En tant que président du G24, le Liban s’est battu pour que le G24 soit représenté lors de certaines réunions du G20, explique Alain Bifani.
Qu'est-ce que le G24 ?
Le groupe intergouvernemental des 24 a été créé en 1971, pour coordonner les positions des pays en développement sur les questions monétaires internationales et les problématiques de développement, et porter leur voix au sein des institutions internationales, notamment le FMI et la Banque mondiale.
Comme son nom l'indique, il comprend 24 pays membres, dont le Liban, équitablement répartis entre trois zones : l'Afrique, l'Asie, ainsi que l'Amérique et les Caraïbes. D'autres pays, comme la Chine, participent en tant qu'observateur.
À l'origine, les économies représentées étaient plus ou moins équivalentes. Depuis, certains membres sont devenus des poids lourds de l'économie mondiale comme l'Inde, l'Afrique du Sud, le Brésil, l'Algérie, le Pakistan ou le Venezuela, tandis que d'autres sont restés loin derrière, comme le Liban. Ce dernier a toutefois la possibilité de jouer un rôle au sein de cette structure, notamment lorsqu'il en exerce la présidence annuelle, comme c'était le cas en 2003 ou cette année, jusqu'en octobre.
Dans ce cadre, le Liban gère le secrétariat du groupe, basé à Washington, et préside les réunions techniques. Il préside aussi les réunions des ministres des Finances des pays membres, qui se tiennent en général deux fois par an dans la capitale américaine, avant les réunions semestrielles du FMI et de la Banque mondiale, et synthétise les positions du groupe.
Quel bilan dressez-vous des huit premiers mois de cette présidence ?
Nous avons renforcé les réunions techniques, au cours desquelles des chercheurs mandatés par le groupe présentent leurs conclusions sur des sujets précis, et nous avons rendu les réunions ministérielles plus interactives.
Nous nous sommes également battus pour que le G24 soit représenté lors de certaines réunions du G20, comme celle qui se tient en Turquie au niveau des directeurs généraux des ministères des Finances et vice-gouverneurs des Banques centrales, ou celle qui s'est tenue au niveau ministériel a Washington en avril dernier, lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale. C'était la première fois qu'un président du G24 s'exprimait devant les conseils d'administration du FMI et de la Banque mondiale, et les ministres des Finances des principales économies mondiales.
Concrètement, quel intérêt cela représente-t-il pour un pays comme le Liban ?
Cela permet au Liban d'avoir une plus grande visibilité a l'échelle internationale, et d'en profiter pour exposer les problèmes du pays. Les réunions du printemps ont été l'occasion de mettre l'accent sur le poids que représentent les réfugiés syriens sur l'économie du pays, et sensibiliser les organisations internationales sur la question, notamment la Banque mondiale qui a la capacité de mobiliser l'aide internationale dans le cadre du Fonds fiduciaire multibailleurs (MDTF en anglais).
Il est en outre stimulant de participer aux débats d'un groupe qui comprend à la fois des économies émergentes et des économies en développement et d'en gérer les différentes dynamiques.
Quels sont les principaux sujets abordés par le G24 ?
Lors de la réunion d'avril, le G24 s'est penché sur les répercussions que peuvent avoir sur les pays émergents et les pays en développement la normalisation de la politique monétaire américaine et les politiques monétaires divergentes des pays avancés, en soulignant les risques de volatilité des taux de change et des flux de capitaux.
Nous avons aussi évoqué l'importance de mobiliser des ressources intérieures pour financer le développement, et ne pas compter uniquement sur les aides extérieures. Cela passe par une augmentation des recettes fiscales, une amélioration de l'efficacité des dépenses publiques et le développement des marchés de capitaux intérieurs de manière à promouvoir la croissance. Le G24 soutient donc les initiatives du G20 et de l'OCDE en matière de lutte contre l'évasion fiscale.
Et enfin, le G24 milite en faveur d'une réforme des quotes-parts et de la gouvernance du FMI. Des reformes ont été décidées en 2010, mais elles n'ont toujours pas été ratifiées par les États-Unis, ce qui porte atteinte à la crédibilité, la légitimité et l'efficacité de l'organisation. Il est très important de donner un plus grand rôle aux pays émergents pour mobiliser davantage de moyens, d'autant qu'il y a de plus en plus d'organisations concurrentes. Il suffit de songer à la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB) qui a été créée à l'initiative de Pékin en octobre dernier et rassemble déjà plus d'une cinquantaine de pays membres, dont de nombreux États européens ou du Golfe.

