La galerie Mark Hachem expose dix-huit toiles (mixed media, collage, griffonnage de Bics et crayons), aux dimensions variées, du Syrien Shadi Abousada.
Entre bleu cobalt, blanc de neige et beige estompé, ces toiles sur fond de papiers journaux anciens sont un témoignage entre souvenirs lumineux et contestation d'un système social.
Ce n'est guère un hasard si des coupures de journaux arabes inondent l'espace des tableaux. Sur une mémoire encore vive se profilent des personnages et des scènes de rue de tous crins. De l'enfance à l'âge adulte s'expose comme dans une vitrine offerte aux regards, en des images délibérément brouillées et embrouillées, un monde avide de paix et de vie.
Une bande d'adolescents qui jouent à la bicyclette, des cireurs de chaussures, une échelle, une paire de jambes aux chaussettes striées... Silhouettes croisées quotidiennement pour un nihilisme au ton délavé. Rire et innocence pour contrer (et conter) la lourdeur d'un vécu dangereux et menaçant. Mais aussi note de dépit, d'ironie, de mépris, de sarcasme insolent avec ce siège de latrines au couvercle grand ouvert...
À trente-deux ans, l'artiste né à Sweida mais vivant actuellement à Beyrouth, par-delà une certaine curiosité qu'il prête à ses acteurs et passants de la chaussée, fait œuvre d'esthète mais surtout de témoin. Témoin vigilant d'un univers et d'un environnement actuels, oppressants et durs. Il leur oppose, à travers ces toiles comme puisée au cœur des graffitis, une lecture sociale avertie. À la fois légère et grave.
Une invitation pour un monde moins effrayant, plus sécurisé et sécurisant.
*L'exposition « Wall of memories » de Shadi Abousada à la galerie Mark Hachem (au centre-ville, rue Salloum) se prolongera jusqu'au 20 mai.

