Le milliardaire Patrick Drahi pourrait être « celui qui va consolider le câble américain » éclaté. Éric Piermont/AFP
Il est l'homme dont les faits et gestes sont en ce moment épiés dans le microcosme des télécoms aux États-Unis. Le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi a fait de la conquête du marché américain la pierre angulaire de son empire bâti à coups d'acquisitions. Depuis le rachat en mai pour 9 milliards de dollars de Suddenlink, le septième câblo-opérateur américain, présent dans le Sud, il n'y a plus de doute sur les ambitions de cet entrepreneur de 52 ans. À la tête d'Altice, un géant européen des télécoms et des médias, son portefeuille s'étend de Numericable-SFR, NextRadioTV, Libération et L'Express en France à Portugal Telecom, en passant par la chaîne d'informations i24news en Israël. Pour Jeffrey Wlodarczak, analyste chez Barclays, M. Drahi, troisième fortune de France, est « celui qui va consolider le câble américain » éclaté.
Les autres acteurs majeurs ont les mains liées. Le premier câblo-opérateur Comcast est handicapé par sa taille car toute offensive de sa part soulèverait des problèmes de concurrence. Charter/Time Warner Cable/Bright House sont en train de fusionner. La liste des cibles de l'homme d'affaires comprend, selon des sources bancaires, Verizon Communications FiOS, les activités du câble et de cuivre de l'opérateur télécoms Verizon qui sont évaluées à environ 34 milliards de dollars par l'analyste Michael Rollins de Citigroup. Il étudie aussi un rachat de Cox Communications, Cablevision ou Mediacom, respectivement troisième, quatrième et huitième câblo-opérateur américain, selon les sources. Cablevision lui donnerait accès au
marché new-yorkais. L'opérateur télécoms T-Mobile US, filiale américaine de Deutsche Telekom, en quête d'un acquéreur, l'a contacté mais il n'a pas donné suite dans l'immédiat, selon des sources bancaires. De quoi laisser penser que la convergence avec le mobile interviendra seulement une fois le câble concentré.
Ce polytechnicien, père de quatre enfants et résident fiscal suisse, doit participer, le 17 septembre, avec l'Américain Dexter Goei, numéro deux d'Altice, à une grand-messe des télécoms organisée à New York par Goldman Sachs. Patrick Drahi a fusionné à vive allure câble et télécoms en Europe en endettant sa société via des montages financiers s'apparentant à des LBO (leverage buy-out). Ceux-ci, qui ont porté la dette d'Altice à environ 33 milliards d'euros (37 milliards de dollars), sont critiqués par Paris qui fait valoir que la société est devenue un géant dont l'effondrement aurait des conséquences graves pour l'économie française. Connu pour être un « cost killer » (un réducteur de coûts), le milliardaire profite d'un environnement de taux d'intérêt bas en Europe et aux États-Unis lui permettant d'emprunter à faible coût. M. Drahi entend répliquer aux États-Unis les recettes qui ont contribué à sa fulgurante ascension en Europe. Il exclut a priori d'engager une guerre des prix mais plutôt une guerre de la qualité des services à un moment où les consommateurs américains se désabonnent de plus en plus du câble, au profit de services de vidéo en ligne (streaming) comme Netflix, Hulu, Amazon Fire TV, Apple TV... aux prix souvent dérisoires comparés à ceux pratiqués par les câblo-opérateurs. Selon les observateurs, les consommateurs auront besoin dans les prochaines années d'une connexion de qualité au très haut débit fixe (via le wifi) pour les nouveaux services. À terme, Altice pourrait proposer des offres triple Play (Internet, mobile, télévision) ou quadruple Play comme le fait depuis peu AT&T. Il y aurait aussi une Box unique. Le groupe veut générer la moitié de ses revenus aux États-Unis, contre 15 % d'ici à fin 2015, répète Dexter Goei.
Luc OLINGA / AFP


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