Rechercher
Rechercher

Culture - Sculpture

Argile ou bronze, gentil ou méchant ?

Sculptures en bronze et reliefs en argile, les œuvres de Fadi Yazigi se déclinent à la galerie Tanit* comme une inspiration née de la guerre en Syrie. Fardeau ou cadeau, cette inspiration ne manque ni de piquant, ni d'originalité, ni d'un brin d'humour populaire et encore moins, mais sans pathos larmoyant, d'une méditation sur la vie, les destructions et la mort.

Sans titre, argile sur bois, 25 x 25 cm.

Aux portes de la cinquantaine, né à Lattaquié mais vivant toujours à Damas, Fadi Yazigi, au bout de ses vingt-deux ans de carrière, est aujourd'hui confronté aux aléas de la guerre et de son inspiration, reflet de ses œuvres toutes marquées par les violences meurtrières. Même si l'humour, un esprit joyeux et une énergie vitale sont ses pointes de lance.
Dans ce grand espace clair de la galerie, on commence la tournée avec ces cinquante-trois petits reliefs en argile couleur « terracotta », accolés sur du bois peint en gris. Joli contraste pour ces minuscules personnages de la rue, croisés au hasard d'une journée ou rencontrés entre voisins familiers.
Authentique journal d'une chronique urbaine plus amère que douce, mais traitée avec amabilité, gentillesse, un certain charme. Sur un réalisme qui se voudrait tendre et humain, tout en ne négligeant pas une certaine notion de caricature populaire amusante, ces personnages ventrus, fessus, aux jambes et bras proéminents, aux yeux ronds et globuleux, aux dos courbés (comment être autrement avec cette funeste fatalité ?) sont tous bonshommes et sans méchanceté aucune.
Proches les uns des autres (le malheur, comme le bonheur, unit), ils gardent l'espoir en tenant dans leurs bras une gerbe de fleurs, une tortue, une colombe, un chien... Les animaux ont une bonne part dans ces représentations car, dans la ronde répétitive de ces reliefs différemment groupés, le monde animalier est aussi source de symbolisme.
Par ailleurs, il est rapporté qu'en ce moment beaucoup de bêtes se retrouvent perdues dans l'anarchie et le chaos ambiants sur les rives du Barada. Fantaisie de l'imaginaire ou réalité crue, tels ces éléphants et éléphanteaux, trompes en l'air, masses énormes aux courbes lourdes, qui jouent en toute légèreté, innocence et liberté...

Coq hérissé et têtes coupées
Pour en revenir au symbolisme et au bronze, bien éloquent est ce coq à la crête hérissée, se tenant droit comme un if, avec toute l'allure guindée et dictatoriale d'un gouverneur (ou général) qui ne tolère ni réplique ni commentaire.
Plus saisissante est cette sculpture d'une tête découpée, lèvres ouvertes, narines dilatées, présentée sur un plateau, comme un saint Jean-Baptiste sous le diktat sanguinaire de Salomé. La Syrie offerte sur un plateau à tous ceux qui veulent la guerre, dit l'artiste.
Suite de plus en plus étouffante, moins drôle, dans la petite salle contenant la série des têtes aux crânes rasés et tournés vers le socle, enserrés dans du plexiglass. D'abord cette boule lisse, avec oreilles décollées, le visage écrasé au sol, le nez bouffé par la terre, pour ne pas voir plus loin que le bout du nez, dixit le sculpteur.
Dans la même idée d'autruche et d'écrasement, ces têtes, lisses comme billes qui ont roulé sous la guillotine et occiputs offerts au plafond, s'enfoncent vers le néant, l'ombre, l'effacement. Série lugubre et mortuaire inachevée car on attend incessamment l'arrivée d'une sculpture où la tête ne paraît plus... Sculptures tirées à 4 ou 6 exemplaires seulement.
Avec talent, labeur et un sens précis et fin du détail, Fadi Yazigi, au départ peintre, érige en fantassin de la démocratie l'art au niveau de témoignage.
Témoignage empreint tout à la fois d'une certaine fraîcheur, d'un certain parti pris pour la vie et, bien entendu, d'une indéniable gravité, à la dimension d'un environnement trouble et troublant.

*L'exposition « Clay and Bronze » de Fadi Yazigi, à la galerie Tanit, se prolongera jusqu'au 10 juillet.

Aux portes de la cinquantaine, né à Lattaquié mais vivant toujours à Damas, Fadi Yazigi, au bout de ses vingt-deux ans de carrière, est aujourd'hui confronté aux aléas de la guerre et de son inspiration, reflet de ses œuvres toutes marquées par les violences meurtrières. Même si l'humour, un esprit joyeux et une énergie vitale sont ses pointes de lance.Dans ce grand espace clair de la galerie, on commence la tournée avec ces cinquante-trois petits reliefs en argile couleur « terracotta », accolés sur du bois peint en gris. Joli contraste pour ces minuscules personnages de la rue, croisés au hasard d'une journée ou rencontrés entre voisins familiers.Authentique journal d'une chronique urbaine plus amère que douce, mais traitée avec amabilité, gentillesse, un certain charme. Sur un réalisme qui se voudrait tendre...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut