Jérôme Champagne, ancien secrétaire général adjoint de la Fifa. John Thys/AFP
L'élection présidentielle de la Fifa est en plein brouillard à deux jours de la date limite du dépôt des candidatures, lundi, avec un favori, Michel Platini, suspendu et dans l'incapacité de faire campagne, et pour le moment trois adversaires sans grande envergure. Le Français Jérôme Champagne, ancien secrétaire général adjoint de la Fifa, a assuré hier avoir déposé sa candidature avec les cinq parrainages de fédérations nationales nécessaires. Il devient donc le quatrième candidat officiellement déclaré après Platini, président de l'UEFA, le prince jordanien Ali ben al-Hussein et l'ancien capitaine de la sélection nationale de Trinité-et-Tobago, David Nakhid (qui est d'origine libanaise, de Zghorta).
L'élection à la succession du président démissionnaire, le Suisse Joseph Blatter, aura bien lieu le 26 février 2016, date maintenue mardi par le comité exécutif extraordinaire de la Fifa malgré les scandales et les affaires. Mais il faudra voir si de vrais poids lourds sortent du bois d'ici au 26 octobre à minuit pour donner un peu de crédibilité à la campagne électorale. Les choix du patron du football asiatique, le cheikh bahreïni Salman ben Ibrahim al-Khalifa, vice-président de la Fifa, ainsi que du Sud-Africain Tokyo Sexwale, homme d'affaires et ancien compagnon de cellule de Nelson Mandela, sont particulièrement attendus d'ici à lundi. Cheikh Salman pourrait peut-être récupérer le soutien de l'Europe, à la recherche d'un plan B en cas d'empêchement définitif de Platini. Mais le Bahreïni traîne aussi ses boulets : il fait l'objet de vives critiques de la part d'organisations de défense des droits de l'homme pour son rôle dans la répression du soulèvement démocratique de 2011 à Bahreïn.
Tacles
À l'heure actuelle et en attendant les décisions de cheikh Salman et Sexwale, le profil et la situation des candidats laissent perplexe.
Longtemps donné sans rival, Platini a été suspendu à titre conservatoire le 8 octobre par la commission d'éthique de la Fifa pour 90 jours en raison d'un versement controversé de 1,8 million d'euros de la part de Blatter, lui aussi mis à l'écart trois mois. Interdit d'exercer une activité dans le domaine du football et de rencontrer des officiels, le président de l'UEFA est de facto placé à l'écart du processus électoral. La Fifa a d'ailleurs décidé mardi de ne pas soumettre le dossier du Français à la commission électorale, chargée de valider ou non les candidatures, tant qu'il est suspendu.
Platini doit donc prendre son mal en patience en attendant la fin des procédures et voit les tacles arriver. Le dernier est venu de Domenico Scala, président de la commission électorale ainsi que de la commission d'audit de conformité de la Fifa.
Déficit de notoriété
En gelant temporairement la candidature de l'ancien n° 10 des Bleus, la Fifa semble avoir laissé la voie libre au prince jordanien Ali ben al-Hussein, celui qui avait poussé Blatter au 2e tour le 29 mai. Mais il compte peu politiquement sur la planète football. Le demi-frère du roi Abdallah II peut se vanter d'avoir poussé Blatter dans ses derniers retranchements et avait eu à l'époque le soutien de l'Europe (54 fédérations, mais seulement 53 reconnues par la Fifa). Cette fois, il s'est présenté en affirmant haut et fort vouloir en finir avec « les pratiques du passé » après avoir attaqué Platini, qualifié d'homme du « système », et pointé du doigt « la culture des arrangements en coulisses ».
Les malheurs de l'ex-capitaine de l'équipe de France peuvent le conforter, mais sans le soutien de l'UEFA, le prince Ali manque de relais puissants : la Confédération asiatique ne l'a pas reconduit à son poste de vice-président de la Fifa au printemps dernier et a, dès le 30 juillet, apporté son soutien à Platini.
Pour David Nakhid et Jérôme Champagne, il y a un net déficit de notoriété à combler. Pour rappel, le Français n'avait même pas pu obtenir les cinq parrainages lors de l'élection de mai. Toutefois, les deux hommes sont proches de Blatter, qui n'a pas abandonné l'idée de peser sur l'identité de son successeur. « Je ne suis pas de la ''royauté'', avec tous ses titres et ses avantages », a expliqué Nakhid hier, en référence au prince Ali, ajoutant vouloir en finir avec une Fifa dominée par le Vieux Continent. « J'ai une vision afin d'améliorer l'implication des 85 % du football mondial, qui font aussi partie d'une Fifa présentement dominée par l'Europe. Une Fifa dirigée par Nakhid aborderait ces problèmes », a dit l'ex-joueur aujourd'hui âgé de 51 ans.
(Source : AFP)


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