Des demandeurs d’asile dans un champ de l’île grecque de Lesbos. Aris Messinis/AFP
Les Européens ont montré vouloir convaincre l'Afrique de limiter l'afflux de migrants vers l'UE, mais continuent de répondre à ce problème en ordre dispersé, lors d'un sommet commun hier à Malte.
L'une des discussions les plus épineuses concerne les « retours et réadmissions » en Afrique des migrants irréguliers, que l'UE veut accélérer. « Un sujet difficile », a reconnu le président sénégalais Macky Sall, dirigeant en exercice de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Face à de nombreux défis, les Européens et une trentaine de dirigeants africains sont convenus de s'attaquer ensemble aux « causes profondes » qui poussent encore tant d'Africains à partir. « La migration n'est pas une fin en soi pour l'Afrique, au contraire », a lancé le président sénégalais. Le sommet de La Valette espère emporter l'adhésion des dirigeants africains en lançant un fonds d'aide pour l'Afrique, que la Commission européenne espère porter à 3,6 milliards d'euros, avec la contribution de chacun des 28 États membres. Le sommet devrait donc déboucher sur un « plan d'action », avec des aides financières et logistiques, des plans de réinsertion ciblés notamment d'ici à fin 2016.
Mais les pays africains ne cachent pas leur agacement devant le « deux poids, deux mesures » entre le traitement de leurs ressortissants et celui des demandeurs d'asile syriens. Ils demandent à l'UE de garantir des « canaux de migration légale » (tourisme, études, travail), alors que les dirigeants européens, inquiets des réactions de leurs opinions publiques, restent prudents. Il faut « donner davantage de possibilités légales de commencer à travailler en Europe », a reconnu à La Valette la chancelière allemande Angela Merkel. S'il faut « tendre la main à l'Afrique », il faut aussi lui « demander un certain nombre de réponses en termes sécuritaires », a insisté le président français François Hollande.
« Externalisation » du problème
Amnesty International a dit craindre une multiplication d'accords bilatéraux discrets. « L'UE cherche à externaliser son problème migratoire », a déploré Iverna McGowan, une responsable de l'ONG, redoutant que les Européens ne négligent les droits de l'homme dans leurs tractations avec les pays africains. L'accès à l'aide européenne « ne doit pas être conditionné à l'acceptation des politiques migratoires de l'UE », ont estimé dans une déclaration conjointe une trentaine d'ONG, déplorant de n'avoir pas été autorisées à participer à un sommet de La Valette « euro-centré ».
En Europe, après les clôtures récemment érigées par la Hongrie, le gouvernement slovène, débordé, a commencé hier à installer des barbelés à sa frontière avec la Croatie pour mieux contrôler l'arrivée des migrants. Mais les frontières « resteront ouvertes », a assuré son Premier ministre, Miro Cerar. « Nous n'aimons par les clôtures, cela nous rappelle le passé, les guerres », s'est néanmoins ému le maire d'une commune frontalière croate.
La crise migratoire, qui met à mal la cohésion de l'UE, ne connaît aucun répit à l'approche de l'hiver. Au moins 18 migrants, dont sept enfants, sont encore morts noyés hier au large des côtes turques en tentant de rejoindre la Grèce. Au total, près de 800 000 personnes sont arrivées dans l'UE par la mer depuis le début de l'année, selon des chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
En soirée, la Suède a annoncé provisoirement rétablir les contrôles à ses frontières pour faire face à l'afflux ininterrompu de migrants, qui « menace l'ordre public » et complique la mission des services de l'immigration, a annoncé le gouvernement.
(Source : AFP)


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