Le Premier ministre Manuel Valls en visite, hier, à La Réunion. Richard Bouchet/AFP
Le Premier ministre français Manuel Valls a tenté hier de désamorcer plusieurs jours de polémique en payant le voyage de deux de ses fils, emmenés avec lui à bord d'un avion gouvernemental pour assister à Berlin à une finale de football.
« Si c'était à refaire, je ne le referais pas », a admis M. Valls, resté jusque-là immuable devant les charges des éditorialistes et de l'opposition de droite. « Et pour lever tout doute, j'ai décidé d'assumer la prise en charge pour mes deux enfants, soit 2 500 euros », a-t-il ajouté, en marge d'une visite dans l'île française de La Réunion dans l'océan Indien.
Le responsable socialiste, fan de foot, n'a pas pour autant changé sa ligne de défense : la présence de ses fils sur le vol « n'a pas coûté un euro supplémentaire », a-t-il fait valoir. Et il s'agissait d'un « déplacement officiel », pour discuter avec le président de l'UEFA Michel Platini de l'organisation de l'Euro 2016 de football par la France, a-t-il réaffirmé, alors que des questions demeurent sur le caractère professionnel ou récréatif du voyage.
Dans une France en crise, l'escapade à Berlin samedi dernier du chef du gouvernement pour assister au triomphe du club de Barcelone, son club de foot fétiche, lors de la finale de la Ligue des champions, a laissé un goût amer. Plus de trois Français sur quatre (77 %) se sont dit « choqués » par l'épisode, selon un sondage publié mercredi.
« Je suis sensible, bien sûr, à la réaction des Français, je me dois d'incarner un comportement parfaitement rigoureux », a reconnu M. Valls.
« Effet dévastateur »
Reste à savoir si ce geste suffira à éteindre la polémique, venue d'un responsable politique qui a toujours érigé l'exemplarité et l'intégrité en valeurs cardinales. « Personne n'a oublié les propos solennels de Manuel Valls, en juillet 2014 : "Quand on gouverne, on doit être exemplaire (...)" Le Premier ministre aurait été bien inspiré de s'appliquer à lui-même cette règle élémentaire d'éthique », a souligné le quotidien Le Monde.
La « faute » est d'autant plus « désastreuse », selon plusieurs éditorialistes, qu'elle renforce l'idée d'une classe politique déconnectée des réalités. « L'effet s'avère dévastateur et accrédite l'impression que, décidément, il y a les puissants et les autres, ceux qui voyagent dans les Falcon de la République et ceux qui les regardent passer », a relevé hier le quotidien régional L'Est républicain. « Le jet privé, c'est un symbole. Comme à une époque les cigares ou la taille des appartements, souligne Arnaud Dupui-Castérès, expert en communication, président de la société Vae Solis. Il y a des sujets sur lesquels l'opinion publique est d'une extrême sensibilité. »
L'image de Nicolas Sarkozy a ainsi été durablement marquée par sa décision de fêter son élection à la présidence en 2007 au luxueux restaurant Fouquet's, avant de partir en croisière à bord d'un yacht prêté par l'homme d'affaires Vincent Bolloré.
En mettant la main à la poche, Manuel Valls a dit vouloir « mettre un point final à cette polémique pour (se) concentrer sur l'essentiel ». Le chef de la diplomatie et ex-Premier ministre, Laurent Fabius, a évoqué une décision « sage », et le patron des députés socialistes, Bruno Le Roux, a salué un geste « symboliquement fort ».
L'opposition s'est montrée moins convaincue. « Que Valls rembourse tout, la demi-mesure n'a pas de sens », a réclamé sur Twitter l'un des vice-présidents du parti d'extrême droite Front national, Florian Philippot.
Les 2 500 euros correspondent au tarif moyen sur un vol commercial aller-retour pour deux personnes, selon l'entourage du Premier ministre. Mais le coût total de l'affrètement de l'avion gouvernemental est estimé entre 12 et 15 000 euros.
Manuel Valls « invente un nouveau dicton : faute avouée est à moitié remboursée », a brocardé Xavier Bertrand, l'un des responsables du parti d'opposition de droite Les Républicains.
Enfin, une association de lutte contre la corruption, le Front républicain d'intervention contre la corruption (Fricc), a annoncé son intention de déposer plainte contre Manuel Valls pour détournement de fonds publics.
(Source : AFP)

