Écrivain, journaliste et traducteur engagé à gauche, François Maspero, mort il y a quelques jours à l'âge de 83 ans, restera dans les mémoires comme éditeur et patron d'une librairie qui fut un haut lieu de la culture contestataire dans les années 60 et 70 à Paris.
« J'ai beaucoup vécu par les autres. Sans eux, les auteurs, les amis, les militants, rien n'aurait été possible », assurait cette ancienne figure importante de la vie intellectuelle française. Avec sa maison d'édition et sa librairie, situées au cœur du Quartier latin, François Maspero, dit « Masp », imprégné de culture « chrétienne de gauche », a propagé ses idées contestataires.
Dans sa librairie La joie de lire, on pouvait rencontrer des « révolutionnaires » d'horizons divers, prendre des notes en paix et parfois... voler des livres sans être forcément dénoncé.
En 1955, ce survivant sans diplôme, qui a longtemps culpabilisé de n'avoir point péri dans l'Holocauste, devient libraire au Quartier latin. Quatre ans plus tard, il crée les éditions Maspero, publiant de nombreux textes sur la guerre d'Algérie, la contestation du stalinisme, le sous-développement ou le néocolonialisme.
Certaines publications sont interdites et lui valent des ennuis judiciaires. Il est contraint de vendre la librairie en 1974, pour des raisons financières et sous la pression de la justice. La maison d'édition est conservée grâce à la mobilisation d'auteurs et de lecteurs. En 1982, épuisé par ses combats, il cède ses parts et quitte sa maison qui prend le nom de La Découverte. À 50 ans, il se retrouve sans rien. Sa vie manque de basculer : accident de moto, tentative de suicide... Il mettra des années à s'en remettre.
« Révolte et indignation »
« Quand je regarde le catalogue des éditions, je me dis que je peux être satisfait », disait-il : Frantz Fanon, Louis Althusser, John Berger, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Yves Lacoste, Yannis Ritsos, Tahar Ben Jelloun, Nazim Hikmet, et beaucoup d'autres ont, pour la plupart, confié leurs premières œuvres à « Masp » qui a publié aussi le best-seller Libres Enfants de Summerhill (1970), d'Alexander S. Neill.
« J'ai des sentiments extrêmement simples de révolte et d'indignation. La dérive libérale est la plus terrible des utopies. Elle est aussi plus terrifiante que d'autres car on n'en voit pas la fin. Je crois donc à la lutte, sinon il n'y a plus d'histoire et peut-être plus d'humanité », disait-il.
En 1984, il signe Le Sourire du chat, un roman quasi autobiographique, premier d'une quinzaine de livres. Ce grand voyageur a écrit Balkans-Transit, Les passagers du Roissy-Express, sur l'Algérie, sur Gaza...
(Source : AFP)

