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Culture - Théâtre

Crise de nerfs dans une cage d’ascenseur à Beyrouth

« Sitt Najah wel Meftah »* (Sitt Najah et la clé), une comédie à sept personnages délirante, hystérisée, braillarde et populaire, signée Aïda Sabra, sur les planches du Centre culturel russe (Verdun).

Sitt Najah (Aïda Sabra), emprisonnée dans sa cage d’ascenseur, tente de dialoguer avec tous ceux qui passent dans ce hall d’entrée. Photos Marwan Assaf

Venue du monde de la pantomime, mordue par le théâtre, ayant pris goût à l'écriture dramaturgique et la mise en scène, Aïda Sabra présente son dernier opus sur une scène au décor minimaliste. Quelques bouts de bois pour une cage d'ascenseur et un balconnet de quartier modeste sur les planches du Centre culturel russe.
Entrée d'un immeuble beyrouthin où les locataires se croisent, de toute évidence à l'Ouest, mais cela pourrait parfaitement être aussi à l'Est si ce n'est cette manière de traîner en parlant un arabe guttural très « bastawi ». Petit comité d'un monde bigarré entre le chargé de la gestion des affaires de l'immeuble, un concierge oublieux et benêt, et des voisines hautes sur talons et en couleurs criardes. Ajoutez à cela une journaliste fofolle et un caméraman assoupi... Et le bouquet est détonnant de drôlerie et reste un fidèle microcosme caricaturé de notre société.
Histoire simple : Sitt Najah – désopilante et dynamique Aïda Sabra, toute fripée dans un manteau datant de la Seconde Guerre mondiale – oublie toujours ses clefs (symbole de nos solutions de vie introuvables), trottant allègrement probablement sur le chemin d'Alzheimer...
Brin de causette très « bonnes nanas » avec sa voisine de palier avec une botte de persil en main et fichu de ménagère sur la tête. Causette sans queue ni tête, de tout et de rien. Et hop, dans l'ascenseur qui se bloque. Quotidien beyrouthin, bien entendu...

Bimbo, hystériques et anxiolytiques
Et toute la pièce se déroule dans cette situation embarrassante où, emprisonnée, Sitt Najah bavarde comme une pie, tente de dialoguer avec tous ceux qui passent dans ce hall d'entrée, forcément théâtre des répliques et des agissements les plus farfelus, les plus saugrenus. Avec des personnages de BD hilarante car tous saisis d'une certaine folie. À Beyrouth, c'est réputation et faits établis: tout le monde (ou presque?) est mégalo, colérique, hystérique et névrosé.
Entre-temps, Najah reste prisonnière dans sa minuscule cage, évidente métaphore de la vie. Là, elle fait sa gymnastique, prend des anxiolytiques, tance les passagers, sermonne et lâche des considérations de tout ordre. Dans une pavane parodique entre humour et ironie...
Sur ce canevas, à la fois banal et un peu tiré par les cheveux car on joue surtout de l'absurde, du verbiage, du cabotinage et de l'incommunicabilité, les piques sociales abondent et l'État en reçoit la part de lion. Eau, électricité, corruption, laisser-aller, négligence, individualisme, béate soumission ou vaine révolte, cause de la Palestine et autres ritournelles, tout y passe. Sur un tempo acide, grinçant et simiesque. Avec, tout de même, trop de cris et de gesticulations quand le verbe flanche ou s'essouffle.
Les acteurs (Aïda Sabra en tête, désopilante avec ses mimiques clownesques) sont tous excellents et défendent leur texte avec bec et ongles. Une mention spéciale pour Soha Nader qui force les traits et fait une composition hilarante d'une bimbo toquée et disjonctée.
Si la pièce finit en bémol avec Sitt Najah, finalement libérée, dans une fiesta carnavalesque, mais morte d'une balle tirée par les festoyeurs, la dernière encoche de l'auteure est la plus grave. Dans un pays sous-développé, voilà des armes qui tuent quand la joie et la paix sont au paroxysme. Comble des malheurs : de l'inconscience et absence de civisme.
Du divertissement certes, mais sans oublier de dénoncer, même avec un rire de cirque, l'état de délabrement collectif où nous sommes arrivés... Exagéré ? Pas vraiment. Ou alors à peine !

*La pièce « Sitt Najah wel mftah » se donne au Centre culturel russe (Verdun) jusqu'au 12 décembre. Les jeudis, vendredis, samedis et dimanches. Tél. : 01/790907 et 70/721498.

 

Fiche technique

Auteure, metteuse en scène et interprète : Aïda Sabra

Acteurs : Hani el-Khatib, Dana Mikhael, Bassel Madi, Élie Noujeim, Souha Nader, Abdel Rahim el-Aouji.

 

 

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