Dans l'affaire qui oppose la journaliste Hayat Mirshad à l'animateur télé Tony Khalifé, la jeune femme ne sera plus interrogée par le bureau de cybercriminalité, comme elle avait été appelée à le faire initialement. Le procureur général près la cour d'appel du Mont-Liban, le juge Claude Karam, qui a rejeté dans un premier temps le recours qu'elle avait présenté contre cette mesure, est revenu hier sur sa décision, demandant que le dossier lui soit envoyé. Un sit-in avait été organisé le matin même en solidarité avec la journaliste, face au bureau de lutte contre la cybercriminalité où elle devait être interrogée.
Cette affaire a éclaté quand, suite à des propos tenus lors de son émission par Tony Khalifé sur la violence domestique, Hayat Mirshad avait écrit un tweet mettant sérieusement en doute la crédibilité et la probité de l'animateur. Les propos de Tony Khalifé, jugés sexistes par beaucoup, avaient enflammé les réseaux sociaux. L'animateur a cependant choisi d'attaquer Hayat Mirshad en justice, s'estimant lésé par ses accusations portant sur sa probité personnelle, comme il l'a dit à la presse. La jeune femme a pour sa part estimé que de telles déclarations, faites par l'animateur dans la foulée d'un crime commis par un homme contre son épouse, posaient de sérieux doutes sur son intégrité vis-à-vis du meurtrier, d'où son tweet, a-t-elle précisé, à la presse également. Elle a depuis le début de l'affaire refusé d'être interrogée par le bureau de lutte contre la cybercriminalité, qui fait partie de la police.
L'avocat Nizar Saghieh, qui a bien suivi l'affaire, explique à L'Orient-Le Jour la teneur de ce refus. « Dans la loi sur les imprimés, il est stipulé que dans le cas d'une action en justice, le journaliste n'est pas interrogé directement par la police, mais par un juge d'instruction, en présence d'un avocat s'il le désire, explique-t-il. L'esprit de cette loi est de prévenir tout risque d'intimidation à l'encontre d'un journaliste dans un poste de police, étant donné que ce métier est particulier et délicat. Il s'agit donc d'une protection de la liberté et de l'indépendance du journaliste. Au cas où celui-ci ferait l'objet d'une enquête, il est impératif qu'il soit interrogé par un juge, qui peut être un avocat général. »
Selon Nizar Saghieh, le juge Claude Karam avait rejeté la requête de Hayat Mirshad invoquant l'argument qu'elle n'est pas enregistrée à l'ordre des journalistes. « Elle a fourni de nombreux documents prouvant qu'elle a une activité journalistique, à Sawt el-Chaab et à la OTV entre autres, mais il les a jugés insuffisants dans un premier temps », explique l'avocat. Celui-ci estime que c'est probablement en raison de la pression populaire et médiatique que le juge aurait fait marche arrière. « Il a demandé au bureau de clore le dossier et de le lui transférer, souligne-t-il. C'est positif, il est toujours utile de rappeler cette règle de base de protection des journalistes. »
Selon l'avocat, le juge pourrait désormais interroger personnellement Hayat Mirshad et décider soit de ne pas donner suite à l'affaire, soit d'engager des poursuites contre elle et de transférer le dossier au parquet. Mais dans tous les cas de figure, la journaliste ne sera plus interrogée par le bureau de lutte contre la cybercriminalité.
Liban - Justice
La journaliste Hayat Mirshad ne sera pas interrogée par le bureau de cybercriminalité
Le procureur général près la cour d'appel du Mont-Liban a demandé que le dossier de l'enquête lui soit envoyé par la police.
OLJ / le 16 juin 2015 à 00h00


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