Le sénateur républicain John McCain, un « faucon » qui pourfend de longue date la politique du président Barack Obama au Moyen-Orient. Photo AFP
Deux semaines après le début des bombardements russes en Syrie, des voix s'élèvent pour que les États-Unis élargissent leur intervention militaire sur place, pour l'instant limitée à des frappes aériennes contre le groupe État islamique.
Le Pentagone affirme que les bombardements de Moscou ne changeront pas la ligne de conduite militaire des États-Unis.
Mais certains estiment que l'entrée en lice des Russes modifie trop profondément la situation sur le terrain en faveur du président syrien Bachar el-Assad pour que les États-Unis restent sur la même position.
« La Russie va nous sortir de la torpeur dans laquelle nous sommes plongés depuis plus d'un an, lorsque nous avons estimé que l'EI était la plus grosse menace alors que personne d'autre ne le pense », a indiqué Patrick Skinner, du Soufan Group, une société d'analyse des risques montée par des anciens du contre-terrorisme. « C'est une guerre civile – pro-Assad et anti-Assad – et cela ne laisse pas beaucoup de place pour se concentrer sur l'EI », a-t-il ajouté.
Le sénateur républicain John McCain, un « faucon » qui pourfend de longue date la politique du président Barack Obama au Moyen-Orient, a appelé cette semaine l'administration américaine à renforcer son engagement militaire. Il a prôné par exemple la constitution en Syrie d'une zone d'exclusion aérienne où réfugiés et rebelles syriens pourraient être protégés des forces du régime. « Ces enclaves devront être protégées avec un plus grand engagement aérien de la coalition et des États-Unis et probablement des troupes au sol », y compris américaines, selon M. McCain.
Pas d'allié fiable
Hillary Clinton, la favorite de la course à l'investiture démocrate pour la présidentielle 2016, a elle aussi défendu l'idée d'une zone d'exclusion aérienne en Syrie pendant un débat télévisé entre candidats démocrates mardi.
La réticence de l'administration Obama à s'engager plus avant militairement vient du fait qu'elle ne peut trouver d'allié fiable en Syrie au service duquel elle pourrait mettre sa puissance militaire, explique Joshua M. Landis, directeur du centre d'études sur le Moyen-Orient de l'université d'Oklahoma. « Le problème est que l'Amérique ne peut pas trouver de partenaire » en Syrie, explique-t-il. Les groupes syriens sunnites qui se battent contre le régime d'Assad risquent tous de « coopérer » à un moment donné avec el-Qaëda, selon lui.
L'administration américaine n'est pourtant pas restée totalement étrangère au combat contre le régime d'Assad.
Depuis 2013, la CIA a armé et entraîné des rebelles syriens se battant contre le régime du président syrien, dans ce que Patrick Skinner appelle « le plus public des programmes secrets » de l'agence de renseignements. La CIA et ses alliés dans la région, dont l'Arabie saoudite, ont ainsi fourni des missiles antichars filoguidés TOW (Tube launched, Optically tracked, Wire-guided) très efficaces contre les chars syriens. Les groupes rebelles ont largement diffusé ces derniers temps sur les réseaux sociaux les images de ces missiles, faisant resurgir le spectre d'une nouvelle « guerre par procuration » entre Moscou et Washington, près de trois décennies après la fin de l'empire soviétique. Mais l'impact militaire réel de ces missiles est à relativiser, selon les experts. « Les forces du régime (syrien) ont un certain nombre d'avantages sur les rebelles, qui ne reposent pas que sur les chars – particulièrement l'artillerie et le soutien aérien » contre lesquels les missiles TOW ne sont pas efficaces, souligne ainsi Stephan Biddle, professeur à l'Université George Washington de la capitale américaine.
Pour le moment en tout cas, l'administration Obama garde le même cap militaire, intervention russe ou pas.
« Nous continuerons à poursuivre la campagne anti-EI avec la même détermination, sur le même champ de bataille », a répété mercredi Ashton Carter, le secrétaire à la Défense. Les États-Unis ont avancé mercredi d'un pas sur cette voie, en annonçant être proche d'un accord avec la Russie pour éviter les incidents entre les avions des deux nations pendant leurs opérations de bombardement respectives.
Laurent BARTHÉLÉMY / AFP

