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Culture - Disparition

René Girard, penseur et désirs immortels

Le philosophe et académicien français René Girard est décédé, mercredi, à l'âge de 91 ans aux États-Unis, a annoncé l'Université de Stanford où il a longtemps enseigné. L'éminent théoricien avait été surnommé « le nouveau Darwin des sciences humaines ». Il aura, en effet, contribué à offrir une vision renouvelée et audacieuse de la nature et de l'histoire de la destinée humaine.

René Girard dans sa bibliothèque de Stanford : un intellectuel à la curiosité sans limite.

« Tout désir est mimétique », soutenait René Girard. Autrement dit, on ne développe pas un désir pour un objet à moins qu'on ne voit d'abord une autre personne désirant ce même objet. Sauf que désirer le même objet mène inévitablement à la rivalité. Et que, dans l'intensité de la concurrence, les deux aspirants à l'objet vont oublier ce dernier pour se concentrer entièrement sur leur rivalité. Bien sûr, ce processus ne se limitera pas seulement à deux personnes, mais va infecter toute une société. Ainsi, c'est la contagion du désir qui est à l'origine de la violence.


Voici, de manière très vulgarisée, comment René Girard décortiquait le mécanisme de ce désir mimétique, l'un des concepts fondateurs de sa pensée. À partir de cette notion d'envie qu'il estimait inhérente à la condition humaine, il avait établi une « deuxième constante fatale » caractérisant les sociétés humaines, à savoir « le mécanisme victimaire », qui conduit, lorsque surviennent de graves crises, « à désigner des victimes expiatoires ou boucs émissaires ». Une hypothèse à partir de laquelle il avait développé sa théorie sur les liens entre la violence et le sacré.


Anthropologue et philosophe français, son œuvre, plutôt ignorée par l'Université française, a été par contre largement reconnue et enseignée aux États-Unis, notamment à Stanford, où il a longtemps été professeur, avant de diriger le département de langue, de littérature et de civilisation françaises.
Cet humaniste, archiviste-paléographe de formation (passé par l'École des Chartes), avait commencé sa carrière en tant que théoricien littéraire, fasciné par toutes les sciences sociales : histoire, anthropologie, sociologie, philosophie, religion, psychologie et théologie. Né le jour de Noël 1923 en Avignon, d'une mère chrétienne et d'un père de tendance anticléricale qui était conservateur de la bibliothèque et du musée Calvet d'Avignon, puis du palais des Papes, Girard a beaucoup écrit sur la diversité et l'unité des religions, fondant sa pensée autant sur les écritures saintes que les grands classiques de la littérature : Dante, Pascal, Shakespeare, Proust, Stendhal ou Dostoïevski... « La Bible est une immense entreprise pour sortir l'homme de la violence », répétait cet intellectuel singulier, ardent défenseur d'un christianisme révolutionnaire, ou de source, assez peu en phase avec les lois ecclésiastiques.


Installé depuis 1947 aux États-Unis, René Girard y avait fait toute sa carrière, enseignant dans de nombreuses universités dont Duke et Johns Hopkins. Est-ce cet « américanisme » qui lui avait valu d'être « négligé en France » ?
Lorsque, le 15 décembre 2005, il est reçu sous la Coupole, il confiera au quotidien La Croix prendre cette élection à l'académie « comme une forme de reconnaissance pour un intellectuel qui a longtemps été considéré comme un auteur à contre-courant et atypique ».
« Je peux dire sans exagération que, pendant un demi-siècle, la seule institution française qui m'ait persuadé que je n'étais pas oublié en France, dans mon propre pays, en tant que chercheur et en tant que penseur, c'est l'Académie française », avait-il assuré ce jour-là dans son discours devant les immortels.
Dans son communiqué annonçant le décès de René Girard à son domicile de Stanford mercredi « des suites d'une longue maladie », la prestigieuse institution américaine a rappelé que « cet éminent professeur français avait été surnommé par le philosophe Michel Serres, également académicien et professeur de Stanford, "le nouveau Darwin des sciences humaines" ». Et que sa pensée avait influencé des écrivains tels que le Prix Nobel J. M. Coetzee, ou le Tchèque Milan Kundera, même s'il n'a jamais joui du cachet de ses pairs structuralistes, poststructuralistes, déconstructionnistes et autres.

 

« Libre, exigeant et passionné »
Saluant la mémoire du philosophe et académicien français, le président François Hollande a exprimé « la reconnaissance de la nation » française à cet « intellectuel exigeant et passionné, exégète à la curiosité sans limite ». René Girard était « un homme libre et un humaniste dont l'œuvre marquera l'histoire de la pensée », a salué le chef de l'État dans un communiqué.

Citations choisies


« L'envie est de tous les péchés le plus difficile à avouer, et le plus répandu. »
(Shakespeare, les feux de l'envie ; éd. Grasset, 1990)

 

« Chacun se croit seul en enfer et c'est cela l'enfer. »
(Mensonge romantique et vérité romanesque ; Hachette, 1961)

 

« La tendance à effacer le sacré, à l'éliminer entièrement, prépare le retour subreptice du sacré, sous une forme non pas transcendante mais immanente, sous la forme de la violence et du savoir de la violence. »
(La Violence et le Sacré ; 1990, Hachette)


« De toutes les menaces qui pèsent sur nous, la plus redoutable, nous le savons, la seule réelle, c'est nous-mêmes. »
(Celui par qui le scandale arrive ; Hachette, 2001)

 

« L'amour, comme la violence, abolit les différences. »
(Des choses cachées depuis la fondation du monde ; Grasset, 1978)

 

« Il n'est pas de culture à l'intérieur de laquelle chacun ne se sente "différent" des autres et ne pense les "différences" comme légitimes et nécessaires. »
(Le Bouc émissaire ; Grasset, 1982)

Bibliographie


Docteur honoris causa de nombreuses universités (Amsterdam, Innsbruck, Anvers, Padoue, Montréal, Baltimore, Londres...), René Girard était l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont : Mensonge romantique et vérité romanesque (1961), La Violence et le Sacré (1972), Shakespeare, les feux de l'envie (prix Médicis essai 90), Je vois Satan tomber comme l'éclair (1999), ou Celui par qui le scandale arrive (2001).

 

 

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Voici, de manière très vulgarisée, comment René Girard décortiquait le mécanisme de ce désir mimétique, l'un des concepts fondateurs de sa pensée. À partir de cette notion d'envie qu'il estimait inhérente à la condition humaine, il...
commentaires (1)

Quel grand penseur M. René Girard! Mais qui suis-je pour faire des éloges ou des critiques? Que son âme repose en paix. Néanmoins, je n'oublie pas que le penseur et l'auteur libanais Amin Maalouf figure aussi parmi ceux qui ont été reçus sous la Coupole de la prestigieuse Académie Française!! Honneur à cet académicien dont les nombreux ouvrages en langue française tel que "Le Rocher de Tanios" ont saisi les lecteurs les plus exigeants

Zaarour Beatriz

19 h 33, le 06 novembre 2015

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Commentaires (1)

  • Quel grand penseur M. René Girard! Mais qui suis-je pour faire des éloges ou des critiques? Que son âme repose en paix. Néanmoins, je n'oublie pas que le penseur et l'auteur libanais Amin Maalouf figure aussi parmi ceux qui ont été reçus sous la Coupole de la prestigieuse Académie Française!! Honneur à cet académicien dont les nombreux ouvrages en langue française tel que "Le Rocher de Tanios" ont saisi les lecteurs les plus exigeants

    Zaarour Beatriz

    19 h 33, le 06 novembre 2015

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