Un jeu fantastique, puissant, aux mouvements quasi chorégraphiques...
Arriver à déployer dans une salle aux dimensions restreintes l'étendue des steppes afghanes, l'amplitude du chant des muezzins, les galops des coursiers magnifiques, la fougue des chevaux ruant sous les coups de cravache... Mettre en images suggérées, en bruitages, en couleurs et en fureur(s), la traversée d'un pays rude, aux traditions tenaces et aux hommes pétris de convictions âpres... Retranscrire, en somme, l'épopée initiatique d'un jeune homme fier et ombrageux au moyen d'une mise en scène créative, alliant des plages de narration à un jeu très physique... Et embarquer le public, l'espace de 90 minutes, dans un voyage épique aux confins des terres et coutumes exotiques, ainsi que dans les tréfonds de l'universelle complexité de l'âme humaine.
Voilà le défi relevé par Éric Bouvron qui a signé la libre adaptation du roman-fleuve Les Cavaliers de Joseph Kessel (800 pages résumées d'une manière parfois simpliste) ainsi que la mise en scène (avec Annie Bourgeois) de la pièce éponyme. Ce gros succès du Festival off d'Avignon 2014 a enthousiasmé le public de la première beyrouthine, à laquelle s'étaient rués tous les amateurs de théâtre francophone de qualité. Au premier rang desquels figuraient le ministre de la Culture Rony Araiji et l'ambassadeur de France Patrice Paoli.
Filiation, transmission et rivalité
Une histoire de filiation et de transmission. Le récit d'une rivalité entre un père, Toursène (interprété par Éric Bouvron lui-même), héritier d'une longue lignée de cavaliers couronnés de gloire, et son fils, Ouroz (Gregori Baquet), qui va faillir à la légende familiale. Greffées sur cette trame, les éternelles passions, trahisons, révoltes et recherche de soi qui accompagnent le passage au statut d'homme.
Trois comédiens (avec Maïa Gueritte, qui joue, tour à tour, le jeune serviteur et la femme tentatrice) qui endossent chacun, avec une formidable dextérité, plus d'un rôle. Éric Bouvron cumule ainsi le personnage du père avec celui, tout aussi central, de Mokkhi, le serviteur félon. Tandis que Baquet se glisse également dans le « bournos » fantomatique de « l'aïeul de tout le monde ».
Trois comédiens qui accordent, surtout, leur jeu et leurs mouvements quasi chorégraphiques avec le chant incantatoire et le bruitage en direct, façon Human Beat Box (par micro relié à un sampleur) du fantastique Khaled K. Lequel évolue, lui aussi parmi eux sur scène, allant même jusqu'à se fondre dans « le personnage » de Jehol, le coursier magnifique.
Une belle scénographie délimitée par un tapis persan au sol et un pan de rideau blanc qui, retenu, évoque une tente en plein désert ou, ouvert, sert d'écran à une brève séquence en ombres chinoises. De beaux costumes ainsi que quelques simples accessoires. À l'instar de ces tabourets en bois qui, entre les mains des comédiens, se transforment en fougueux étalons. Autant d'éléments visuels qui portent les tirades philosophiques de Kessel pour donner à cette épopée pleine de passion, de fantaisie, de rage, de questionnements et de poésie, toute la magie et l'ampleur (quasi hypnotique) qui siéent au véritable spectacle vivant. Un divertissement d'une grande qualité. À voir. En famille aussi.
Pour mémoire
Deux « pépites » du Off d'Avignon, « Les Cavaliers » d'après Kessel et « Retour à Reims »


J'AURAIS PRÉFÉRÉ UNE HISTOIRE D'AMOUR... AU SPECTACLE DES STEPPES ENSANGLANTÉES... QUI NOUS RAPPELLENT LES STEPPES ROUGES DE SANG ET D'HORREUR QUI S'ÉTENDENT AUJOURD'HUI SUR ET DANS PRESQUE TOUS LES PAYS ARABES !!!
10 h 53, le 24 juin 2015