Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Beirut Insight

Hania Bissat, mental d’acier et jambes de fer

Cette redoutable carriériste n'avait pas pour ambition de finir dans le sport. Mais sa passion et sa détermination ont eu raison de sa timidité. Grâce à Exhale, la gym qu'elle a montée il y a près de dix ans, Hania Bissat a insufflé à Beyrouth le hype et l'obsession de l'indoor cycling. Rencontre avec une femme audacieuse qui assume l'alliance QI et corps d'airain...

Hania Bissat est une meneuse de troupe, une radicale, une forte tête, tout en étant d’une douceur joliment surannée.

De prime abord, on la pense dans le genre première de classe, en porcelaine incassable. Fille modèle, épouse idéale et mère parfaite, dans les canons de son éducation ambitieuse de carriériste qui empile les diplômes décrochés dans les grandes facs anglo-saxonnes. Une femme qui surveille sa ligne et hisse son mètre quatre-vingts sur des talons aiguilles pour négocier des contrats et gérer des équipes. Mais l'allure contredit l'impression. Hania Bissat respire l'enthousiasme chaleureux des gâtées de la vie, l'énergie généreuse des braveuses du qu'en-dira-t-on et la décontraction des quarantenaires courageuses, sorties des carcans des normes pour aller au bout de leurs passions. Tout envoyer balader, des jobs solides, pour lancer Exhale, une gym des plus pointues et, dix ans plus tard, une succursale du même nom, en plein cœur de Saifi Village, mais cette fois dans une version dédiée à l'indoor cycling (cyclisme en salle).

Au gré du vent
Il y a, sur l'un des murs de cet espace, trois phrases inscrites : « Empower yourself. Earn your body. Transform your mind ». Le ton est donné. Des baskets façon Tour de France sont minutieusement rangées sur des étagères, des vélos aussi sophistiqués que de gros bolides sont prêts à être montés. Et au milieu de tout ça, il y a Hania Bissat qui parle doucement, avec un accent où se mêlent le Liban de ses origines et les États-Unis de son éducation. Chez elle, le discours anime d'abord le corps. Son verbe s'est musclé au fil de ses entraînements, elle est entrée dans le domaine du sport depuis dix ans, « même si exercer mon corps a toujours été une évidence, une passion », avoue-t-elle. Centrée sur un corps fusible et élastique, Hania s'est toujours posée dans un perpétuel mouvement « au vrai comme au figuré », et c'est d'ailleurs de cette manière que son parcours s'est dessiné. Un diplôme en computer science suivi d'un MBA ouvriront grandes les portes de prestigieuses entreprises où la jeune femme fait ses armes. « Sauf que cet amour du sport ne m'a jamais lâchée, confie-t-elle avec un sourire gourmand, ce qui m'a poussée à suivre des formations et obtenir un diplôme d'instructrice. » De retour à Beyrouth en 2004 après une année passée en Arabie, Hania doit intégrer le monde du travail et elle se souvient : « Au fond de moi, une petite voix me disait : Hania, suis ton cœur, fais ce qui plaît ! » Hors-constitutionnelle, en véritable électron libre, la belle se lance en solo en ouvrant son studio rue Bliss, bien avant que le sport ne devienne le must de la saison.

Prendre des risques
La recette fonctionne car Hania Bissat instaure, avec son partenaire de l'époque, des techniques jamais expérimentées dans le pays, des plus physiques au plus planantes, un programme allant de séances de vélo en salle à des cours de bikram yoga. Le tout concocté par « des instructeurs certifiés » dans un « espace certifié », précise celle pour qui « tout doit se faire dans le plus grand professionnalisme ! », une notion essentielle à l'heure où l'amateurisme règne en maître. Car Hania pense toujours les choses de façon claire. Tout, chez elle, est réfléchi, sans pour autant en perdre de sa spontanéité. Parlant spontanéité, en 2014, après s'être octroyé une année sabbatique qui lui a permis « de me recentrer sur moi, de cuisiner, de profiter de mon fils avant son départ pour la fac », elle se voit pousser des ailes et décide avec son partenaire Mohammad Beydoun de lancer un espace annexe, mais dans une formule de studio dédié à l'indoor cycling. Prendre un prêt bancaire, s'aventurer dans le quartier ronflant de Saïfi, rien de cela n'effraie Hania qui préfère arborer un sourire grand comme ça et entrecouper ses phrases d'un rire pirouette enfantin...

Suer ensemble
Et c'est impressionnant de se retrouver face à quelqu'un qui a tout fait pour que sa trajectoire ressemble à ce qu'elle désirait. Le sport, c'est son amour. En faire une communauté, c'est sa guerre sainte. Et elle réussit plutôt bien depuis l'ouverture de son studio en mai dernier. Car Hania est une meneuse de troupe, une radicale, une forte tête tout en étant d'une douceur joliment surannée. Grâce à elle, Beyrouth se met à vélo. Irriguée par les techniques les plus pointues dans le créneau de l'indoor cycling, elle dresse donc un programme de 21 cours (donnés par près de 10 profs) de spinning, indoor cycling, mais aussi de fitness qui explorent des méthodes de vélo en salle instaurées pour la première fois dans le pays, « inspirées de séminaires que l'équipe d'Exhale et moi suivons à l'étranger ». À l'issue de chacune de ses séances, Hania encourage ses élèves à pousser sur les pédales, mettre les jambes, donner tout ce qu'ils ont. Mais aussi à se réconcilier avec eux-mêmes, à accepter leurs limites, à choyer leur corps. Et ils le lui rendent bien. Aujourd'hui, ils ne manquent pas ses cours d'indoor cycling, une expérience à part entière qui devient leur quasi-obsession, leur came. Ils s'attroupent religieusement autour d'elle comme un peloton de cyclistes puis pédalent et suent ensemble au son de ses beats, « comme une vraie communauté », s'émeut-elle presque. « Elle a changé notre vie », pilonnent-ils d'une même voix.

 

Lire aussi
Christina Koranouh : Le sport de combat, c'est un mode de vie

De prime abord, on la pense dans le genre première de classe, en porcelaine incassable. Fille modèle, épouse idéale et mère parfaite, dans les canons de son éducation ambitieuse de carriériste qui empile les diplômes décrochés dans les grandes facs anglo-saxonnes. Une femme qui surveille sa ligne et hisse son mètre quatre-vingts sur des talons aiguilles pour négocier des contrats et gérer des équipes. Mais l'allure contredit l'impression. Hania Bissat respire l'enthousiasme chaleureux des gâtées de la vie, l'énergie généreuse des braveuses du qu'en-dira-t-on et la décontraction des quarantenaires courageuses, sorties des carcans des normes pour aller au bout de leurs passions. Tout envoyer balader, des jobs solides, pour lancer Exhale, une gym des plus pointues et, dix ans plus tard, une succursale du même nom, en...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut