Si la victoire de l’AKP met un terme à la période de transition, certains économistes soulignent que de nombreux nuages persistent, à commencer par la dégradation de la situation sécuritaire. Dimitar Dilkoff/AFP
Les marchés financiers ont salué hier la victoire aussi large qu'inattendue du parti du président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan aux élections législatives (voir page 11), mais redoutent déjà que ce rebond spectaculaire soit de courte durée.
Après avoir démarré sur un sursaut de plus de de 5 %, la livre turque (LT) s'est échangée en fin de journée autour de 2,81 LT pour un dollar et 3,11 LT pour un euro, soit une progression de plus de 3 %, inédite depuis de longs mois. La Bourse d'Istanbul a accompagné ce mouvement et son principal indice (BIST 100) a clôturé la journée sur une hausse de 5,4 % à 83 694 points.
Au pouvoir depuis 2002, le Parti de la justice et du développement (AKP) a largement remporté les législatives de dimanche en recueillant 49,4 % des suffrages. En remportant 316 des 550 sièges de députés au Parlement, le parti fondé par M. Erdogan a également récupéré le contrôle total du Parlement qu'il avait perdu cinq mois plus tôt, plongeant le pays dans l'instabilité.
« Ce scrutin va mettre un terme à la période de transition qui régnait en Turquie et devrait permettre un renforcement de l'économie du pays », pronostique l'analyste Valeria Bednarik, de la firme FXstreet. « La livre turque pourrait connaître maintenant une période de forte hausse et revenir d'une valeur de 3 livres pour un dollar à 2 livres pour un dollar », ajoute-t-elle.
La devise turque a perdu plus de 20 % face aux monnaies américaine et européenne depuis le début de l'année, victime des tensions politiques persistantes dans le pays et de la guerre qui sévit à ses frontières en Syrie et en Irak.
Crédibilité économique
La Turquie a connu une longue période de prospérité après l'arrivée de l'AKP au pouvoir en 2002, après une grave crise financière. Son taux de croissance a atteint jusqu'à 8 % en 2010 et 2011, installant solidement le pays dans le G20, le club des économies les plus riches de la planète. Mais ce grand bond en avant s'est interrompu il y a trois ans, à la faveur de la crise de la zone euro, premier client de la Turquie. La croissance a nettement ralenti (+2,9 % en 2014), l'inflation reste forte (+7 %) et les déficits publics élevés.
Dans ce contexte, les analystes soulignent que de nombreux nuages persistent, à commencer par la dégradation de la situation sécuritaire provoquée par le conflit kurde et la menace jihadiste.
« Le risque politique n'a pas disparu, le jour où il pourrait se matérialiser a juste été repoussé », résume Wolf-Fabian Hungerland, de l'institution financière Berenberg. Le scrutin « a apaisé les inquiétudes concernant la stabilité politique, mais reste à voir si l'AKP va s'efforcer de regagner sa crédibilité économique, qui s'est lentement érodée ces dernières années », renchérit William Jackson, de Capital Economics. Ces derniers mois, M. Erdogan a affolé les marchés en exerçant des pressions répétées sur la Banque centrale pour qu'elle baisse ses taux et protège ainsi la croissance. La récente mise sous tutelle judiciaire, sur injonction du gouvernement, de deux groupes turcs proches de l'opposition, Asya Bank et la holding Koza Ipek, a également fait froncer les sourcils des investisseurs étrangers, indispensables à l'économie turque.
« Nous souhaiterions plus d'efforts sur les réformes structurelles, afin de doper les exportations et la production industrielle, ainsi que la protection de l'État de droit et le renforcement de l'indépendance de la justice », déclare, dans ce contexte, le président de l'Association des exportateurs de Turquie (TIM), Mehmet Buyukeksi.
Fulya OZERKAN /AFP


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