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Culture

Intimité en toute (im)pudeur

Cimaises

Mansour el-Habre, poulain de la galerie Janine Rubeiz depuis plus de quatorze ans, y expose son dernier cru d'inspiration. Un chroniqueur au jet moderne, original et qui en dit plus qu'il n'en a l'air...

08/09/2015

La vie au quotidien. Entre quatre murs. Entre télé, sofa, fauteuil et chaise. Un couple, un intérieur familier et familial, des images esbroufes de tous poils et surtout le talent d'un artiste au croquis narquois et abrasif.
Les cheveux sel et poivre tondus à ras le crâne, les yeux marqués par des cernes, souriant avec son tee-shirt vert et son jean délavé, allure sportive (mordu par le football, marotte de sa première expo), Mansour el-Habre, 46 ans, est professeur à l'Alba de croquis et dessins pour l'architecture tout autant que pour la sérigraphie. Mais aussi illustrateur pour certains articles du supplément d'an-Nahar. De toute évidence il est comme un poisson dans l'eau, entouré qu'il est des 27 mixed media exposées sous la lumière vive du jour d'une verrière. Parfaitement en symbiose et intimité avec son œuvre désignée ici par Home Life (Vie d'intérieur).

Des toiles entre croquis et collages, dont les dimensions varient entre 2m40x1m40 et 30cmx40cm. Un petit monde chantant, grinçant, reflet gentiment satirique et coquin de la société actuelle où les personnages sont affalés, vautrés, calfeutrés, nonchalants, rêveurs... Selon l'humeur, les états de repos, de fatigue et d'esprit. En pantalon, torse nu, en slip, en culotte-soutien gorge, cheveux ébouriffés, journal en main ou simplement pantouflard, flemmard, jambes écartées ou repliées devant le petit écran ou dans des espaces un peu brouillons...
Une véritable mise en scène du quotidien intime des gens (et du sien sans nul doute) où le pudique et l'impudique se côtoient sans agressivité, où chaque détail compte et a du relief. En combinant légers fantasmes et notes abstraites en fond de décor, pour des actants plus soucieux de leur confort et du délassement que du regard bien pensant, collet monté ou conservateur des autres...

Le dessin comme nourriture terrestre
La peinture et le dessin sont, depuis la prime enfance, la nourriture terrestre et intellectuelle de cet artiste qui sut diversifier son dire pictural nourri déjà de l'impressionnant chiffre de plus de mille toiles! Depuis toujours, à toute chose qu'il veut exprimer, à tout événement qu'il affronte, ce ne sont pas les mots qui viennent en premier, mais les dessins. C'est son langage favori, préférentiel. Non arme de combat, mais outil naturel d'expression.
En touches claires, malicieusement pointues et bien acérées, tout en gardant toutefois une certaine tendresse et rondeur à l'humanité qu'il croque allègrement, Mansour el-Habre – s'il considère qu'il est pour un certain minimalisme – cède volontiers ses clefs de maître du chevalet et du pinceau qui ont formé et affûté son style. Et il nomme Halim Jurdak tout autant que Picasso et Matisse.

Dans ce lever de voile sur l'univers familial, en bon artiste libanais qui ne peut jamais s'éloigner de la politique telle une digression spontanée ou une fièvre dans le sang, cette toile érigée en assemblée « constituante » concernant querelles et conflits. Une assemblée s'affrontant à la Kooning, attifée de tarbouches, gesticulante et carnassière dans le babil de couleurs verdâtres, comme un vomi. En termes de langue de bois et de dialogue de sourds, comme il se doit toujours au pays du Cèdre. Ce cèdre au ton gris, délibérément terne et brouillé, en coin de la grande toile. La plus belle peut-être de toute l'expo, car elle a la résonance d'un coup de poing sur une table.
Mais où donc est passé notre symbole dans ce charivari généralisé aujourd'hui ? Bien malin qui le dira. Mais on sait gré aux artistes qui ont pour mission d'élever la voix, d'amplifier la colère et de dessiller les yeux.

L'exposition « Home life » de Mansour el-Habre à la Galerie Janine Rubeiz se prolonge jusqu'au 23 septembre courant.

 

Pour mémoire
Mansour el-Habre brocarde la « Republicafé »...

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