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Liban

Imbroglio judiciaire libano-suisse autour d’un sarcophage phénicien

Antiquités

La sépulture, saisie en 2011 dans les locaux d'Inanna Arts Services à Genève et mise sous séquestre par la justice genevoise, se révèle être une pièce de la collection Henri Pharaon... Pour la récupérer, le ministre de la Culture, Rony Araiji, lance une bataille judiciaire.

May MAKAREM | OLJ
29/07/2015

C'est vers la fin de 2011 qu'un sarcophage phénicien a été découvert lors d'une perquisition de la police aux Ports Francs de Genève, dans les locaux de la société Inanna Art Services qui sert de transit et d'entreposage à Phoenix Ancient Art, une galerie appartenant aux marchands d'antiquités d'origine libanaise Ali et Hicham Abou Taam. La provenance exacte n'ayant pu être déterminée, la pièce a été placée sous séquestre par la justice genevoise. Or tout récemment, suite à «des informations transmises par Interpol Beyrouth » indiquant que le sarcophage n'est pas répertorié comme volé dans le pays, le ministère public du canton a ordonné la levée du séquestre. Averti, le ministre libanais de la Culture, Rony Araiji, a rejeté catégoriquement cette décision. « J'avoue ne pas comprendre les motifs qui ont poussé Interpol Liban à transmettre de telles informations», dit-il, soulignant que le procureur général auprès de la Cour de cassation n'était pas non plus au courant du rapport de l'organisation de police. « Le Liban réclame la restitution de ce bien culturel depuis trois ans. C'est son droit légitime. L'affaire a été suivie de près par mon prédécesseur, puis par moi depuis mon entrée en fonction. Nous n'avons jamais baissé les bras. Nous avons déjà perdu un sarcophage dans une précédente affaire sur laquelle la justice suisse s'est prononcée. Aujourd'hui, nous avons chargé le juriste expert Mar-André Renold de défendre le dossier devant le tribunal de la police qui tiendra sa séance en octobre prochain », ajoute le ministre Araiji.

 

(Pour mémoire : Ces Durighello fous de Sidon !)

 

Deux pièces de la collection Henri Pharaon
Il s'agit plus précisément de deux couvercles de sarcophages anthropoïdes, taillés dans du marbre blanc de Poros. Ils datent du Ve siècle avant J-C et mesurent 2,20 m de long et 80 cm de large. «Leur provenance (même en ce qui concerne le sarcophage sur lequel la justice suisse s'est déjà prononcée) a été bien déterminée», affirme Anne-Marie Afeiche, conservateur du Musée national de Beyrouth. Elle raconte qu'en 2012, à la demande du procureur de Genève Claudio Mascotto et du ministre de la Culture Gaby Layoun, elle avait mené l'expertise et le diagnostic de ces deux pièces archéologiques, avec les techniciens du Museum d'histoire naturelle de la ville de Genève et de la Direction générale des antiquités libanaise. «Le constat descriptif et toutes les analyses attestent leur appartenance à la série de sarcophages anthropoïdes issus des fouilles de Sidon (Ve et IVe siècle avant J-C), dont le Musée national de Beyrouth conserve la plus grande collection au monde.»
Et ce n'est pas tout. «Les deux sarcophages faisaient partie de la collection Henri Pharaon et étaient exposés dans le jardin de la villa rachetée par le joaillier Robert Mouawad. Leurs photos, accompagnées d'un texte explicatif de l'ancien directeur général des antiquités, l'émir Maurice Chéhab, sont publiées dans le catalogue de la collection. Mais ils ne sont pas inclus dans le lot acheté par le musée Mouawad et sont absents de la liste de l'inventaire de 1995 », révèle Mme Afeiche. « Et comme, d'autre part, les frères Abou Taam ne détiennent « aucun permis ou certificat d'exportation émis par la DGA ou la douane, nous ne savons pas en quelle année ces pièces ont quitté le territoire douanier du Liban. Quoi qu'il en soit, en vertu de la Convention 70 de l'Unesco sur les biens culturels illicitement exportés, les sarcophages font l'objet de mesures juridiques», ajoute-t-elle.

 

Des antiquités exceptionnelles
Selon la presse suisse, notamment Le Temps et 20 minutes, tout a commencé fin 2011, lorsque l'administration fédérale des douanes demande à avoir accès à l'inventaire de la galerie genevoise Phoenix Ancient Art, propriété des frères Ali et Hicham Abou Taam. Mais la salle d'exposition dont dispose la galerie aux Ports Francs est vide. Les douaniers passent alors au crible les locaux de la société de transit Inanna Art Services, qui sert aussi d'entrepôt à la galerie. Là, ils découvrent «des pièces de provenance suspecte», dont deux sarcophages phéniciens et un monumental sarcophage romain datant du IIe siècle après J-C. Taillé dans le marbre, orné d'une sculpture représentant les douze travaux d'Hercule, il est «quasiment identique» à celui exposé au musée d'Antalya, en Turquie !
Phoenix Ancient Art, où se vendent et s'achètent des «antiquités exceptionnelles représentant l'histoire de l'humanité, du VIe siècle avant J-C au XIVe siècle de notre ère» (dixit le site de la galerie), est une entreprise familiale fondée à Genève en 1968 par le Libanais Sleiman Abou Taam. Elle est depuis 1995 gérée par ses fils Ali et Hicham, qui dirigent l'un des plus grands commerces d'objets antiques au monde. Ils sont représentés dans les grandes manifestations d'art en Europe et aux États-Unis, comme la Biennale des antiquaires et le Salon des collectionneurs à Paris, le Salon des antiquités de Bruxelles ou le Fine Arts Fair de New York.

 

Pour mémoire
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IL N,Y A PAS DE PROPRIETAIRES PRIVES POUR DES PIECES PROVENANT D,EXCAVATIONS ANCIENNES... LE SEUL POROPRIETAIRE ETANT L,ETAT... LES ASUTRES SONT DES TRAFIQUANTS TOUT SIMPLEMENT QU,IL FAUT ARRETER ET PUNIR !

George Khoury

joli coup de filet. aux US, ces gens la auraient tres tres cherement paye pareil forfait. tout les biens de la compagnie auraient ete saisi et ils auraient ete jete en prisons pour 20 ans. faut faire en sorte que le crime ne paye pas.
Un grand merci au ministre arayji, continuez de la sorte

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