Des Syriens traversant le poste-frontière de Bab el-Hawa, à la frontière turque, hier. Khalil Ashawi/Reuters
L'armée syrienne a utilisé pour la première fois hier des drones fournis par la Russie, qui renforce son soutien au régime de Bachar el-Assad avec l'espoir qu'il reprenne l'ascendant militaire sur les jihadistes et les rebelles.
« Pour la première fois, l'armée a utilisé aujourd'hui des drones reçus de Moscou dans des opérations contre des extrémistes dans le nord et l'est du pays », a affirmé une source de sécurité à Damas. Aucune précision n'a été donnée sur le type de drones utilisés ni sur les régions où les opérations avaient eu lieu. Jusqu'à présent, il avait été fait état de l'utilisation par l'armée syrienne de drones iraniens, moins sophistiqués, dans des opérations ponctuelles menées notamment dans la banlieue de Damas. L'utilisation de drones russes est une nouvelle illustration du renforcement du soutien militaire apporté par Moscou, qui marque, selon des experts, une nouvelle phase dans le conflit syrien. Cette montée en puissance russe depuis plusieurs semaines alarme les États-Unis, dont le secrétaire d'État américain John Kerry s'est entretenu à ce sujet à trois reprises ces derniers jours avec son homologue russe Sergueï Lavrov. La Russie justifie ce soutien accru par la nécessité de lutter plus efficacement contre le groupe jihadiste État islamique (EI), qui représente selon Moscou la principale menace à la stabilité du Moyen-Orient.
De fait, l'armée de l'air syrienne a multiplié ces derniers jours ses frappes contre des positions des jihadistes. Elle les a notamment intensifiées sur et autour de Palmyre. Au moins 12 civils ont été tués et des dizaines blessés dans les bombardements, qui ont également provoqué la mort de plusieurs dizaines de jihadistes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Affaiblie ces derniers mois aussi bien sur le plan des effectifs que du matériel, l'armée syrienne tente de reprendre les positions perdues dans plusieurs régions au profit de l'EI mais aussi de groupes rebelles.
En outre, l'ambassadeur syrien en Russie, Riad Haddad, a déclaré hier que la Syrie accueillerait favorablement la construction d'une base militaire russe dans la ville syrienne de Lattaquié, bastion du régime Assad, si Moscou décide d'en bâtir une, rapporte l'agence de presse Interfax.
Zone de sécurité
En attendant, le Premier ministre bulgare Boïko Borissov devait transmettre au sommet de l'UE à Bruxelles une demande de la Turquie de création d'une zone de sécurité dans le nord de la Syrie pour en prévenir l'émigration massive. M. Borissov a indiqué qu'il avait reçu d'Ahmet Davutoglu une lettre dans ce sens dont il allait informer le sommet extraordinaire de l'UE hier soir. Dans cette lettre dont le texte intégral a été diffusé par le gouvernement bulgare, M. Davutoglu propose « l'établissement d'une zone de sécurité dans le nord de la Syrie, ce qui permettrait un retour volontaire des réfugiés ». Un groupe de travail avec la participation de l'UE et des États-Unis pourrait se pencher sur les problèmes de logement, de santé et d'éducation dans cette zone, selon la lettre. Si cette idée n'est pas réalisée, plus de 7 millions de Syriens seront susceptibles alors de partir vers l'Europe, « ce qui approfondira la crise humanitaire et provoquera des conséquences politiques encore plus tangibles », écrit M. Davutoglu.
Par ailleurs, un groupe de jihadistes combattant en Syrie a prêté allégeance hier au Front al-Nosra, la branche syrienne d'el-Qaëda, affirmant vouloir faire front commun face au régime de Damas, à son allié russe et la coalition menée par Washington, selon un communiqué. Il s'agit du « Jaich el-Mouhajirine wal Ansar », des jihadistes notamment tchétchènes, ouzbeks et tadjiks. Ce groupe, qui a fait son apparition dans le conflit syrien en 2012, est fort de 1 500 hommes combattant en particulier dans la province d'Alep, dans le nord de la Syrie. Dix pour cent d'entre eux sont syriens.
Dans ce contexte de combats sans fin, plus de quatre ans après le début du conflit, les pays occidentaux ont récemment appelé à relancer le processus politique, au point mort. Le président français François Hollande et le Premier ministre britannique David Cameron ont ainsi exprimé mardi à Londres « leur accord sur la nécessité de dynamiser le processus politique » car « une bonne partie de la réponse à la crise des réfugiés doit être une solution à la situation en Syrie ». M. Hollande a insisté sur ce point hier en appelant à l'organisation d'une nouvelle conférence de l'Onu sur la Syrie, à la suite de celles de janvier 2012 et de février 2013, dites de « Genève I et II ».
Accord international
De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a estimé hier que les États-Unis étaient de plus en plus réceptifs à la position de Moscou sur le conflit syrien. « Je pense que les Américains sont bien plus réceptifs (maintenant) aux arguments qui sont les nôtres depuis plusieurs années déjà », a dit le ministre russe à la presse à Moscou. De source diplomatique russe, on estimait d'autre part que les perspectives d'un accord international sur les moyens de régler le conflit en Syrie et de combattre l'EI s'amélioraient. « Moscou a désormais une vue optimiste des chances d'un règlement en Syrie et d'une réunion des efforts pour combattre l'État islamique », a dit cette source.
« Notre position n'a en rien changé, pas plus que nos inquiétudes face aux menées de la Russie en Syrie », a contré le porte-parole du département d'État américain, John Kirby. « Le secrétaire d'État John Kerry a été clair et cohérent. Nous saluerons tout rôle constructif de la Russie dans la lutte contre l'EI, mais si les Russes sont là pour soutenir Assad, cela va à l'encontre de tous les efforts pour parvenir à un règlement du conflit », a ajouté le porte-parole.
(Sources : agences)


DES DRONES RUSSES... COMME DES PUCES...
14 h 39, le 25 septembre 2015