«Animatrice de télévision ou justicière en jupon ? Rima Karaki a chassé en direct un père accusé d'agresser physiquement son fils après que ce dernier a eu l'audace de se défendre. Enragée par les propos du père, la présentatrice lui a ordonné de quitter le studio en s'écriant : "Je n'arrive plus à trouver mes mots tellement je suis touchée par cette affaire et outrée par votre réaction... Sortez de là tout de suite ! Allez, allez, levez-vous et quittez le plateau tout de suite!" » (L'OLJ, Rania Raad Tawk, « Quatrième pouvoir ou excès de pouvoir »).
Je n'arrive plus à faire la distinction entre juges et journalistes, procureurs et animateurs sur les plateaux de tournage et de commérage des TV libanaises. J'ai perdu les codes de l'éthique journalistique et les repères déontologiques de ce métier. J'ai perdu les modèles des présentateurs et présentatrices qui s'astreignent à la stricte neutralité professionnelle et se font même les avocat(e)s du diable pour mieux faire ressortir le point de vue de leurs invités. J'ai perdu la boussole au milieu de ce carrousel télévisé d'histoires scabreuses transformées en scandales d'une manière scandaleuse.
J'ai perdu les pédales face à ce déséquilibre dans l'exercice d'un métier qui se veut informatif, éclairant, éducatif. J'ai perdu les traces de l'éthique, de la morale et de l'objectivité depuis que les talk-shows locaux ont perdu le nord au profit du show-off.
J'ai perdu l'esprit critique depuis cet embrigadement médiatique pervers, ainsi que l'espoir de voir les téléspectateurs se réveiller de leur torpeur face à ces nouvelles vedettes populistes et leurs émissions « spectaculaires ». C'est la curée des scoops et des honneurs dans l'incurie quasi générale. De quoi vraiment perdre son latin et la tête. C'est à qui mieux mieux de faire sensation, de traquer et récupérer les drames pour augmenter son audimat, de jouer des coudes dans cette course effrénée à l'exclusivité sensationnelle et à l'exploitation exponentielle.
J'ai accidentellement vu sur une chaîne l'épisode du père sadique qui battait son enfant enchaîné, mais j'ai été encore plus horrifié par le comportement encore plus sadique du caméraman qui filmait la scène, en bon témoin passif, pour les besoins du reportage, au lieu d'interférer et de porter secours à l'enfant. Drôle de mise en scène d'ailleurs : un père qui se laisse filmer en train de cravacher son enfant puis vient au studio se contempler et s'offrir en spectacle. Dans toute société normale, le caméraman serait poursuivi pour non-assistance à personne en danger... et le père conduit au commissariat de son lieu de résidence et non au plateau de tournage. Mais non, il fallait attendre un peu... que l'enfant soit battu, devant l'œil impassible de la caméra, pour le scoop. Il fallait montrer la monstruosité du père pour qu'elle serve de plat de résistance sur le plateau de consommation médiatique. Et personne, parmi les voyeurs du petit écran, pour constater l'infraction et l'anomalie.
Quant à l'animatrice de ce cirque, elle s'était érigée en juge suprême, un maillet en main au lieu d'un crayon, avec lequel elle tapait fort pour houspiller et faire taire le coupable, comme aucun juge, aussi inique soit-il, ne se permettrait de faire dans son tribunal. Aucun mouvement professionnel empathique pour essayer de comprendre « l'accusé » qui, malgré son comportement sadique, avait bien voulu répondre à l'invitation et s'exposer à ce réquisitoire public, prononcé par le « procureur de la République médiatique », et ce dans le but de se justifier ou d'expier son crime à sa façon. Aucune reconnaissance pour ce volontaire qui a daigné se couvrir d'opprobre pour alimenter l'émission de la justicière et gonfler les recettes publicitaires de sa chaîne. Aucun respect des droits de l'homme, quel que soit son délit ou son crime.
Même pas le respect protocolaire dû à un invité sur un plateau. Aucune considération, aucune pitié pour ce « défendeur » qui a bien voulu « comparaître », se laisser publiquement humilier, se prêter de bon gré à cette télé-inquisition, à ce passage à tabac verbal, sous les projecteurs, sans broncher ; de quoi susciter des interrogations sur l'état psychologique du personnage qui pourrait bénéficier de circonstances atténuantes. En effet, le sadique était devenu masochiste, et le sadisme avait changé de bord. Et la juge-journaliste de finir, soi-disant outrée, par chasser le coupable de la salle d'audience pour qu'il soit livré en direct aux gendarmes alertés par cette affaire. Les lieux du crime et de la condamnation se transposent de nos jours sur les plateaux de tournage. C'est de là qu'on se fait arrêter désormais. Et au suivant de ces messieurs, pour une nouvelle scène de sadomasochisme servie sur le plateau fumant des insanités et des vanités.
Et à chaque chaîne libanaise son ou ses plateaux fumants, puisque cette cuisine fait recette. Nous avons été servis ailleurs du mets peu ragoûtant d'un animateur qui tournait en dérision un brave sexagénaire qui avait passé son brevet, accompagné dans son meurtre moral par une assistance hilare bien de chez nous. Je ne dirai pas ce qui serait advenu dans une société normale.
Le ministère de la Santé devrait urgemment s'atteler à inclure ces « plateaux » toxiques, antihygiéniques, à sa campagne de contrôle qualité, étant donné que le ministère de l'Information ne se sent pas concerné par ces « chaînes » qu'il considère sans doute « alimentaires ».
Ronald BARAKAT


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
YIA VACHE... YIA VACHE... ON EST AU LIBAN ! TOUS ONT DES POUVOIRS... DIVINS.... DU PLUS INNOCENT AU PLUS CRIMINEL... ET çA ROULE COMME çA DEPUIS BELLE LURETTE... C'EST çA NOTRE... LEBNEN !
20 h 12, le 17 juin 2015