On casse ici du sucre, semble-t-il, sur le dos du système communautaire comme s'il représentait pour les Libanais le péché mortel par excellence.
Je suis de ceux qui pensent en définitive tout le contraire. À tel point que je me sens devenir le chantre de cette formule pour toutes sortes de sociétés. La nôtre, bien entendu. Et celles de tous les pays du globe, devenus aujourd'hui, par la grâce de la mondialisation, l'objet d'un envahissement incontrôlable d'ethnies et de confessions différentes capables, si l'on n'y prenait garde, de faire exploser la planète entière.
On célèbre, par ailleurs, les avantages d'une élection présidentielle au suffrage universel comme étant la panacée la plus logique de tout mouvement démocratique. Là, je suis d'accord. Car lorsque les citoyens sont tenus de faire leur choix, il devient plus pertinent pour chacun en particulier d'être autorisé à désigner son propre représentant. On le fait bien partout et si communément en ce qui touche à la députation ou aux municipalités que je ne vois pas pourquoi on devrait s'horrifier d'examiner la possibilité d'élire un chef de l'État au suffrage universel.
Je sais ce que pensent sur le plan politique les chrétiens de mon pays. Des chrétiens plus politiques que véritablement chrétiens. Pour ceux-là, renoncer au privilège de maintenir un président de confession chrétienne dans une région où tous les régimes environnants ont des chefs mahométans est un sacrilège. Prétention peut-être logique, mais en tout cas primaire dont il ne faudrait aucunement faire un dogme.
2 - Alors quid d'une mise en marche simultanée des deux idées, selon une formule bien corsée à la base et respectueuse de toutes les sensibilités politiques sur le terrain ? Conserver le système communautaire tout en élisant un chef de l'État au suffrage universel, est-ce une gageure ? Un défi ? Ou une ineptie ?
Mon opinion est que c'est plutôt un défi à relever. Selon des conditions très strictes que je vais essayer de préciser.
Dans un pays comme le Liban, lilliputien, de caractère gouailleur et médiocrement cultivé, il est nécessaire, voire indispensable, qu'une seule tête détienne le pouvoir. Mais pour un temps bien spécifié d'avance : cinq ans, disons ! Aussi, en sélectionnant les communautés libanaises principales tout en regroupant les minoritaires sous une étiquette commune, pourrait-on donner le poste de commandement « à tour de rôle » à chacune des fractions précitées. Un poste non susceptible d'être renouvelé avant que ne soit bouclée la boucle des cinq ou six groupements qui peuplent le pays et qui sont appelés à en disposer suivant la règle constitutionnelle.
Autrement dit, le pouvoir directorial (voire dictatorial) ne reviendrait à chacune des communautés religieuses qu'une fois tous les vingt-cinq ou trente ans... Inéluctablement et obligatoirement. La nouvelle Constitution devra en tenir compte de façon absolue, le moindre flou dans le texte étant à éliminer.
Dans pareil projet, le chef de l'État est nécessairement seul responsable de la machine gouvernementale, tout en restant évidemment soumis à, et c'est le 3e point, un sourcilleux contrôle de la part d'une Haute Cour de justice, instituée ad hoc. Et puisque chaque communauté est appelée à y avoir accès au moment venu, il devient clair que le pouvoir n'a plus besoin d'être partagé en cours de route. Par conséquence directe, pas de président du Conseil. Plus de crises ministérielles ! Plus d'ambiguïtés ! Le seul chef à bord après Dieu disposera à son gré des noms de ses futurs ministres, qu'il conservera ou renverra selon ce qu'il jugera bon durant son mandat. Point à la ligne !
Laissons donc, à partir de ce critère radical, les juristes distribuer équitablement les autres attributions administratives : députation, Sénat éventuel, cour de justice, forces armées.
L'essentiel dans l'idée que j'avance est que l'esprit de décision à tous les niveaux reste confiné au seul cerveau auquel sera dévolue la vocation d'assurer le rôle du « dictateur juste », en arabe « al-moustabidd al-aadel ».
Si seulement, en toute limpidité, chacun des responsables actuels pouvait méditer un moment devant ces lignes et faire jouer en lui-même ce brin de conscience dont le Créateur l'a doté, je suis certain que le dilemme libanais deviendrait réalité harmonieuse.
Certains, et pas des moindres, ont déjà fait allusion au fait que le Liban pourrait ainsi donner l'exemple à bien d'autres nations.
4 - Je l'avais écrit depuis longtemps et j'y ai toujours cru. Loin de moi l'idée d'en tirer gloriole le moins du monde. Je ne suis personne. Il s'agit tout juste d'une idée qui ne demande qu'à faire mouche et à être mise en pratique.
La force véritable d'un être humain lui vient de sa faculté de réfléchir. Ni les muscles ni les armes n'ont jamais réussi à imposer une discipline aux hommes. L'histoire de l'univers en est témoin. Seule la pensée est en même temps détentrice de vérité et arme absolue...
Alors, citoyens, à nous de jouer ! Car si réformer, c'est bien, révolutionner et agir en profondeur, c'est infiniment mieux !
Et les fous que nous sommes pourraient bien, pour une fois, se ranger résolument derrière l'avis d'un « fou du roi ».
Nos lecteurs ont la parole - Louis Ingea
Akhwatt Chanay
OLJ / le 11 septembre 2015 à 00h00


"Dans un pays comme le Liban médiocrement cultivé, il est nécessaire, voire indispensable, qu'une seule tête détienne le pouvoir ! Par conséquence directe plus de crises ministérielles ! Plus d'ambiguïtés ! Le seul chef à bord après Dieu disposera à son gré des noms de ses futurs ministres, qu'il conservera ou renverra selon ce qu'il jugera bon durant son mandat. Point à la ligne !é !! Mais, ce qui est décrit-là, c’est bien le régime présidentiel d’avant Taef, régime qui avait conduit à la guerre civile de 75 ! Lâh, lâh !
10 h 14, le 11 septembre 2015