Des tatouages qui racontent...
À partir d'images envoyées par des personnes qui se sont fait tatouer et de leurs histoires se référant au choix du tatouage, Jean-Pierre Tarabay s'est amusé à juxtaposer, stratifier, emmêler les histoires de peau et d'émotions. « Je ne peux avoir que du respect pour ces personnes qui ont répondu à mon appel et qui ont voulu partager leurs histoires les plus intimes avec moi. »
Le résultat est ahurissant. La peau, dont on voit le grain, en noir et blanc ou en couleurs, mais toujours en flou, raconte. Des récits d'amour, de crainte, d'obsession, d'amitié ou de mort, mais aussi de lions ou de loups, ou encore de chanteurs comme Bob Marley. « Je ne suis pas là pour juger ou pour donner mon avis sur les tatouages que ces personnes se sont choisis au cours de leur vie, mais pour reproduire ce qui les a marquées dans leur parcours. Car même si cette peau va flétrir ou se rider un jour, il restera des traces de ces événements qui ont été un tournant dans la vie de chaque personne tatouée. »
Jean-Pierre Tarabay, enseignant depuis 26 ans dans plusieurs universités, notamment la NDU et l'AUST, a dû voir plus d'une dizaine de générations de diplômés. Ce qu'il enseigne à ses étudiants ? « La passion. L'obsession de la photo ne s'enseigne pas. Tout ce que je peux leur donner, ce sont les clefs de la technique. À eux de fouiller en eux et de retrouver leur moteur. »
Dans ce travail – très différent des précédents –, le photographe devient metteur en scène. Avec un scénario, des personnages, un bon éclairage et un montage adéquat, il réussit à livrer un film de vie qui capte le regard et qui va au-delà de l'épiderme.
Zoom sur...
Toutes les histoires sont intéressantes car les tatouages ont été customisés. Ils ne sont pas du prêt-à-poser. Mais parmi ces photos, il y en a une qui pourrait expliquer la démarche particulière du photographe. Un jeune homme obsédé par la date de sa mort rêve tous les jours d'être enfermé dans un cercueil, entouré de deux démons. C'est à partir de cette obsession qu'il s'est fait tatouer la peau. Relisant son « synopsis », J.-P. Tarabay photographie d'abord les deux bras du jeune homme, ses jambes, et puis les dispose de façon à montrer les battants d'un cercueil. Il y enferme son sujet ainsi que le personnage à l'intérieur. « Il me faut une à trois semaines pour visualiser toute l'image. Aussitôt fait, je tire la photo (numérique) devant la personne en question et la lui montre. Tout le monde s'est prêté au jeu. Pour créer ces légendes de peau ("Skin Tales »"*). »
*Skin Tales est exposée à la galerie Eklekta (Corniche al-Nahr) jusqu'au 7 novembre.
Pour mémoire
Jean-Pierre Tarabay, photographe anatomiste du temps...

