Des enfants du Akkar brandissent des pancartes contre l’établissement d’une décharge, lors d’un mouvement de protestation dans le jardin de Miniara.
Après avoir tenu le coup durant 16 jours, des militants en grève de la faim au centre-ville ont annoncé hier la fin de leur mouvement, affirmant avoir atteint leur objectif.
« Nous avons atteint notre but. Nous avons sanctionné le ministre de l'Environnement (Mohammad Machnouk). La rue et l'histoire l'ont déjà sanctionné », a annoncé le militant Waref Sleiman, lors d'une conférence de presse au centre-ville, en face du siège du ministère de l'Environnement. Ses camarades et lui réclamaient la démission de M. Machnouk qu'ils accusent d'être responsable de la crise des déchets, mais celui-ci ne s'est pas plié à leurs exigences.
« Nos proches et nos amis nous implorent de cesser la grève de la faim. Et la santé de plusieurs d'entre nous s'est sérieusement dégradée. C'est pour cela que nous levons notre grève de la faim et nous rejoignons les rangs du mouvement civil », a ajouté Waref Sleiman. Le jeune homme a insisté sur le fait qu'aucune pression n'est à l'origine de leur décision, et a révélé que le ministre Machnouk a effectué des contacts, le jour de son arrestation, pour obtenir sa libération contre la fin du sit-in des grévistes. « Je laisserai le public juger », a-t-il ajouté.
Mardi, le ministre de l'Environnement avait fait savoir aux jeunes grévistes, après les avoir reçus dans son bureau, que sa démission n'aura aucune conséquence positive sur la crise des déchets qui sévit depuis le 17 juillet.
L'annonce de la levée de la grève de la faim survient au lendemain de violents accrochages entre des dizaines de manifestants et les forces de l'ordre, au centre-ville. Les deux camps se sont affrontés durant des heures, au moment où la deuxième séance de dialogue national se tenait au Parlement, place de l'Étoile. Une quarantaine de manifestants avaient été mis sous les verrous avant d'être relâchés en fin de journée. Waref Sleiman faisait partie de ceux-là.
Un dernier gréviste de la faim, Ali Berro, a toutefois annoncé qu'il poursuivait sa grève, mais il s'est installé à la place Riad el-Solh au lieu du périmètre du ministère de l'Environnement.
Par ailleurs, dans la soirée, le comité de suivi du mouvement populaire a appelé à une participation massive à la manifestation prévue dimanche. « La libération des détenus (de la dernière manifestation, mercredi) en un temps record est une nouvelle réalisation à inscrire à l'actif du mouvement », ont déclaré des responsables du comité lors d'une conférence de presse, place Riad el-Solh. Ils ont réitéré leur refus du plan élaboré par la commission d'experts présidée par le ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, assurant que « le mouvement restera dans la rue jusqu'à ce que toutes les revendications soient satisfaites ».
Parmi leurs autres demandes : libérer immédiatement tous les détenus du mouvement, demander des comptes aux ministres de l'Intérieur et de l'Environnement, décréter un état d'urgence environnemental avant le début de l'hiver, libérer les fonds dus aux municipalités et organiser des élections législatives.
Les familles des dix détenus des précédentes manifestations ont également tenu hier un sit-in symbolique pour demander la libération de ces jeunes, dont plusieurs sont des mineurs.
Plus de décharge à Masnaa
Par ailleurs, le ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, qui préside actuellement une commission d'experts ayant soumis un plan de sortie de crise au gouvernement, a affirmé hier au quotidien al-Moustaqbal que la possibilité de construire une décharge à Masnaa, dans la montagne de l'Anti-Liban, comme prévu initialement dans le plan, a été écartée. M. Chehayeb a annoncé que « les rapports des experts géologiques chargés de l'étude des emplacements de décharges ont prouvé qu'un tel projet à Masnaa présente un risque au niveau des nappes phréatiques ». « C'est pour cela que nous avons écarté cette possibilité. Des efforts sont entrepris afin de trouver un emplacement alternatif », a-t-il ajouté.
Le plan du ministre de l'Agriculture prévoit, entre autres, l'accueil de déchets dans l'usine de traitement de Saïda (Liban-Sud), le réaménagement du dépotoir de Srar, au Akkar (Liban-Nord) afin de le transformer en décharge sanitaire et, enfin, le réaménagement du dépotoir de Bourj Hammoud afin que celui-ci accueille des déchets après un remblayage du littoral. Ces mesures sont prévues pour une durée maximale de 18 mois, la deuxième étape étant la décentralisation de la gestion des déchets au profit des municipalités. Pour les déchets empilés depuis le 17 juillet, le plan a proposé de les transporter durant un délai maximal de sept jours à la décharge de Naamé, au terme duquel celle-ci sera fermée définitivement.
Enfin, une grande réunion est prévue aujourd'hui au Biel avec les notables du Akkar, afin de discuter du projet de réhabilitation du dépotoir de Srar qui devrait, à terme, accueillir 1 500 tonnes par jour. Des mouvements de protestation contre cette éventualité ont eu lieu hier, au Akkar.

