Le finish du 100 m, hier à Pékin. De gauche à droite : André de Grasse, Justin Gatlin, Asafa Powell, Usain Bolt, Tyson Gay, Mike Rodgers et Trayvon Bromell. Le nouveau triomphe de Bolt consacre son statut d’icône de l’athlétisme, acquis au fil des ans par l’enfant de Jamaïque, surnommé « l’Éclair », au point d’en incarner l’image jusqu’à épuisement. Bolt (sprinteur propre) est encore là et l’athlétisme, englué dans une polémique sur le dopage, peut respirer. Adrian Dennis / AFP
Vieillissant, contesté, mais finalement triomphant : Usain Bolt a revêtu les habits de héros de l'athlétisme pour priver l'ex-dopé Justin Gatlin d'une résurrection totale en finale du 100 m des Mondiaux de Pékin et entretenir sa légende. « L'Éclair » jamaïcain est bel et bien l'icône incontestable de l'athlétisme. Habituel champion prêt le Jour-J, Bolt, âgé de 29 ans, a fait fi de deux années de misère pour conserver son titre mondial. Il devient ainsi l'athlète le plus médaillé (11) et le plus titré (9) de l'histoire des Mondiaux, qui existent depuis 1983. Sans compter ses six titres olympiques équitablement répartis entre 2008 et 2012.
Comme un signe avant-coureur, l'après-midi a été orageuse sur Pékin, laissant rouler l'écho de la foudre depuis les montagnes entourant la capitale chinoise. Mais la pluie n'est pas tombée, Bolt a gagné, et le déluge de polémique entourant la place des anciens dopés dans l'athlétisme actuel devient moins prégnante. Qu'aurait-il été dit si Gatlin, suspendu cinq ans durant sa carrière, rattrapé à deux reprises par des contrôles positifs, avait renoué avec le titre mondial hier, dix ans après son sacre à Helsinki ? Bolt a, au moins pour un temps, remisé les questions.
Elles reviendront probablement dès demain, avec le premier tour du 200 m, dont les deux adversaires seront les favoris.
Hier, la légende du sprint a dû s'arracher pour devenir triple champion du monde du 100 m. En demi-finale d'abord, où après avoir trébuché peu après le départ, il a laissé croire au monde que sa quête allait s'arrêter là. En finale surtout, où il a été poussé dans ses derniers retranchements par Gatlin, finalement devancé d'un centième (9''79 contre 9''80). « Ce n'était pas le meilleur de moi, j'ai encore trébuché, a confié Bolt. Je suis venu ici relax, sans stress et je ramène ça à la maison. Mon but est de rester le numéro un jusqu'à ce que je me retire. »
Il n'y avait qu'à entendre l'explosion de joie du Nid d'Oiseau pour comprendre que Bolt venait, là, de gagner bien plus qu'un nouveau titre. Les deux hommes s'étaient affrontés pour la dernière fois le 6 septembre 2013, à Bruxelles, avec un Bolt loin devant Gatlin, 4e. Depuis, l'Américain avait enchaîné 21 victoires consécutives sur 100 m. Jusqu'à hier. Bolt, pendant ce temps, n'avait couru qu'un 100 m en salle en 2014 en Pologne, et seulement trois en 2015 dont une exhibition avant d'arriver en Chine, où il ajoute une ligne de plus à sa légende.
Ennis-Hill est toujours là
Hier était décidément le jour du retour des grands, avec la victoire de l'athlète britannique Jessica Ennis-Hill. L'héroïne des Jeux olympiques de Londres est revenue par la grande porte, en renouant avec le titre mondial en heptathlon, qu'elle avait décroché une première fois en 2009 à Berlin.
Trois autres titres ont été décernés, pour la 2e journée des Mondiaux de Pékin : l'athlète américain Joe Kovacs a dominé le poids, avec 21,93 m, et le sportif polonais Pawel Fajdek a conservé, comme attendu, le titre mondial du lancer du marteau, avec un jet à 80,88 m. Tous deux étaient les favoris. En matinée, le marcheur espagnol Miguel Angel Lopez avait décroché le plus beau titre de sa carrière, à 27 ans, avec l'or du 20 km marche (1 h 19 min 14 sec).
De la marche au sprint, hier était une journée à remettre sur pied les valeurs de l'athlétisme.
Gebreselassie remporte le marathon
Chez les dames, les séries du 100 m ont confirmé la bonne forme de la favorite, l'athlète jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce, tandis que l'athlète ivoirienne Murielle Ahouré n'a pas été loin de passer à la trappe. Les demi-finales et la finale sont prévues aujourd'hui.
Samedi, lors de la 1re journée, l'athlète érythréen Ghirmay Gebreselassie est devenu, à 19 ans, le plus jeune champion du monde du marathon pour sa 3e expérience sur la distance (42,195 km). Gebreselassie a devancé, en 2 heures 12 minutes 27 secondes, les marathoniens éthiopien Yemane Tsegay (2h13'07'') et ougandais Munyo Solomon Mutai (2h13'29''), médailles d'argent et de bronze.
Le vainqueur porte quasiment le patronyme du célèbre coureur éthiopien Hailé Gebreselassie, double champion olympique du 10 000 m (1996 et 2000). Les principaux favoris, eux, ont échoué dans la chaleur. Ainsi, l'armada kényane, avec notamment Dennis Kimetto, détenteur du record du monde (2h02'57''), a connu une déroute : le premier d'entre eux, Mark Korir, a pris seulement la 22e place.
(Source : AFP)
« King » Farah, ou le règne continu
Le règne de Mo Farah s'est prolongé avec sa couronne conservée sur 10 000 m, le Britannique devenant le premier coureur de demi-fond long à conquérir six titres majeurs (JO et Mondiaux) consécutifs, lors de la journée inaugurale des championnats du monde d'athlétisme, samedi, à Pékin. « Dieu et mon droit », la devise des souverains britanniques, est aussi celle de Farah, double champion olympique (5 000 m et 10 000 m) en 2012 à Londres. Son droit, c'est celui de regarder le monde en face et même de haut. L'athlète d'origine somalienne avait été plus déstabilisé ces dernières semaines par les accusations de dopage aux États-Unis visant son entraîneur Alberto Salazar, que samedi soir par la tactique d'équipe du trio kényan. En démarrant à 500 m du but, Farah a condamné les coureurs des hauts-plateaux aux places 2, 3 et 4. Sans le quasi-invincible, les hommes en rouge auraient annexé le podium.
Coe : Les Mondiaux, c'est beaucoup plus que Gatlin
Les Mondiaux d'athlétisme ne se résument pas à « un seul athlète », a déclaré hier, avant la finale du 100 m, Sebastian Coe, le président élu de l'IAAF, réfutant l'idée répandue qu'un triomphe de l'ex-dopé américain Justin Gatlin ternirait la compétition à Pékin. « Les Mondiaux sont constitués de nombreux, nombreux événements (47 au total). On a vu ce matin d'impressionnantes séries du 400 m chez les hommes », a ajouté le double champion olympique du 1 500 m (1980 et 1984), dont le mandat à la tête de la Fédération internationale (IAAF) prendra effet au 31 août. Interrogé sur son « favori » de cœur entre Gatlin et la légende du sprint Usain Bolt, octuple champion du monde, Coe a botté en touche : « Mon avis est marginal et il est privé », a-t-il répondu, rappelant que les trois athlètes en lice pour le podium qui avaient été suspendus pour dopage (Justin Gatlin, Tyson Gay et Asafa Powell) étaient désormais autorisés à courir.
Fin juillet, la télévision publique allemande ARD et le journal britannique The Sunday Times avaient avancé, à partir des analyses de 12 000 échantillons qui avaient fuité de l'IAAF, qu'un tiers des médaillés mondiaux ou olympiques, entre 2001 et 2012, présenteraient des valeurs sanguines suspectes. La Russie et le Kenya sont particulièrement visés dans ces allégations. L'IAAF avait taxé de « sensationnalistes » ces conclusions, rappelant qu'elle avait été et restait la fédération internationale la plus volontaire dans la lutte contre le dopage, et la première à adopter le passeport biologique en 2009.
Bach : Tout faire pour protéger les athlètes propres
Le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, a affirmé la volonté commune de « tout faire en notre pouvoir pour protéger les athlètes propres (contre le dopage) », à l'issue d'une réunion avec la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) à Pékin. La rencontre entre le Conseil de l'IAAF et le comité exécutif du CIO est « une tradition de longue date » à la veille des Mondiaux d'athlétisme, qui ont débuté samedi dans la capitale chinoise, a rappelé M. Bach.
Inévitablement, alors que le premier sport olympique est attaqué sur le front du dopage, MM. Bach et Lamine Diack, président sortant de l'IAAF, ont été interrogés principalement sur ce thème lors de la conférence de presse. « Il est trop tôt pour spéculer sur les éléments (d'analyses) d'avant 2009 et l'introduction du passeport biologique. Aucun de ces tests ne peut servir de preuve de dopage, mais seulement d'indication. Au sujet de ces allégations (de dopage), nous avons aussi entendu les explications de l'Agence mondiale antidopage (AMA), et nous attendons les résultats de l'enquête en cours », a expliqué Thomas Bach, champion olympique de fleuret par équipes en 1976. Fin juillet, la télévision publique allemande ARD et le journal britannique The Sunday Times avaient lancé des accusations sur la base d'analyses anciennes.
M. Bach a rappelé que, en 1981 à Baden-Baden (Allemagne), la commission des athlètes du CIO, dont il était membre, avait souhaité des sanctions fortes contre les tricheurs. Mais le propos d'une suspension à vie, dès la première infraction, s'était heurté à la législation, le dopage n'étant pas considéré comme un acte criminel, et aux décisions des tribunaux auxquels s'étaient adressés les athlètes tricheurs.


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