Des membres des forces de sécurité afghanes patrouillant aux abords de Kunduz, tandis que les combats font rage dans cette ville stratégique du nord de l’Afghanistan. Najim Rahim / AFP
Pour la première fois depuis la chute de leur régime en 2001, les rebelles talibans sont entrés dans une grande ville afghane, Kunduz, verrou stratégique du nord du pays, infligeant un grave revers au gouvernement afghan, en place depuis un an, jour pour jour. Selon plusieurs témoins, les habitants se terraient hier face à l'avancée rebelle dans ce carrefour commercial majeur de 300 000 personnes, situé sur la route qui relie Kaboul au Tadjikistan.
Après avoir lancé leur offensive à l'aube, les insurgés ont pénétré dans la ville à la mi-journée, et quelques heures plus tard ils en contrôlaient « la moitié », a déclaré Sayed Sarwar Hussaini, porte-parole de la police provinciale. « Les renforts ne sont pas encore parvenus à rejoindre nos troupes. Les combats se poursuivent », a-t-il dit à la télévision afghane. Les talibans auraient également hissé leur drapeau blanc sur la place principale de Kunduz, d'après un responsable local qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat, une information qui n'était pas confirmée de manière officielle. Et, comme dans un acte de défiance, ils auraient libéré des centaines de prisonniers, dont des talibans, de la prison de la ville, selon cette même source. Les talibans ont également « pris le contrôle de l'hôpital municipal de Kunduz, qui compte 200 lits », a indiqué un responsable tribal. Ils y « font la chasse aux soldats blessés », a expliqué Sahad Mukhtar, directeur de l'établissement.
Zabihullah Mujahid, porte-parole habituel des talibans, a confirmé que son mouvement était à l'origine de l'offensive de Kunduz. En revanche, les insurgés ont pris leurs distances avec l'attentat commis dimanche soir en Paktika contre un match de volley-ball qui a tué 13 civils, dont 7 enfants, et fait 33 blessés. Paktika est une région frontalière du Pakistan. Côté gouvernement afghan, Sediq Sediqqi, porte-parole du ministère de l'Intérieur, a assuré que des « renforts sont en route » vers Kunduz. Lors des combats, deux policiers, quatre civils et 25 talibans ont péri, selon lui.
Manque de soutien à l'armée
Les insurgés islamistes, de plus en plus actifs dans le nord du pays, étaient parvenus en avril et en juin de cette année jusque dans les faubourgs de Kunduz, mais ils avaient été repoussés à chaque fois. L'armée afghane, surmenée, ne peut guère plus compter sur l'appui des troupes étrangères de l'Otan, qui a retiré ses troupes de combat du pays en décembre dernier et n'y maintient plus que 13 000 soldats cantonnés à des missions de conseil et de formation. « Le manque de soutien aux forces de sécurité a renforcé les talibans », juge l'analyste Abdul Wahid Taqat.
La chute de Kunduz serait un très grave revers pour le président afghan Ashraf Ghani qui avait promis, lors de son élection en 2014, de ramener la paix dans son pays, déchiré par plus de 30 ans de conflits, dont près de 14 ans avec les talibans. Malgré un conflit interne sur la succession de leur figure tutélaire, le mollah Omar, les talibans continuent de commettre régulièrement des attentats et d'affronter l'armée et la police dans une bonne partie du pays. Quant aux premiers pourparlers de paix directs, entamés par les rebelles avec Kaboul en juillet, ils ont été reportés sine die après l'annonce de la mort du mollah Omar, qui serait décédé début 2013, et son remplacement controversé par le mollah Akhtar Mansour.
Dans le même temps, l'armée et la police afghanes doivent faire face à la menace grandissante de l'organisation de l'État islamique (EI). Dimanche, des militants se réclamant de l'EI ont lancé une de leurs premières grandes offensives contre la police afghane dans la province de Nangarhar, tuant au moins deux d'entre eux. Jusqu'ici, l'EI s'attachait à combattre les talibans, mais cette attaque d'un nouveau genre marque une étape de plus dans les efforts des insurgés pour s'implanter en Afghanistan. Les combattants qui se réclament de l'EI sont souvent d'anciens talibans déçus par leur direction, et notamment du fait qu'elle leur a caché pendant longtemps la mort du mollah Omar.
(Source : AFP)


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