Les forces kurdes syriennes se sont emparées hier de la ville de Tall Abyad, point de transit vital pour les jihadistes de l’État islamique entre la Syrie et la Turquie. Ici, un combattant des Unités de protection du peuple kurde (YPG). Bulent Kilic/AFP
Les forces kurdes syriennes se sont emparées hier de la ville de Tall Abyad, point de transit entre la Syrie et la Turquie vital pour les jihadistes de l'État islamique (EI), dont le fief de Raqqa est ainsi menacé d'asphyxie. Il s'agit d'un coup dur pour l'organisation extrémiste qui y faisait transiter armes et combattants vers les territoires qu'elle contrôle en Syrie.
Lundi soir, les forces kurdes contrôlaient « la quasi-totalité de la ville » de Tall Abyad, où seuls quelques combattants de l'EI constituaient de « petites poches de résistance », selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Un peu plus tôt, des combattants des Unités de protection du peuple kurde (YPG) avaient pris position dans la partie syrienne du poste-frontière de Tall Abyad (Akçakale du côté turc), d'après un photographe de l'AFP sur place. En début de journée, les YPG, appuyées par des groupes rebelles et les frappes aériennes de la coalition dirigée par les États-Unis, étaient parvenues à couper la route reliant Tall Abyad à Raqqa, a indiqué par téléphone à l'AFP un commandant kurde sur ce front, Hussein Khojer.
Raqqa, situé à 86 km au sud de Tall Abyad, est le principal bastion de l'EI en Syrie, pays ravagé par un conflit complexe où régime, rebelles, Kurdes et jihadistes tentent de s'arroger des pans de territoire.
Selon l'OSDH, au moins 40 membres de l'EI ont trouvé la mort en tentant de fuir Tall Abyad, encerclée par les YPG qui ont débuté leur offensive vers cette ville le 11 juin. Cherfane Darwich, porte-parole d'un groupe rebelle combattant aux côtés des YPG, a fait état de « combats très violents » avec l'EI à la périphérie de la ville.
Nouveau drame humanitaire
Pour l'EI, Tall Abyad « est stratégique car c'est une ville frontalière où peuvent transiter l'équipement, les recrues et autres » destinés à Raqqa, explique Charlie Winter, spécialiste du jihadisme à la Fondation Quilliam à Londres. Selon Mutlu Civiroglu, expert des affaires kurdes, Tall Abyad représentait « une plateforme financière et logistique », un « passage vital » pour l'EI. « Une fois perdue, ce sera très compliqué pour l'EI de faire passer ses combattants, de vendre son pétrole et autres marchandises qu'il trafique », détaille l'expert. En outre, souligne-t-il, Tall Abyad se trouve entre « les deux cantons kurdes de Jaziré et de Kobané », qui ne sont désormais plus isolés.
La bataille de Tall Abyad a entraîné un nouveau drame humanitaire, avec la fuite d'au moins 16 000 personnes vers la Turquie toute proche. Après leur avoir interdit pendant plusieurs jours l'entrée sur son territoire, Ankara a rouvert sa frontière dimanche soir et de nouveau hier à la mi-journée, permettant le passage de plusieurs centaines de réfugiés qui attendaient sous un soleil de plomb. Cet exode a donné lieu à des scènes de chaos avec des parents terrorisés tentant, leurs enfants dans les bras, de forcer les barrières séparant la Syrie de la Turquie, selon un photographe de l'AFP.
Peur turque
Les forces kurdes rognent depuis trois mois les territoires de l'EI dans la province de Raqqa, qui fut un moment donné complètement sous son contrôle. L'avancée kurde suscite les critiques du président turc Recep Tayyip Erdogan, selon qui elle « pourrait conduire à la création d'une structure qui menace (nos) frontières ». Les YPG entretiennent des relations avec le PKK turc qui mène depuis des décennies une insurrection en Turquie et est considéré par Ankara comme un groupe « terroriste ».
Pour Nihat Ali Ozcan, du groupe d'experts Tepav basé à Ankara, les critiques d'Erdogan s'expliquent par la peur de voir se développer le « sentiment séparatiste » dans le sud-est du pays. « Les Kurdes peuvent devenir une force hostile à la Turquie », assure-t-il.
(Source : AFP)

