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Nos lecteurs ont la parole - Ronald Barakat

Quelques conseils aux organisateurs du collectif « Vous puez ! »

Chers organisateurs de la campagne « Vous puez ! »,
Je voudrais d'abord, en tant que citoyen et activiste libanais, applaudir des deux mains votre initiative qui fait boule de neige, dans l'espoir que cette boule populaire aille en grossissant pour engloutir de sa fraîcheur les puanteurs qui envahissent nos espaces public, politique et médiatique. Puisse cette boule providentielle, lancée par la société civile, se muer en un tracteur agricole qui arrachera, une fois pour toutes, les mauvaises herbes bien enracinées depuis des décennies, dont les prolongements tentaculaires ont ligoté notre cèdre et notre quotidien jusqu'à l'étouffement. Puisse ce tracteur séparer le bon grain citoyen de l'ivraie politicienne, faire le tri et jeter au feu les plantes nuisibles et pernicieuses, ces fleurs du mal qui n'ont cessé de s'épanouir sur nos misères.
Mais pardieu ! (et non par Dieu, pour rester dans la laïcité), je vous conjure d'utiliser les slogans qui unifient l'opinion publique libanaise, et non ceux qui la divisent, des slogans bien pensés, et non inconsidérés, des slogans réalisables et non irréalistes, des slogans qui émanent d'un sens des responsabilités nationales et préviennent la campagne de la récupération politique, toujours aux aguets. Des slogans susceptibles de servir de dénominateur commun, de rallier un maximum d'activistes et de sympathisants de la société civile, de sensibiliser les bases des partis politiques et les gagner à votre cause qui est la nôtre, de les libérer de leur embrigadement partisan et idéologique, compte tenu de leur effectif et de leur capacité de mobilisation qui rivalisent avec les nôtres, qui pourraient être un énorme soutien – plutôt qu'une énorme entrave – à la bonne marche du mouvement. En tant qu'activistes, dialoguez avec ces militants, de sorte à les avoir à vos côtés et non pas sur le dos.
Concernant vos revendications, consultez votre propre base avant de les formuler, pour ne pas ressembler à nos politiciens et donner l'impression d'être motivés par des ambitions politiques personnelles et par la recherche de visibilité, et ce au détriment de la cause. Sondez les tendances générales de toutes les composantes de la société civile avant de vous prononcer. Ne vous déconnectez pas, en tant que collectif, de la collectivité. Demandez son avis. Écoutez-la. Ne faites pas comme « eux ». Soyez des organisateurs, pas des meneurs. Laissez-nous choisir, pour une fois, ceux qui ne vont pas nous mener au gouffre. Ne profitez pas de ce mouvement de foule pour nous faire dire, dans la foulée, ce que nous ne voulons pas dire ; pour nous faire dire ce que vous voulez. Ne tirez pas avantage de ce phénomène psychosociologique qui dissout l'individu dans la masse de la manifestation, lui faisant perdre tout esprit critique et répéter comme un perroquet ce qu'on lui administre du haut-parleur.
Montrez plus de sagesse et de clairvoyance que les partis politiques qui mettent en garde – et à juste titre – contre le vide et l'anarchie découlant d'une chute du gouvernement ou d'un renversement de régime. Révisez vos priorités et cessez de réclamer des élections législatives préalables à l'élection d'un président de la République. Ce Parlement, aussi illégitime soit-il, a été légalisé par un Conseil constitutionnel, à ce que je sache. Il fallait battre le fer quand il était chaud et s'insurger contre les autoprorogations au moment où le crime contre la démocratie se perpétrait, et non maintenant, et dans ces circonstances. Il ne s'était trouvé, en ce temps-là, que quelques activistes pour lancer des tomates sur des vitres teintées, imperturbables, derrière lesquelles on nous faisait un pied de nez (et qui sait, du majeur). Il fallait agir sur-le-champ, avant que celui-ci ne soit couvert d'ordures. À présent, il faut composer avec le « parle-ment » actuel, faire pression pour qu'il élise un président qui, s'il sera à l'image des résultats des « appels d'offres pour la gestion des déchets », sera refoulé par le Parlement de facto : celui de la société civile, celui du peuple.
Il convient d'ailleurs de se demander s'il serait judicieux de réclamer des élections législatives à ce stade, si de telles élections ne ramèneraient pas les mêmes figures honnies, étant donné la quantité de voix partisanes et confessionnelles engrangées par les principaux partis qui monopolisent le paysage politique. Il faudrait d'abord s'attaquer à un triple mal, ou au mal trismégiste, à savoir le panurgisme, le confessionnalisme et le clientélisme, et ceci par une rééducation en profondeur et une thérapie de masse. Sinon, je vous parie que les mêmes acteurs-vedettes reviendront sur la scène politique, très démocratiquement, avec tout leur savoir-faire et leur expérience d'acteurs, et que vous ferez figure de simples figurants ou de comparses dans le nouveau Parlement, si vous y serez.
Placez-vous toujours dans le contexte atypique libanais pour éviter les faux pas ou les égarements. Vous concentrez vos tirs sur les squatteurs de l'État et vous oubliez, ou épargnez, les instaurateurs du mini-État. Vous passez outre à cette armée milicienne dont les armes sont devenues illégales, à ces chasses gardées, à ces périmètres de sécurité, à ces arsenaux cachés dans notre sol, à ces réseaux de communication privés... Vous raisonnez selon un schéma classique bipolaire citoyen-État et vous ne tenez aucun compte de ce troisième pôle qui recherche justement le vide pour le remplir de son monopole idéologique.
Je ne vous reprocherai pas de mettre dans le même panier (pour ne pas user d'un autre terme de circonstance) tous les chefs de parti, politiciens, formations du 14 et du 8 Mars, de mélanger les torchons avec les serviettes, les bourreaux avec les victimes, les martyrs avec leurs assassins, car je vous comprends d'en avoir marre de ces deux courants opposés. Après dix ans de « tir à la corde », il faut trouver un autre jeu, plus sérieux. Je sais que ce mouvement vient sonner le glas des deux dates, surtout celle pour laquelle j'ai milité (d'où la conjonction d'intérêts des deux pour faire échec à ce mouvement). Dix ans de fluctuations, de retournements, d'égarements, de flux et reflux, d'offensives et de retraits, de front haut et de profil bas, de verbe fort et d'action faible, de présence virtuelle et d'absence réelle, de retour aux racines et de déracinement... ont fini par faire déchanter plus d'un du 14 Mars. On en est arrivé à vouloir aménager des HLM aux SDF (sans domicile fixe), lesquelles ont pris la forme d'un « Conseil national des indépendants du 14 Mars », étrangement à l'écart de l'histoire qui s'écrit, tandis que son rôle d'intermédiaire pourrait faciliter le dialogue ou la coopération entre la société civile et les « sociétés partisanes ». C'est dire l'esprit partisan qui gouverne ce conseil, malgré sa soi-disant indépendance.
Parlant encore de conseil, je vous encourage à mettre le plus possible les forces de l'ordre près des manifestants, et non en face d'eux, et vous suggère, pour faire équilibre, de demander à punir les fauteurs de troubles, les vandales, les casseurs, les incendiaires, les voyous qui ont tenté de défigurer ce mouvement civil et civique, et à connaître leur identité et celle de leurs commanditaires, et non de vous contenter de demander des comptes au ministre de l'Intérieur pour usage excessif de la force contre des manifestants, incluant ceux susmentionnés.
Quant à confier aux municipalités la tâche colossale de gérer nos déchets, je crains que l'on passe d'un problème centralisé et soluble à un problème décentralisé et insoluble, étant donné l'ampleur de la mauvaise gouvernance et de la corruption, dans une bonne proportion, du secteur municipal. Et j'en sais quelque chose, en tant que directeur d'une association qui combat la corruption.
Voici les quelques conseils gracieusement prodigués afin que ceux à qui vous dites « Vous puez ! » ne vous rendent pas la pareille, et afin que ce mouvement ait plus de vent en poupe et de chance d'arriver à bon port, sur les nouvelles rives limpides d'un pays qui renaît des cendres de ses « ordures » brûlées sur le bûcher de la justice sociale.

Ronald BARAKAT

Chers organisateurs de la campagne « Vous puez ! »,Je voudrais d'abord, en tant que citoyen et activiste libanais, applaudir des deux mains votre initiative qui fait boule de neige, dans l'espoir que cette boule populaire aille en grossissant pour engloutir de sa fraîcheur les puanteurs qui envahissent nos espaces public, politique et médiatique. Puisse cette boule providentielle, lancée par la société civile, se muer en un tracteur agricole qui arrachera, une fois pour toutes, les mauvaises herbes bien enracinées depuis des décennies, dont les prolongements tentaculaires ont ligoté notre cèdre et notre quotidien jusqu'à l'étouffement. Puisse ce tracteur séparer le bon grain citoyen de l'ivraie politicienne, faire le tri et jeter au feu les plantes nuisibles et pernicieuses, ces fleurs du mal qui n'ont cessé de...
commentaires (1)

Qu'est-ce qu’1 "libanaise" société ? Le produit de l'action de ces Libanais. Sont-ils libres de choisir laquelle ? Non. Qu’on pose un certain stade de leur développement, et on aura telle forme de rapports sociaux entre eux. Poser ces degrés de développement, et on aura telle sorte de formes sociales ; telle société civile. Poser celle-ci, et on aura tel état politique qui n'est que l'expression de celle-ci. Voilà ce que "certains" ne comprendront jamais, car ils croient faire grande chose quand ils en appellent de l'État à la Société, i.e. du résumé officiel de la société à la société officielle. Ces Libanais ne sont pas les libres arbitres de leur état de développement, car il est le produit, lui, d'1 activité antérieure. Le résultat de leur énergie ; circonscrite par les conditions dans lesquelles ils sont ; jaillit par leur acquis, la forme sociale qui existe avant eux, qui est antérieure. Du fait que leur génération postérieure trouve un développement acquis par leur génération antérieure ; matière pour 1 nouveau développement ; se forme 1 connexité dans leur histoire qui est d'autant + l'histoire des Libanais que ce même développement a grandi. Leur histoire toute globale n'est jamais que l'histoire de leur développement individuel, conscient ou pas. Leurs rapports sociaux forment la base de tous leurs rapports, qui ne sont que les formes dans lesquelles l’activité individuelle de chacun d’entre eux se réalise…. Merci, pour "eux", pour tous ces "conseils" quand même !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

08 h 40, le 19 septembre 2015

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Commentaires (1)

  • Qu'est-ce qu’1 "libanaise" société ? Le produit de l'action de ces Libanais. Sont-ils libres de choisir laquelle ? Non. Qu’on pose un certain stade de leur développement, et on aura telle forme de rapports sociaux entre eux. Poser ces degrés de développement, et on aura telle sorte de formes sociales ; telle société civile. Poser celle-ci, et on aura tel état politique qui n'est que l'expression de celle-ci. Voilà ce que "certains" ne comprendront jamais, car ils croient faire grande chose quand ils en appellent de l'État à la Société, i.e. du résumé officiel de la société à la société officielle. Ces Libanais ne sont pas les libres arbitres de leur état de développement, car il est le produit, lui, d'1 activité antérieure. Le résultat de leur énergie ; circonscrite par les conditions dans lesquelles ils sont ; jaillit par leur acquis, la forme sociale qui existe avant eux, qui est antérieure. Du fait que leur génération postérieure trouve un développement acquis par leur génération antérieure ; matière pour 1 nouveau développement ; se forme 1 connexité dans leur histoire qui est d'autant + l'histoire des Libanais que ce même développement a grandi. Leur histoire toute globale n'est jamais que l'histoire de leur développement individuel, conscient ou pas. Leurs rapports sociaux forment la base de tous leurs rapports, qui ne sont que les formes dans lesquelles l’activité individuelle de chacun d’entre eux se réalise…. Merci, pour "eux", pour tous ces "conseils" quand même !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 40, le 19 septembre 2015

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