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Nos lecteurs ont la parole - Abdel Hamid El-Ahdab

Pourquoi Marcel Sioufi a-t-il recommandé dans son testament de ne pas être enterré au Liban ?

L'ancien bâtonnier Marcel Sioufi nous a quittés, lui qui unissait la connaissance à la droiture et dont le Liban s'enorgueillissait partout dans le monde. Il est mort à Paris où il a vécu et travaillé au cours des dernières années de sa vie et il a recommandé dans son testament d'être enterré en cette ville.
Sa recommandation dans son testament d'être enterré à Paris a de nombreux sens. Marcel Sioufi a vu le Liban s'écrouler sur nos têtes. Il a vu tout un peuple réduit au statut de locataire dans son propre pays.
En présentant nos condoléances, nous avons sombré dans une nuit faiblement éclairée d'une lumière et dans une lumière noircie par une nuit, au point que nous ne savions plus où commence la nuit et où se termine le jour !
Le jour où mourut Marcel Sioufi, loin de son pays, après avoir recommandé dans son testament d'être enterré dans sa patrie de rechange à Paris, l'Histoire, réveillée en ses flammes et ses cendres, a pris l'image d'un voile que l'on a quitté, d'une lettre dormante adressée aux Libanais et pleine de sens, mais cachée comme une blessure recouverte !
Pourquoi le cher Marcel Sioufi s'est-il retiré et a-t-il souhaité être enterré hors du Liban ? Simplement parce que le combat entre le Liban de Gibran Khalil Gibran et le Liban des déchets était inégal, et qu'il a choisi l'exil.
Il était l'une des dernières belles choses de notre existence, la dernière poésie avant l'incursion de l'illettrisme, le dernier grain de blé avant l'invasion de la sècheresse, la dernière lune avant l'entrée dans l'obscurité.
Il avait voulu retrouver les preux chevaliers du Liban qui avaient laissé un héritage enivrant sa terre, mais il n'avait retrouvé personne. Ils étaient tous partis.
En ce Liban flétri, il avait vu les principes vendus au kilo sur les charrettes des marchands de légumes, et la Constitution, garante des libertés et de la bonne pratique politique, exposée dans les épiceries et boutiques.
Ce Liban où il ne voulait plus être enterré est devenu un assemblage de centaines de boutiquiers, d'agents de change, de coiffeurs et de milliers de services de renseignements, de pirates, de criminels, de danseuses, de batteurs et d'ordures essaimant en tout lieu. Ce n'est plus notre Liban vert dont il avait rêvé, qu'il a dû quitter, qu'il n'a pas voulu adopter comme dernière demeure...
Ce Liban, leur Liban, dont le drapeau est toujours en berne, est noyé dans les marécages des discours et de l'imposture. Ce Liban embarqué dans une ambulance et conservé dans un tiroir de la morgue n'est pas la patrie de Marcel Sioufi, ni la nôtre. Il n'est pas le beau Liban vert que nous chantions.
Leur Liban est anarchique, tribal, seigneurial, sanguinaire, rempli d'ordures et de manieurs d'ordures. Il n'a pas d'égal en sa hideur. Son plat journalier est l'immondice.
Confronté à ce vêtement raccommodé qu'est leur Liban, l'avocat intègre – qui ne touche pas, lui, un salaire des richissimes, des oppresseurs ou des dons quichottes confessionnels – ne pouvait s'accommoder de ce spectacle des rues croulant sous leurs ordures. Il a choisi de partir et de ne pas être enterré en cette terre qui était pure et qu'ils ont souillée.
Ils nous ont prescrit la patience de Job à titre de remède. Nous l'avons achetée, mais nous n'avons pas guéri et nous avons alors choisi de partir. Marcel Sioufi n'était ni la première ni la dernière des personnes qui se sont exilées et qui n'ont pas voulu être enterrées en cette terre salie par les ennemis du Liban.
De leur Liban se sont exilés les chevaliers. Ils ont pris congé de ce Liban devenu le domaine des rois confessionnels et des entremetteurs qui s'activent sur le marché noir.
Les gens portent leurs plus beaux habits et courent s'afficher dans les réceptions et lors des funérailles. Leur Liban est gorgé de méfaits, scandales, trahisons et immondices. Ils regardent les séries télévisées et suivent les bulletins d'information. Le dégoût suinte des réunions de dialogue et du Conseil des ministres, et nous avons attrapé les maladies transmises par les déchets qui ont essaimé les esprits des politiciens avant d'envahir les rues. Des politiciens chez qui l'argent a détruit l'orgueil, le panache et le gosier (qu'ils utilisent désormais comme des lacets de souliers) et qui n'ont de commun en leurs visées, idées et projets, que la génuflexion et la prosternation.
C'est cet amas de trahisons, de dessous-de-table, de déchets, de débauche qui a fait fuir Marcel Sioufi et l'a porté à refuser son enterrement au Liban.
Les guerres de leurs partis ne sont que bruits et rumeurs, leur sabre est de bois, leurs promesses sont des mensonges, leur bataille pour la libération du Liban est menée à l'étranger !
Nous marchons sur des épines et des bris de verre et nos politiciens dorment sur du velours !
Dieu bénisse Marcel Sioufi qui n'a pas voulu être enterré en cette terre de haine, de rancune et de pillage.
Tu as été le pionnier, serons-nous les suiveurs ?

Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat

L'ancien bâtonnier Marcel Sioufi nous a quittés, lui qui unissait la connaissance à la droiture et dont le Liban s'enorgueillissait partout dans le monde. Il est mort à Paris où il a vécu et travaillé au cours des dernières années de sa vie et il a recommandé dans son testament d'être enterré en cette ville.Sa recommandation dans son testament d'être enterré à Paris a de nombreux sens. Marcel Sioufi a vu le Liban s'écrouler sur nos têtes. Il a vu tout un peuple réduit au statut de locataire dans son propre pays.En présentant nos condoléances, nous avons sombré dans une nuit faiblement éclairée d'une lumière et dans une lumière noircie par une nuit, au point que nous ne savions plus où commence la nuit et où se termine le jour !Le jour où mourut Marcel Sioufi, loin de son pays, après avoir recommandé dans son...
commentaires (2)

Les marchants du temple ont gagné, il n'y a plus personne pour les chasser ou je me trompe.

DAMMOUS Hanna

22 h 37, le 05 novembre 2015

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Commentaires (2)

  • Les marchants du temple ont gagné, il n'y a plus personne pour les chasser ou je me trompe.

    DAMMOUS Hanna

    22 h 37, le 05 novembre 2015

  • Me. Marcel Sioufi n'a plus voulu de ce Liban, ce Liban devenu comme Maameltein, le petit village tranquille kesrouanais, transformé en un lieu de débauche et de luxure pour les déchets des prostituées des Balkan importées par des maquereaux pour les truands et les criminels. Maameltein le village des députés Georges et Maurice Zouein à 3km à vol d'oiseau de Bkerké et de Harissa... Merci Me. Abdel Hamid el-Ahdab.

    Annie

    17 h 05, le 05 novembre 2015

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