Un Palestinien agonise à terre, après avoir été la cible de tirs israéliens pour avoir perpétré une attaque à l’arme blanche. Mussa Qawasma/Reuters
La ville d'Hébron, poudrière de Cisjordanie occupée, a été secouée hier par des violences dans lesquelles trois Palestiniens ont été tués.
Deux Palestiniens ont été abattus dans et aux environs d'Hébron, à la suite de deux attaques à l'arme blanche, après qu'un Israélien eut été gravement blessé dans l'une d'elles. Un peu plus tard, un Palestinien de 17 ans a été tué par balles, non loin de là, lors des heurts quotidiens avec les soldats israéliens.
Et dans la bande de Gaza, l'armée israélienne a lancé hier soir un raid aérien contre des cibles du Hamas, après un tir de roquette lancé vers le sud d'Israël ; dans les deux cas, aucun blessé n'a été déploré.
La vague de violences commencée le 1er octobre dans les territoires palestiniens, à Jérusalem et en Israël a fait d'un côté 57 morts, des Palestiniens et un Arabe israélien, pour moitié des auteurs d'attentat, et de l'autre huit morts israéliens.
Mogherini rencontre Abbas
Sur le plan diplomatique, le président palestinien Mahmoud Abbas a été reçu hier soir par la ministre européenne des Affaires étrangères Federica Mogherini pour évoquer la mise en œuvre de « mesures concrètes » afin de ramener le calme au Proche-Orient. Il a critiqué le « non-respect par le gouvernement (du PM Benjamin) Netanyahu du statu quo » sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, et de nouveau réclamé l'arrêt de la colonisation israélienne en Cisjordanie avant toute reprise d'éventuelles négociations de paix.
Pour rappel, les États-Unis ont quant à eux présidé samedi à un arrangement entre Israël, qui contrôle les accès au site, et la Jordanie, qui est la gardienne des lieux saints à Jérusalem. Israël a accepté la mise en place d'une vidéosurveillance 24h/24 sur l'esplanade. La mise en place de caméras a été la seule mesure concrète annoncée par le secrétaire d'État américain John Kerry après ses rencontres séparées avec les principaux acteurs : M. Netanyahu, Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie.
Cet accord a donné lieu à ses premières fausses notes quand Israël et la fondation islamique administrant l'esplanade se sont mutuellement accusés hier de chercher à l'appliquer à leur guise. La querelle a éclaté quand la fondation qui administre l'esplanade sous l'égide de la Jordanie (waqf) a entrepris hier matin d'y installer des caméras. Celles-ci auraient pour objectif de dissuader les provocations de la part de juifs ou de musulmans et, si elles se produisaient, d'établir les responsabilités. Seulement, « lorsque nous avons commencé l'installation (hier matin), la police (israélienne) est arrivée et a stoppé le travail en disant que c'était interdit », a dit cheikh Azzam al-Khatib, chef du waqf. Ce dernier a condamné avec vigueur « l'ingérence israélienne ». « Nous considérons cette affaire comme la preuve qu'Israël entend installer des caméras qui servent uniquement ses intérêts », a-t-il dénoncé. Mais pour le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l'installation « devait être coordonnée » entre les parties concernées.
« Pas d'autre autorité »
Le bureau de M. Netanyahu ne s'est pas privé de citer M. Kerry en affirmant que les équipes techniques israéliennes et jordaniennes devaient « se rencontrer bientôt pour discuter de la mise en œuvre de cette idée » jordanienne. Le waqf a agi sur ordre du palais royal jordanien, a rétorqué le chef de la fondation islamique, alors qu'aucun commentaire n'a encore été obtenu à Amman. « Il n'y a pas d'autre autorité sur l'esplanade » que le waqf, a ajouté la fondation.
L'installation de cette vidéosurveillance suscite des questions sur les modalités de sa mise en place et de son contrôle. Les dirigeants palestiniens s'alarment d'un dispositif qui servirait uniquement aux Israéliens pour arrêter des Palestiniens. Pour ces derniers comme pour les Jordaniens, Israël veut changer les règles qui régissent l'esplanade des Mosquées, le « statu quo », pour autoriser les juifs à prier sur le site et à terme diviser l'esplanade entre juifs et musulmans. M. Netanyahu s'est toujours défendu d'un tel projet. Il accuse la direction palestinienne et d'autres organisations de souffler sur les braises et d'être responsables des tensions autour de ce site.
(Source : AFP)

