Le secrétaire général de l’Otan, Jens Soltenberg (2e à partir de la gauche), discutant avec le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter. Thierry Charlier / AFP
L'Otan ne veut pas d'une « course aux armements » avec la Russie de Vladimir Poutine, a déclaré hier son secrétaire général, Jens Stoltenberg, en arrivant à une réunion des ministres de la Défense de l'Alliance à Bruxelles.
« L'Otan doit répondre quand l'environnement sécuritaire change fondamentalement », a-t-il dit, rappelant que la donne avait changé à l'est en raison de la crise en Ukraine, mais aussi au sud avec l'émergence du groupe jihadiste État islamique en Irak, la guerre en Syrie et le chaos en Libye. Il a dénoncé « l'annexion illégale » de la Crimée par la Russie en mars 2014, la qualifiant d'« acte d'agression ». « C'est la première fois depuis la fin de la (Seconde) Guerre mondiale qu'un pays en Europe s'empare d'une partie d'un autre », a-t-il rappelé. De fait, l'Otan avait protesté en interrompant un mois plus tard toute coopération pratique avec la Russie. « La Russie continue d'envoyer des troupes, des forces, des équipements pour déstabiliser l'est de l'Ukraine », où le conflit avec les séparatistes prorusses a fait plus de 6 400 morts en quatorze mois. « Il n'y a aucun doute que la Russie est responsable d'actes agressifs en Europe », a asséné M. Stoltenberg.
Lors de leur réunion, qui se poursuivent aujourd'hui, les ministres ont donné leur feu vert au renforcement de la force de réaction de l'Alliance (NRF), qui passe de 13 000 à plus de 30 000 hommes, et fait le point sur les efforts entrepris depuis septembre pour rendre ses troupes plus agiles et plus réactives. L'Otan a ainsi multiplié les exercices sur son flanc est, envoyé davantage de navires dans la Baltique et en mer Noire et augmenté le nombre des avions de chasse effectuant des missions de « police de l'air » au-dessus des pays baltes. Des mesures « pour rassurer nos membres orientaux sur notre engagement sur l'article 5 » du traité fondateur de l'Alliance, prévoyant qu'en cas d'attaque d'un membre, les 27 autres le défendront, a expliqué le secrétaire britannique à la Défense, Michael Fallon.
« Rhétorique nucléaire »
Les ministres ont aussi doté la force « fer de lance » de l'Otan – une brigade de 3 à 5 000 hommes dont certaines unités déployables en 48 heures en cas de crise – de moyens maritimes, aériens et de forces spéciales. Ils ont donné au commandant des forces alliées en Europe, le général américain Philip Breedlove, les pouvoirs de mettre en alerte et préparer ces troupes en cas de crise et simplifié le processus politique pour qu'un déploiement d'urgence puisse être décidé en une demi-journée. Les États-Unis vont contribuer à cette force très réactive avec des avions de transport et des aéronefs de ravitaillement en vol, ainsi que des forces spéciales.
Washington a provoqué la colère de Moscou en annonçant le projet d'entreposer, en outre, environ 250 pièces d'armement lourd, dont des chars et autres blindés, sur le flanc est de l'Alliance pour y participer à des exercices. La diplomatie russe a vivement protesté et le président Vladimir Poutine a annoncé la semaine dernière le renforcement de l'arsenal nucléaire de la Russie, avec le déploiement de plus de 40 nouveaux missiles intercontinentaux d'ici à la fin de l'année. De quoi raviver le spectre de la guerre froide. Mais c'était alors « un monde tout à fait différent, avec deux grands blocs qui étaient en confrontation », a estimé à Bruxelles la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen. Aujourd'hui, tout est « imbriqué d'une telle façon qu'il ne peut y avoir de retour à la guerre froide ».
(Source : AFP)

