Noble Energy et Delek Group sont associés dans le consortium opérant le gisement de gaz de Tamar, qui a commencé à être exploité en 2013 à environ 80 km au large de Haïfa. Archives AFP
Le gouvernement israélien pousse de toutes ses forces pour accélérer l'exploitation du gaz naturel en Méditerranée en prenant le parti des investisseurs étrangers contre les résistances intérieures.
Le cabinet restreint du Premier ministre Benjamin Netanyahu a pris jeudi soir une décision exceptionnelle, susceptible de mettre fin à des mois d'incertitudes quant à l'exploitation de la manne gazière dont dispose depuis peu Israël et qui peut faire de lui un acteur énergétique qui compte. L'exploitation de la ressource relève de la sécurité nationale, a ainsi décidé le cabinet restreint, chargé de trancher les questions les plus sensibles. À ce titre, elle échappe aux lois contre les monopoles.
C'est précisément la crainte des positions dominantes qui a semé le trouble quand le chef de l'autorité antitrust David Gilo a annoncé en décembre qu'il allait se pencher sur la prééminence sur le marché du gaz des partenaires israélien et américain Delek Group et Noble Energy. Ces derniers sont associés dans le consortium opérant le gisement de gaz de Tamar, qui a commencé à être exploité en 2013 à environ 80 km au large de Haïfa. Ils le sont également dans le développement de Leviathan, plus grand champ gazier de Méditerranée dont l'exploitation à 130 km des côtes de Haïfa devrait commencer quand les réserves de Tamar commenceront à se tarir.
La remise en cause des accords existants a déclenché une furieuse bataille avec les défenseurs des intérêts des consommateurs. Elle a aussi déconcerté les investisseurs étrangers, lorgnant sur le développement ultérieur de ce gisement, l'un des plus importants découverts offshore dans le monde au cours de la décennie écoulée, dans un environnement où les incertitudes politiques et l'instabilité régulatoire augmentent déjà considérablement les risques.
Au Parlement ?
La querelle a été d'autant plus aiguë que les ressources gazières devraient pourvoir à la richesse israélienne. Tamar, dont la production est destinée au marché intérieur, a ainsi contribué à 0,3 point de pourcentage du PNB israélien en 2014 et 0,8 % en 2013, selon les chiffres de la Banque d'Israël.
Le Premier ministre israélien a décidé de reprendre les choses en main. Il a obtenu fin mai la démission du chef de l'autorité antitrust et l'abandon des promesses électorales de son ministre des Finances, Moshe Kahlon, qui s'était engagé à défendre les intérêts des consommateurs. Un compromis a été conclu entre le gouvernement israélien et les investisseurs, dont les termes n'ont pas été rendus publics. Selon la presse, les filiales de Delek dans Tamar auraient six ans pour céder leurs parts. Noble devrait réduire la sienne de 36 à 25 %. Delek et Noble devraient aussi se désengager dans les 18 mois de deux champs plus petits, Tanin et Karish.
La décision prise jeudi de faire du sujet une affaire de sécurité nationale permet de passer outre à l'autorité de la concurrence. Mais elle doit encore être approuvée par le gouvernement dans son entier. Surtout, elle pourrait avoir à être soumise au Parlement où le gouvernement dispose de la plus étroite des majorités.
Les gisements font partie d'un large bassin d'hydrocarbures qui s'étend en Méditerranée orientale de la bande de Gaza au large des côtes libanaises et syriennes. Certains analystes estiment que le gaz pourrait faciliter les relations entre Israël et ses voisins. Mais la « diplomatie des pipelines » est à prendre avec des pincettes, tempère Brenda Shaffer (Université de Haïfa). « Le volume des réserves (de gaz) est relativement faible et les bénéfices économiques à en tirer sont insuffisants pour surmonter des conflits politiques profondément ancrés », estime l'experte.
(Source : AFP)

