Le président soudanais Omar el-Béchir, son homologue congolais Sasso-Nguesso et le Premier ministre de la République arabe sahraouie démocratique Abdelkader Taleb Oumar au cours du 25e sommet de l’UA. Gianluigi Guercia/AFP
Un tribunal sud-africain a enjoint hier les autorités de retenir le président soudanais Omar el-Béchir tant que la justice n'aura pas statué sur la demande d'arrestation adressée à Pretoria par la Cour pénale internationale (CPI).
« Le président soudanais Omar el-Béchir ne pourra pas quitter la République d'Afrique du Sud jusqu'à ce que le jugement définitif soit rendu dans cette affaire, et les autorités sont priées de prendre toutes les mesures nécessaires pour l'en empêcher », a déclaré le juge de Pretoria, avant de renvoyer l'audience à aujourd'hui 11h30 (09h30 GMT). C'est la première fois que la justice d'un pays africain tente d'empêcher un chef d'État en exercice de quitter son territoire en réponse à une demande de la justice internationale. Dans une décision rendue publique hier, la CPI indique avoir rappelé le 28 mai à l'Afrique du Sud son obligation statutaire, en tant qu'État membre de la cour, d'arrêter et de lui remettre Béchir si celui-ci se rendait sur son territoire. Selon le document, l'ambassadeur d'Afrique du Sud aux Pays-Bas a rétorqué vendredi à la CPI, qui siège à La Haye, que son pays se trouvait face à des « obligations concurrentes » et que la loi « manquait de clarté ». Pour la CPI cependant, « il n'existe aucune ambiguïté ou incertitude quant à l'obligation incombant à la République d'Afrique du Sud d'arrêter et de remettre immédiatement Omar el-Béchir à la cour ».
Provocation
Pendant ce temps, comme si de rien n'était, M. Béchir, poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, a pris place en début d'après-midi au premier rang des chefs d'État pour la photo de groupe, non loin du président sud-africain Jacob Zuma, hôte du 25e sommet de l'Union africaine. Sachant que l'organisation continentale n'a jamais soutenu les poursuites contre le président Béchir, le ministre soudanais des Affaires étrangères Ibrahim Ghandour a commenté l'incident avec calme : « Ça fait vingt ans qu'ils disent ça, la CPI est un tribunal qui cible les dirigeants africains. C'est pourquoi nous n'obéirons qu'à des décisions venant de l'Union africaine. » Son homologue zimbabwéen Simbarashe Mumbengegwi, dont le pays exerce la présidence tournante de l'UA, a affirmé : « Dans le monde entier, les chefs d'État en exercice jouissent de l'immunité. L'Union africaine a donc dit qu'aucun tribunal du monde ne peut retirer cette immunité à un chef d'État en fonction. » Il est de fait très improbable que le pouvoir sud-africain fasse quoi que ce soit pour retenir M. Béchir contre son gré. Mais selon l'avocat spécialiste des droits de l'homme Gabriel Shumba, « si l'Afrique du Sud n'obtempère pas, elle se met dans le même panier que les régimes africains qui n'ont aucun respect pour les droits de l'homme. En réalité, c'est un test pour l'Afrique du Sud ».
Deux mandats ont été lancés par la CPI contre le président soudanais, en 2009 et 2010, en relation avec le Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie aux violences depuis 2003. Plus de 300 000 personnes sont mortes dans ce conflit, selon l'Onu.
(Source : AFP)

