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Moyen Orient et Monde - Repère

L’encyclique, œuvre maîtresse du pape, publiée à un moment-clé

L'encyclique « Laudato si' » du pape François sur l'environnement revêt une importance particulière pour la communauté internationale, pour le pape lui-même, à six mois d'une conférence internationale sur le changement climatique.

Qu'attendent les États, les milieux économiques, de cette encyclique, pourquoi est-elle importante pour eux? Quelle est la portée d'un texte de ce genre au-delà du monde catholique ?
Le succès de la conférence internationale sur le climat, la COP-21, qui verra affluer des délégués de près de 200 États à Paris en décembre, est très incertain. Or « le message pressant du pape s'adresse à tous, pas seulement catholiques, et s'efforce de trouver un terrain commun avec les non-croyants, les autres religions » en vue de larges accords permettant de sauver la planète, relève le Vaticaniste Iacopo Scaramuzzi.
Nicolas Hulot, envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète, était venu l'an dernier à Rome pour chercher l'appui du pape, qu'il estime très important. Jorge Bergoglio a une grande popularité, avec plus de 20 millions de followers sur Twitter. L'encyclique aura le soutien de la très grande majorité de 1,2 milliard de catholiques, dont de nombreux responsables politiques, de dignitaires religieux comme le patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomée – qu'il a longuement consulté –, de pasteurs protestants, de rabbins, d'imams, de dignitaires bouddhistes, etc. Il pèsera sur des pays très catholiques, puissances émergentes comme le Brésil, le Mexique ou l'Afrique du Sud, mais aussi probablement au-delà dans des pays chrétiens comme les États-Unis.

Pourquoi cette encyclique fait-elle débat politiquement ?
Un des débats les plus vifs des dernières décennies a porté sur les causes du réchauffement climatique. Pour une minorité de chercheurs « climato-sceptiques » appuyés par des lobbies industriels, notamment américains, le réchauffement climatique a des causes naturelles. Le pape met au contraire tout son poids dans la balance pour souligner les responsabilités, en particulier de l'industrie et de la finance, et le manque de volonté des États. Il appelle à des politiques contraignantes coordonnées, tirant la sonnette d'alarme.
François, « en continuité avec ses prédécesseurs, relance avec force la doctrine sociale de l'Église, mais en mettant en avant un point fondamental critique : la soumission de la politique aux technologies et aux pouvoirs financiers », analyse le Vaticaniste et biographe du pape Marco Politi.
Accusé par les « néocons » américains d'être marxiste, François démonte les mécanismes de paupérisation et prend la défense des pauvres face aux sociétés opulentes et aux puissances économiques dont il critique la superficialité, le gâchis et la perte d'éthique. Même s'il précise qu'il n'est pas compétent sur des solutions spécifiques, une telle intervention d'un leader religieux fera débat.
Un autre argument polémique est la question du contrôle des naissances. Le pape devrait répéter comme ses prédécesseurs que la terre peut nourrir tous ses habitants, tout en reconnaissant que leur concentration en certaines zones pose problème. Mais il s'oppose au « malthusianisme », alors que certains experts jugent qu'un des facteurs majeurs du sous-développement et du réchauffement est la surpopulation.

Pourquoi est-ce un jalon important pour le pape ? Marque-t-elle une évolution pour le Vatican et l'Église ?
C'est d'abord la première encyclique, document de haute valeur magistérielle, portant entièrement sur la protection de la « maison commune », la planète. « Le pape a décidé que ce thème valait une encyclique. Dans les décennies passées, les encycliques portaient sur la famille, la vie, la bioéthique, etc. Le regard s'élargit, estime Iacopo Scaramuzzi. Le pape affirme que l'évolution de la planète est un argument religieux. » Et le point le plus original est que cette encyclique « part du regard des pauvres, principales victimes du réchauffement climatique », ajoute le Vaticaniste italien.
Les papes, depuis le Concile Vatican II (1962-1965), ont porté une attention nouvelle à la relation entre pollution, gâchis et pauvreté. L'Allemand Benoît XVI était surnommé déjà « le pape vert ». Mais l'originalité de François est de dénoncer les conséquences directes du libéralisme économique, sans se contenter de demeurer dans des débats éthiques. Il appelle à une révolution de la « sobriété » et du dialogue, contre ce qu'il définit la « mondialisation de l'indifférence ».

Jean-Louis DE LA VAISSIÈRE/AFP

L'encyclique « Laudato si' » du pape François sur l'environnement revêt une importance particulière pour la communauté internationale, pour le pape lui-même, à six mois d'une conférence internationale sur le changement climatique.
Qu'attendent les États, les milieux économiques, de cette encyclique, pourquoi est-elle importante pour eux? Quelle est la portée d'un texte de ce genre au-delà du monde catholique ?Le succès de la conférence internationale sur le climat, la COP-21, qui verra affluer des délégués de près de 200 États à Paris en décembre, est très incertain. Or « le message pressant du pape s'adresse à tous, pas seulement catholiques, et s'efforce de trouver un terrain commun avec les non-croyants, les autres religions » en vue de larges accords permettant de sauver la planète, relève le...
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