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Ressources hydrauliques

Les aounistes s’aggripent au barrage de Janné malgré tous ses dangers

L'étude d'impact environnemental la plus récente sur le barrage apporte des preuves d'un impact très significatif de la construction de l'ouvrage sur la vallée et qualifie le choix du site d'« erreur ».

La plus récente étude d’impact environnemental sur le barrage de Janné (Nahr Ibrahim) vient d’être rendue publique et son bilan est sans appel : les dégâts de la construction sur la biodiversité et le patrimoine culturel qui caractérisent le site seront considérables à plus d’un niveau. Cette étude a été discutée hier en commission parlementaire de l’Énergie et le ton est très vite monté : malgré les très graves dangers, les députés aounistes semblent particulièrement y tenir. Photo Myrna Semaan Habre

Une récente étude d'impact environnemental sur le barrage de Janné a fait hier l'objet d'un vif débat au sein de la commission des Travaux publics, des Transports et de l'Énergie, en présence de plusieurs ministres, députés et représentants de la société civile. À l'issue d'un débat houleux, le président de la commission, le député Mohammad Kabbani, a appelé les membres de la commission au vote pour une recommandation de gel des travaux jusqu'à la mi-septembre, le temps que le ministère de l'Environnement livre sa réponse à l'étude. Elle a été adoptée, au grand dam du député Fady Aawar, qui s'est retiré en protestant.

Cette recommandation devant être concrétisée par une décision du ministère de l'Environnement, nous avons interrogé le représentant du ministre, Ghassan Sayyah, sur ce point. « Le ministère a déjà demandé depuis longtemps le gel des travaux jusqu'à la fin de toutes les études », rappelle-t-il. Mais il semble évident, d'après les discussions, que les travaux se poursuivent... « Nous n'y pouvons rien, mais nous avons demandé au mohafez d'appliquer cette décision », dit-il.

L'étude discutée hier est signée du bureau Gicome. Elle avait été commandée par l'Office des eaux de Beyrouth, responsable du financement du barrage de Janné (qui devrait desservir Jbeil et Beyrouth) pour combler les lacunes des études précédentes, à la demande du ministère de l'Environnement : impact sur la biodiversité et sur le patrimoine culturel, endroits les plus menacés, risques de fuites et risques d'effondrement. Sur presque tous ces points, l'étude délivre un résultat pour le moins alarmant.

 

(Pour mémoire : À Janné, les travaux avant l'étude d'impact : la charrette avant les bœufs ?)

On ne saura jamais...
On lit dans le résumé de l'étude de Gicome que le système écologique « unique » du lieu risque d'être « fragmenté par les travaux entrepris », que « des parties importantes subiront de graves dégâts », que « la présence d'un grand lac dans un système écologique qui s'est développé sans une telle structure sera synonyme d'une dégradation à long terme », que « de vastes étendues au-dessus du barrage et au-dessous seront soumises à des pressions qui destabiliseront l'équilibre climatique fragile », que « les espèces endémiques perdront leur territoire », etc. Le document montre que la seule surface de construction du barrage est un territoire pour 404 espèces de végétaux, 739 espèces d'invertébrés, 6 d'amphibiens, 23 de reptiles, 32 de mammifères et 140 d'oiseaux.

L'étude insiste « sur l'importance nationale et mondiale du site au niveau du patrimoine culturel comme témoin du passage des civilisations dans cette région du monde », notamment comme « terre sainte pour les Phéniciens ». Notons à ce propos que le ministère du Tourisme vient de lancer un projet baptisé Les routes phéniciennes, et que le ministre de la Culture, Rony Araiji, présent hier à la commission, a affirmé qu'« aucun recensement des vestiges n'a pu être effectué avant le début des travaux du barrage ». Ce qui signifie qu'on ne saura jamais ce qu'on aura perdu sur ce site...
« Il n'y a pas de mesures compensatoires possibles pour les dégâts que subira la vallée », assurent les experts du rapport. Les zones les plus touchées, toujours selon le texte, seront l'emplacement du barrage lui-même, les routes d'accès, la station d'électricité hydraulique, la station de pompage d'eau, le centre de biodiversité, les vestiges culturels et les villages proches et lointains.

L'étude calcule aussi le coût de la dégradation de l'environnement à Janné, en utilisant deux paramètres, comme l'explique Myrna Semaan Habre, experte en écologie, et faisant partie des rédacteurs du rapport. « D'une part, nous avons effectué un recensement auprès d'un échantillon de la population sur leur aptitude à payer pour la protection de l'environnement de la vallée, explique-t-elle. En projetant les résultats sur l'ensemble de la population concernée par le barrage, nous avons obtenu le chiffre de 42 millions de dollars. Un autre chiffre, de 101,5 millions de dollars, a été obtenu par comparaison avec une étude effectuée aux États-Unis, sur la perte de biodiversité (exemple : le coût du carbone absorbé par les arbres), que nous avons adaptée à la réalité libanaise. Les deux chiffres ne se contredisent pas. D'un autre côté, comme l'étude américaine ne peut pas prendre toutes les caractéristiques du site libanais en compte (exemple : le coût de la perte d'une espèce endémique), on peut facilement en déduire que le coût sera encore bien supérieur à cela. »

Par ailleurs, le rapport fait un point sur le risque d'effondrement du barrage et ce qui s'ensuivrait, notant que la dénivellation sur laquelle sera située le barrage est très raide. Le rapport cite également des estimations suivant ce qu'on appelle « méthodes d'analyse de défaillance possible », reliant les possibles causes de défaillance de l'ouvrage (soudaine ou progressive) à la charge sismique et aux risques d'inondation.

Le rapport cite également les points positifs en se référant à la précédente étude faite par Khatib et Alami, à savoir l'approvisionnement en eau – qui atteindrait les 90 millions de mètres cubes par an, et un réservoir de 38 millions de mètres cubes, selon les prévisions de ses concepteurs. Le texte note que « ce réservoir peut être utilisé pour combattre les incendies, ce qui est un aspect environnemental positif ».

(Pour mémoire  : Disparition d'un million de mètres carrés d'arbres à Janneh : nouveau débat)

 

« Pas besoin d'attendre l'Unesco »
La conclusion du résumé de l'étude – qui fait 600 pages – est cependant sans appel : « Il est clair, vu le système écologique, le patrimoine culturel et la biodiversité, que le choix du site de Janné était une erreur à la base. Un tel site aurait dû rester intouché. Il est certain qu'il a un potentiel de stockage d'eau, mais il renferme d'autres éléments significatifs qui découragent son utilisation à cette fin. »

Hier à la réunion de la commission de l'Énergie, une simple lecture d'un résumé de l'étude a suffi à enflammer les esprits. Le député Fadi Aawar a critiqué ce qu'il a appelé « de la poésie », ce à quoi Mohammad Kabbani lui a rétorqué que le document fait 600 pages et qu'il contient tableaux, cartes et chiffres.
Le ministre de l'Énergie Arthur Nazarian a pris la parole pour avancer des arguments qui seront repris et développés par les défenseurs du projet, notamment les députés du bloc du Changement et de la Réforme. Tout projet présente des avantages et des inconvénients, a-t-il dit, invoquant le besoin pressant de distribution de l'eau dans les foyers. « Devons-nous rester sans infrastructure de peur de l'impact sur l'environnement ? » s'est-il demandé, rappelant que ce barrage devrait desservir Jbeil, et Beyrouth en partie.
Les députés aounistes, notamment Hekmat Dib, Nehmetallah Abi Nasr et Simon Abi Ramia, ont été dans le même sens, insistant sur l'importance de cette infrastructure, sur les efforts fournis et le budget déjà dépensé, et estimant qu'il faut utiliser une étude telle que celle-ci pour explorer les moyens de minimiser les dégâts.

Michel Pharaon, ministre du Tourisme, a exprimé un tout autre son de cloche. Il a plaidé pour des solutions qui permettent de profiter de l'eau sans détruire la nature, se disant « étonné » que les députés de la région soient favorables à ce barrage et à la destruction d'une vallée historique. Il a considéré les conclusions de cette étude comme « très graves » et espéré qu'une telle réunion déboucherait sur la recherche d'autres options. « Si le site avait été classé par l'Unesco en 1996 sur sa liste du patrimoine mondial (il ne l'a pas été en raison de carrières dans les environs), ce projet aurait-il été mis au point ? » a-t-il poursuivi. « Nous n'avons pas besoin d'attendre l'Unesco, c'est à nous de prendre l'initiative de protéger ce site par responsabilité envers les générations futures », a-t-il dit.

Le projet est actuellement en cours de construction, avec plus de 20 millions de dollars versés, comme l'a précisé le représentant de l'Office national des eaux de Beyrouth. Entendant cela, le député Jamal Jarrah s'est demandé « pourquoi les travaux ont commencé avant la fin des études d'impact ». Son collègue Ghazi Youssef a qualifié les conclusions de l'étude de « nécrologie », préférant que l'on s'abstienne avant de « commettre un crime écologique ».

Du côté de la société civile, Paul Abi Rached, président du Mouvement écologique libanais, a estimé qu'il y a d'autres alternatives à explorer, plus environnementales et à moindre coût. Il a demandé du temps pour examiner le texte avant de relancer le débat. Samir Skaff, président de Green Globe, s'est demandé s'il n'était pas plus économique de renoncer à un projet dont les dégâts coûteraient plus de 42 millions de dollars par an.

 

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commentaires (9)

Pour l'amour de Dieu et de ce qui reste de la nature libanaise, n'entreprenez rien avant de consulter des experts français en la matière.

Honneur et Patrie

18 h 17, le 05 août 2015

Tous les commentaires

Commentaires (9)

  • Pour l'amour de Dieu et de ce qui reste de la nature libanaise, n'entreprenez rien avant de consulter des experts français en la matière.

    Honneur et Patrie

    18 h 17, le 05 août 2015

  • Posez la question à Idefix, il comprend peut-être mieux que certains qui ont tout le pouvoir et l'ignorance... À bon entendeur salut ! Ça ne va pas ? Vous allez arrêter de détruire le peu qui nous reste ?

    Lutecia Beainy Bouchabke

    16 h 57, le 05 août 2015

  • Déforestez, déforestez, il n'en restera rien.

    Je partage mon avis

    10 h 15, le 05 août 2015

  • Encore et toujours une histoire de se remplir leurs poches !!! Pour le reste, ces IRRESPONSABLES INCAPABLES s'enfoutent royalement. Et quand les catastrophes seront arrivées, ils chercheront vite des excuses et des raisons...et hop !...redemanderont de nouvelles études! HONTE A VOUS TOUS !!! Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 53, le 05 août 2015

  • La foire aux cancres......De Charybde en Scylla.... ou comment livrer la destinée de ce qui reste de ce bled à des incapables.....

    Tabet Karim

    09 h 28, le 05 août 2015

  • Il faut être vraiment con pour persister !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 07, le 05 août 2015

  • Apres moi le deluge! c'est de circonstance.

    Je partage mon avis

    08 h 41, le 05 août 2015

  • L'ABRUTISSEMENT ET L'EXAGÉRATION PRÉVALENT À TOUS LES NIVEAUX ET DE TOUS LES CÔTÉS... DE l'HABITUEL !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 00, le 05 août 2015

  • Ces bons vieux blagueurs de députés aounistes

    LS

    01 h 43, le 05 août 2015