Aurait-il paru raisonnable de continuer à faire l'impasse sur un pays de quatre-vingts millions d'habitants, puissance régionale et qui a un rôle à jouer au Moyen-Orient ? Apres douze années d'efforts diplomatiques, conjugués à une forte pression économique et un processus très délicat, un accord cadre a été conclu. Il était nécessaire d'empêcher la prolifération nucléaire au Moyen-Orient. Par pragmatisme, les dirigeants iraniens semblent avoir compris qu'ils n'avaient pas intérêt à risquer une course aux armements dans la région. Ils ont pris conscience que le pays avait plus à gagner à revenir dans la communauté internationale. La population souffre de l'embargo occidental, et aspire à s'ouvrir et à rejoindre la scène internationale. Le président Rohani a été élu pour cela. Les dirigeants ont accepté le compromis qu'ils considèrent utile et raisonnable. À noter que la coopération entre l'Occident et l'Iran chiite pour lutter contre l'État Islamique existe déjà plus ou moins sur le terrain puisqu'en Irak, des Kurdes et des chiites encadrés par des officiers iraniens se battent au sol contre Daech. Cette conjonction d'efforts ne pourra que se développer. La Turquie fait face à une menace existentielle. Plaque tournante de jihadistes venus d'Occident et d'Asie, elle ne peut qu'assumer le rôle de pivot d'équilibre et non poursuivre une politique néo-ottomane. Il est vrai que cet accord ne fait pas la paix au Moyen Orient puisque l'Iran intervient en Syrie, en Irak, au Yémen et au Liban. Toutefois, comme tous les États sont au pied du mur, et malgré la crainte des pays sunnites, et a leur tête l'Arabie saoudite, que la suppression des sanctions internationales ne renforce l'influence du rival chiite sur la scène régionale et internationale, c'est un point de départ sur le chemin de la paix. Y aura-il un retour à la confiance ?
Ceci exigera une application stricte et scrupuleuse de l'accord. Le diable étant dans les détails.
Georges Édouard SALWAN
Avocat à la Cour
Nos lecteurs ont la parole - Georges Édouard Salwan
L’accord iranien – épopée de douze années de négociations
OLJ / le 22 août 2015 à 00h00


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