L’acteur britannique et ambassadeur de bonne volonté de l’Unicef, Orlando Bloom, a visité un camp de réfugiés, hier, en Macédoine. Ognen Teofilovski/Reuters
Le gouvernement allemand a approuvé hier un durcissement des règles pour certaines catégories de demandeurs d'asile afin de mieux répondre à la crise migratoire qui gagne toujours en ampleur en Europe, plus d'un demi-million de migrants ayant traversé la Méditerranée cette année.
Mesure-phare approuvée lors d'un Conseil des ministres à Berlin : déclarer l'Albanie, le Kosovo et le Monténégro « pays d'origine sûrs » afin de pouvoir accélérer les procédures d'examen des dossiers et d'expulsion. Ces règles doivent entrer en vigueur début novembre après un vote du Parlement. Il s'agira aussi de réduire les aides financières afin de rendre la venue en Allemagne moins attractive aux migrants économiques. « Nous voulons envoyer un signal clair à ceux (...) qui ne fuient pas la guerre ou ne sont pas victimes de persécutions, nous voulons leur dire : Ne venez pas », a lancé le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière.
Au premier semestre 2015, près de 40 % des demandeurs d'asile en Allemagne étaient originaires des Balkans, alors que leur chance de voir leur demande acceptée est inférieure à 1 %. Or, avec entre 800 000 et un million de demandeurs attendus cette année, dont des centaines de milliers de Syriens, d'Afghans et d'Irakiens fuyant des guerres, les dossiers balkaniques contribuent à embouteiller le système d'accueil des réfugiés.
Selon M. de Maizière, septembre sera d'ailleurs un nouveau mois « record » supérieur aux 105 000 migrants comptabilisés en août. Après un ralentissement mi-septembre avec la réintroduction des contrôles aux frontières, les chiffres sont repartis à la hausse avec entre 8 000 et 10 000 nouvelles arrivées quotidiennes ces derniers jours.
À l'échelle européenne, la crise migratoire a passé le cap symbolique du demi-million de migrants arrivés cette année par la Méditerranée. Près de 515 000 personnes et de 3 000 morts ont été recensés dans un bilan du Haut-Commissariat de l'Onu pour les réfugiés (HCR) publié hier.
Juncker inquiet des divisions en Europe
Sur le front diplomatique et sur fond de divisions européennes, le Premier ministre hongrois Viktor Orban doit se rendre aujourd'hui à l'Assemblée générale de l'Onu pour défendre sa ligne dure et ses clôtures barbelées aux frontières Schengen de son pays, qui a vu transiter près de 300 000 migrants en 2015. Par le passé, il a indiqué vouloir fermer la frontière croato-hongroise, par où passent la plupart des migrants depuis que la frontière serbe leur a été fermée par Budapest. Le Premier ministre croate Zoran Milanovic a dénoncé hier la politique « totalement inacceptable » de Budapest. Opposé à la proposition de la chancelière allemande Angela Merkel d'imposer aux pays de l'Union européenne des quotas d'accueil de réfugiés, le gouvernement hongrois a par contre dit vouloir plaider devant l'Onu pour l'introduction de « quotas mondiaux » de répartition.
La ministre de l'Intérieur slovène Vesna Györkös Znidar a indiqué de son côté que la Slovénie était préparée au transit de quelques milliers de migrants vers l'Autriche et l'Allemagne en cas de fermeture de la frontière croato-hongroise. Mais « si 10 000 personnes arrivent chaque jour, ce sera un problème pour nous », a-t-elle prévenu.
Confronté à ces divisions, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a jugé hier que « l'état de notre Union européenne n'est pas bon, les fissures de solidarité se multiplient ». S'inquiétant d'une « dangereuse renaissance de sentiments nationaux », M. Juncker a souligné que l'Europe avait « une ardente obligation » d'accueillir les réfugiés.
Pour la ministre de l'Intérieur conservatrice autrichienne Johanna Mikl-Leitner, « s'il n'y a pas de solution internationale, il n'y a que deux possibilités : soit on continue comme ça (avec un corridor de fait jusqu'en Allemagne, NDLR), soit on adopte une attitude plus stricte aux frontières, y compris avec usage de la force ». Berlin n'a jamais évoqué de fermeture de sa frontière.
(Source : AFP)

