Des combattants participant à l’opération « À tes ordres Hussein (Labbeyk ya Hussein) » dans la province d’al-Anbar. Ahmad al-Rubaye/AFP
Les forces irakiennes, aidées des milices chiites, ont lancé hier une opération destinée à isoler les jihadistes du groupe État islamique (EI) dans la province stratégique d'al-Anbar, dont la capitale Ramadi a été prise par les jihadistes le 17 mai après une vaste offensive et une retraite chaotique des forces irakiennes. Le Premier ministre irakien Haidar al-Abadi a promis de reprendre cette région à l'EI, qui contrôle la majorité de la province d'al-Anbar (Ouest), s'étendant des limites de la région de Bagdad aux frontières syrienne, saoudienne et jordanienne. Pour ce faire, il a fait appel aux Unités de mobilisation populaires (Hachd al-Chaabi en arabe), force paramilitaire à majorité chiite qui a déjà aidé l'armée.
Le but de l'opération lancée hier est aussi de préparer l'offensive pour reprendre la capitale provinciale – quelque 4 000 hommes avancent vers les limites nord de Ramadi, selon les Unités de mobilisation populaire.
« Je pense que cela n'aide pas »
L'objectif de l'opération « À tes ordres Hussein (Labbeyk ya Hussein) » est « de libérer les régions entre les provinces de Salaheddine et d'al-Anbar, et d'essayer d'isoler celle-ci », a déclaré à l'AFP Ahmad al-Assadi, un porte-parole des Unités de mobilisation populaire. Hussein est l'un des imams les plus vénérés par la communauté musulmane chiite, majoritaire en Irak – mais minoritaire à al-Anbar, région sunnite. Le choix de ce nom a grandement irrité le Pentagone. « Je pense que cela n'aide pas », a commenté le colonel Steven Warren, porte-parole du Pentagone, interrogé sur le choix du nom. « Nous avons toujours dit que la clef pour la victoire, la clef pour expulser l'EI de l'Irak est un Irak unifié, qui se débarrasse de ses divisions communautaires, se mobilise contre la menace commune », a-t-il dit. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a lui aussi appelé à une politique plus inclusive.
Les forces armées, les miliciens chiites et les tribus sunnites sont parvenus ces derniers jours à reprendre une partie du territoire à l'est de Ramadi et avancer au sud et à l'ouest de la ville. Les forces progouvernementales « ont désormais coupé toutes les routes d'approvisionnement de l'EI pour Ramadi », selon un membre du conseil provincial, Arkan Khalaf al-Tarmuz. Mais l'EI s'est probablement préparé à une attaque en disposant des explosifs un peu partout à Ramadi, comme il le fait dans chaque ville conquise.
L'annonce de l'opération a été faite 24 heures après les tentatives de la Maison-Blanche d'apaiser les tensions avec Bagdad dont l'armée a été accusée d'un « manque de volonté » face à l'EI par le secrétaire à la Défense Ashton Carter. Cette déclaration a déclenché une salve de critiques en Irak, et le vice-président américain Joe Biden s'est empressé de téléphoner lundi au Premier ministre irakien Haidar al-Abadi pour saluer « le courage et l'énorme sacrifice de (ses) soldats » face à l'EI. « Les forces irakiennes qui ont quitté Ramadi l'ont fait sous grande pression et seulement en dernier recours, a affirmé le cabinet de consultants Soufan Group Intelligence. Ce n'est pas de bravoure dont les forces ont manqué, mais d'armes, de leadership et de logistiques rapides. »
Pendant ce temps, le général iranien Qassem Soleimani, commandant de la force d'élite al-Qods engagée en Irak, estime que les États-Unis et toutes les autres puissances ont échoué dans leur stratégie face à l'EI, ont rapporté lundi des agences de presse iraniennes. « Aujourd'hui, dans le combat contre ce phénomène dangereux, personne n'est présent à l'exception de l'Iran », a-t-il dit.
(Sources : agences)

