Dans les années soixante-dix, nous étions une nation déchirée, un peuple déboussolé, une société désemparée qui subissait les contrecoups d'erreurs fatales, de décisions erronées prises auparavant par les décideurs libanais incluant l'Accord du Caire de 1969 et dont l'effet fut une chaîne d'actions-réactions infinies d'infamies, de douleurs et d'injustices. La cause palestinienne, juste au départ, avait dérapé aux dépens du Liban, devenu un État de pacotille ballotté au gré des intérêts régionaux et des vents contraires.
Et voici que dans un pays en guerre, est sorti de la mêlée un homme jeune qui avait la particularité de penser ce qu'il disait et de dire ce qu'il pensait. Un homme qui aimait son pays et qui croyait en lui. Un homme fort avec le puissant, magnanime avec le faible. Un homme qui savait que la révolution est un chemin d'organisation scientifique et structurelle et non une impulsion subite et désordonnée. Et avec lui, le rassembleur, nous nous sentions renaître, nous nous sentions en voie de libération d'un establishment qui s'accordait de la médiocrité, du laisser-faire, des ça ne fait rien, l'establishment des pots-de-vin, des bachi-bouzouks, des corrompus, du Liban jeté en pâture aux fauves de la région, les Assad de Syrie, les Yasser Arafat et autres. Cet homme était Bachir Gemayel.
Et Bachir Gemayel, fondateur et commandant des Forces libanaises entreprit de réformer le système.
C'était un homme doué pour le pouvoir. Il n'y pouvait rien. Les Libanais étaient touchés par son charisme, par l'influence innée qu'il portait sur les foules, par une personnalité dotée d'un prestige et d'un pouvoir de séduction exceptionnels, par son honnêteté et son courage de dire la vérité. Il tenait ses promesses et savait pertinemment comment les réaliser. En dépit de son jeune âge, il était d'une compétence à toute épreuve et mobilisait un ensemble de ressources (savoir, savoir-faire) en vue de résoudre des situations complexes. Il mesurait les conséquences de ses propositions et savait qu'il serait capable de les mettre en œuvre. Il avait la capacité à rassembler, à susciter l'adhésion à son projet par-delà les clivages traditionnels. Il avait un talent oratoire, et disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Visionnaire, résolu, il œuvrait avec ambition et courage à l'édification d'un État fort, moderne, qui consacrerait la notion de citoyenneté au-delà des clans, des religions, des rites et des communautés mais surtout la responsabilité des politiques qui dorénavant devraient rendre compte de leurs actes et de leurs dépenses et la coordination des ministères entre eux. Et par-dessus tout, une de ses priorités était le verrouillage des frontières qui seraient dorénavant protégées et contrôlées et la formation d'une armée forte et bien équipée.
Son action tous azimuts commença à porter ses fruits. Sur le terrain d'abord, il libéra le pays de la mainmise armée de l'OLP sur le territoire, sur le plan diplomatique, sa conférence de solidarité mondiale avec le Liban, le 2 avril 1982, fut une étape majeure de son positionnement au sein de la communauté internationale et pava la voie à sa candidature à la présidence de la République. Il fut président élu le 23 août 1982 dans une liesse générale pendant trois semaines seulement.
Bachir Gemayel sait-il seulement combien il nous manque aujourd'hui et tous les jours ? Sait-il combien le vide qu'il a laissé est béant, la blessure sanguinolente, la douleur toujours à vif car en l'éliminant, ce jour fatidique, cette funeste journée du 14 septembre 1982 une part du Liban est morte avec lui, à jamais perdue, évanouie dans la fumée de l'explosion, la part d'espérance, de sauvetage d'un pays en perdition. Une journée indélébile, exécrable et sinistre, ancrée dans nos mémoires où notre rêve d'une nation enfin unie et libérée, d'un État moderne, d'un État fort, d'un État de droit, fut fracassé, dispersé en lambeaux.
Il est de notre devoir d'informer la nouvelle génération que son programme global de réformes qui portait sur tous les plans, social, écologique, économique, politique, légal, s'évapora avec lui et est resté lettre morte.
Aujourd'hui, 33 ans ont passé et je me souviens d'une chose qu'il disait toujours : personne n'est irremplaçable.
Jusqu'à présent, il a eu tort.
Dounia MANSOUR ABDELNOUR
Londres, Royaume-Uni


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MARTYR... OUI ! HOMME D'ETAT... LE TEMPS LE DÉCIDE OR IL N'EN EU PAS ! RÉFORMATEUR... QU'Y EUT-IL DE CHANGÉ ? IL EN AVAIT LES INTENTIONS DANS LES DEUX CAS... OUI.... CERTES ! ET C'EST DÉJÀ BEAUCOUP...
18 h 03, le 17 septembre 2015