Le ministre turc des Affaires étrangères Feridun Sinirlioglu, le secrétaire d’État américain John Kerry, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir, le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov, lors de leur rencontre à Vienne, hier. Carlo Allegri / Reuters
La Russie a mené hier une offensive diplomatique sur la Syrie lors d'une réunion quadripartite exceptionnelle, incluant le trio États-Unis-Arabie saoudite-Turquie.
Dans la capitale autrichienne où elles étaient réunies pour tenter de trouver une sortie politique au conflit syrien qui a fait 250 000 morts depuis 2011, la diplomatie russe, soutien-clé du régime syrien depuis 2011, était en minorité face aux diplomaties américaine, turque et saoudienne, farouches adversaires de Damas. Mais Moscou a créé la surprise en annonçant une nouvelle alliance : une « coordination » de ses opérations militaires dans le ciel syrien avec la Jordanie, alliée des États-Unis et membre de la coalition contre l'organisation jihadiste État islamique (EI). Si les contours de cette coopération n'ont pas été précisés, un « mécanisme » permettant sa mise en œuvre est en place à Amman, ont assuré les ministres russe et jordanien. Le ministre jordanien des Affaires étrangères Nasser Judeh était d'ailleurs à Vienne. Amman a précisé dans un communiqué que « la coopération entre la Jordanie et la Russie est ancienne » et que la « Jordanie est toujours membre de la coalition internationale contre le terrorisme » menée par les États-Unis. De son côté, le secrétaire d'État américain, John Kerry a quitté Vienne en fin de journée pour se rendre en Jordanie, un déplacement programmé avant cette annonce.
Après cette première réunion inédite, Moscou et Washington ont montré vouloir élargir à de nouveaux acteurs l'effort diplomatique international en vue d'un règlement du conflit mais avec des objectifs divergents sur le sort du régime de Bachar el-Assad. Aussi, cette réunion quadripartite de Vienne, une première diplomatique, pourrait être suivie d'un autre rendez-vous vendredi prochain, impliquant davantage de participants, ont annoncé M. Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov. Ce dernier a insisté sur la nécessité d'impliquer l'Iran, l'Égypte, le Qatar, les Émirats arabes unis et la Jordanie. John Kerry a préféré mettre en avant la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et le Qatar. S'agissant d'une intégration de Téhéran, autre fidèle allié du régime de Damas, « nous n'en sommes pas là », a répliqué John Kerry.
En attendant, le sort du président syrien continue de diviser clairement Washington et Moscou : « La plupart des pays d'Europe, des dizaines de pays (...) comprennent que Bachar el-Assad crée une dynamique rendant la paix impossible. Qu'on ne peut rien faire (...) s'il reste en place », a souligné M. Kerry. Le chef de la diplomatie russe a estimé quant à lui que c'était au « peuple syrien » de décider du sort de son dirigeant, et s'est déclaré en faveur de pourparlers sur un règlement « politique » du conflit incluant le gouvernement Assad et « le spectre complet » de l'opposition syrienne. Mais, signe de l'internationalisation des efforts de règlement du conflit syrien, la réunion avait pour but « de trouver de nouvelles idées pour sortir de l'impasse », a ajouté le chef de la diplomatie américaine, reconnaissant que les participants avaient conscience que ce serait « difficile ».
Coupure d'une route vitale vers Alep
Sur le terrain, l'EI a coupé hier une route vitale pour le régime entre Homs et Alep, près de Khanasser, et contrôle une portion d'au moins 6 km de cette artère, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Le régime syrien a ainsi perdu sa dernière route d'approvisionnement vers les quartiers qu'il contrôle à Alep. Dans les combats, 16 jihadistes et 30 membres des forces du régime ont été tués ou blessés. L'aviation russe bombardait la région des combats.
À ce sujet, les raids aériens russes ont fait près de 450 morts depuis le 30 septembre, a indiqué hier l'OSDH. Parmi les 446 morts enregistrés depuis le début des raids aériens russes figurent 295 combattants rebelles et jihadistes et 151 civils, selon l'ONG. L'aviation russe a d'ailleurs mené hier neuf raids contre cinq hôpitaux et centres de soin dans des régions tenues par les rebelles en Syrie, tuant des civils et du personnel médical, a affirmé une organisation médicale américano-syrienne. Dans un communiqué publié dans la nuit de jeudi à hier, la Société médicale syro-américaine (SAMS), qui opère en Syrie et y soutient des centres médicaux, a affirmé que le raid sanglant de mardi contre un hôpital de campagne à Sermine dans la province d'Idleb « s'ajoute à huit autres ayant visé des hôpitaux ».
Enfin, le président américain Barack Obama a nommé hier Brett McGurk, un expert de l'Irak, nouvel émissaire pour coordonner la campagne contre l'EI.
(Source : AFP)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Depuis 2 ans, nous assistons à une réorganisation du djihadisme international. Les anciens combattants de la Liberté , devenus par la suite Al-Qaïda, avaient donné naissance à de multiples groupes et franchises essaimés un peu partout dans le monde, de l’Afghanistan à la Mauritanie, du Kossovo à la Somalie, en passant par le Nigéria. L’émergence, en Syrie, de l’Emirat EI semblait n’être qu’une excroissance de plus de la « nébuleuse » Al-Qaïda (expression qui a pleinement joué son rôle de brouillage dans cette vaste arnaque Al-Qaïdienne). C’était en réalité une réorganisation du terrorisme mondial qui devient, du jour au lendemain, l’Etat Islamique, avec cette fois, un état, une structure quasi-administrative et un chef, même invisible et qui n’existe que sur le papier. Un par un, selon les circonstances, après une campagne sans précédent dans l’histoire de la promotion et de la publicité, les différends groupes d’Al-Qaïda se sont ralliés à la nouvelle entité pour d’avantage lui donner corps. Aujourd’hui, le petit jeu des ralliements, des allégeances, des «rivalités», destinés à organiser la mort lente d’Al-Qaïda au profit de l’Etat Islamique, est quelque peu perturbé par l’entrée dans la danse de la Russie. C’est que, depuis la guerre de la Libye, le recyclage et la réutilisation d’Al-Qaïda à d’autres fins et sous d’autres noms n’ont pas été si simples.
13 h 28, le 25 octobre 2015