationale de développement durable, auxquels le ministère de l'Environnement contribue. « Mais nous ne devons pas attendre une telle stratégie pour commencer à adopter les bonnes pratiques, notamment en cherchant des décharges au lieu d'avoir recours à la pire des solutions, celle de l'exportation des déchets », a-t-il martelé.

La dégradation environnementale coûte cher en tout point aux pays. C'est Hafez Ghanem, vice-président de la Banque mondiale (BM) pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, qui, dans un discours, a exposé des chiffres sur cette triste réalité. Précisant que la BM prend en compte cinq indicateurs dans ses études sur les pressions sur l'environnement, il a souligné que les pays arabes gaspillent le capital naturel sur lequel leurs économies dépendent, notamment les forêts, le pétrole, l'air pur et l'eau potable. Et cette surexploitation non étudiée coûte cher : à titre d'exemple, l'équivalent de 2 % du PIB en Tunisie, de 4 % au Liban, de 5 % en Égypte... De plus, l'accès à l'eau potable a beaucoup régressé de 1992 à 2014, de l'ordre de 42 %. Les populations respirant un air pollué ont augmenté de 50 % depuis 1990, sachant qu'il est estimé que 8 % des décès sont dus à la pollution.

Enfin, cette région, la plus chaude du monde, souffre déjà de l'impact du changement climatique.
Pour faire face à tous ces défis, M. Ghanem a proposé de développer des initiatives déjà en cours dans le monde arabe, visant à répandre les bonnes pratiques pour une plus grande efficacité énergétique, notamment des projets d'énergie renouvelable et des efforts pour la rationalisation de l'utilisation de l'eau potable.

 

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