Le président de la Chambre a souligné hier que la date du 14 avril était maintenue pour la poursuite du dialogue, information confirmée par le Courant du Futur.
La situation de guerre régionale ne pouvait que déteindre sur le Liban, sans toutefois constituer une menace véritable à sa stabilité.
« Parallèlement à la guerre qui se déroule sur le terrain régional, il y a une guerre qui se déroule sur les ondes. Et le Liban est le terrain des ondes par excellence », affirme à L'Orient-Le Jour le député Marwan Hamadé.
C'est à cela que peut se réduire la virulence des échanges verbaux entre le Hezbollah et le courant du Futur, provoqués par les attaques renouvelées du secrétaire général du parti chiite Hassan Nasrallah contre l'Arabie saoudite, dans sa dernière interview à une chaîne syrienne.
« Il ne s'agit pas d'une polémique entre le Hezbollah et le Futur, mais d'attaques inconsidérées, totalement débridées de Hassan Nasrallah, des Iraniens et de leurs médias contre l'Arabie saoudite », précise M. Hamadé. Cette envergure régionale apparaît notamment dans la campagne menée par la chaîne al-Arabiya et le quotidien al-Riyadh contre Hassan Nasrallah, qui fait écho aux attaques des médias pro-iraniens contre Riyad. Le risque n'est donc pas sur le dialogue, les répercussions de cette campagne sur le Liban étant d'abord de nature économique, relève en substance M. Hamadé.
(Pour mémoire : Hariri tire à boulets rouges sur le Hezbollah et l'Iran)
La question n'est donc pas, pour l'instant, de s'interroger sur les polémiques de fond, qu'il a été convenu d'écarter du débat interne, et a fortiori du dialogue Hezbollah-Futur. La situation intérieure n'est que le baromètre des rapports de force à l'échelle régionale.
Si des crises minimes avaient jeté leur ombre sur le dialogue Hezbollah-Futur (l'on retient notamment les tensions provoquées par la riposte du Hezbollah à Chebaa, en février dernier), ce dernier s'était maintenu, en dépit de certains avis, émanant surtout de milieux du 14 Mars, sur son inutilité, voire même sa nuisance pour le Futur dans ses rapports avec sa base.
Force est de relever toutefois que les accusations lancées mercredi par le numéro un du Hezbollah contre l'Arabie saoudite, qualifiées « d'insultes » par le 14 Mars, ont provoqué des tensions telles qu'elles ont incité le président de la Chambre, Nabih Berry, à publier hier un communiqué précisant que le dialogue Hezbollah-Futur n'était pas menacé. « À la lumière des doutes rapportés dans les journaux concernant le maintien des réunions de dialogue, ou des spéculations sur leur report, le président de la Chambre tient à assurer que le dialogue se poursuit puisqu'il sert l'intérêt du Liban et que les deux parties y tiennent. La prochaine réunion reste fixée au 14 avril courant », selon le communiqué.
Cette déclaration a été relayée par des députés du bloc Berry, dont Michel Moussa, qui a jugé peu probable l'échec du dialogue entre le Hezbollah et le Futur, et Kassem Hachem qui a souhaité que « la polémique qui marque les discours politiques n'affecte pas l'atmosphère positive laissée par le dialogue ». Les députés du bloc du Futur ont eux aussi, d'une manière générale, tenu à minimiser les répercussions de la polémique sur le dialogue, tout en continuant de critiquer « l'aventurisme du Hezbollah » sur le fond.
Le député du courant du Futur Ahmad Fatfat confirme à L'OLJ que le dialogue est maintenu au 14 avril, puisque, en tout cas, « on ne peut ouvrir une porte qui est déjà ouverte ». Autrement dit, « on ne peut craindre la rupture sérieuse d'un dialogue qui n'est pas sérieux ». Il tempère néanmoins ses propos et avance des arguments nouveaux en faveur de ce dialogue. À l'argument habituel lié à l'impératif « de calmer les tensions intérieures », il en ajoute un autre, empreint d'optimisme : « L'utilité principale est de préparer le terrain libanais à une éventuelle évolution régionale : on garde ce dialogue en réserve afin de profiter réellement de l'éclaircie qui doit se produire, tôt ou tard, dans la région. »
Alors que l'Iran cherche à assumer une position de force par rapport à l'Occident, tout en se posant en « médiateur des crises régionales », notamment yéménite, le Hezbollah entretient cette image à l'intérieur du Liban. « Tendez la main à l'Iran pour être forts à travers elle », a ainsi lancé hier le mufti jaafarite, cheikh Ahmad Kabalan, dans son prêche du vendredi.
(Pour mémoire : Le 14 Mars fustige le Hezbollah pour ses attaques contre l'Arabie saoudite)
Le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, le député Mohammad Raad, avait affirmé jeudi, en réponse à Saad Hariri, qu'il comprenait que ce dernier soit dans une position « délicate », surtout face aux critiques adressées aux responsables saoudiens et à leur politique, tandis que pour le Hezbollah, « le silence sur ce qui se passe au Yémen ne peut être accepté ». Ce souci manifeste pour les victimes au Yémen est doublé de virulents plaidoyers en faveur de la liberté d'expression (déclenchés par la controverse sur la retransmission par Télé-Liban – la seule avec al-Manar – de l'interview de Hassan Nasrallah). Le Hezbollah pointe du doigt « l'hégémonie saoudienne sur le pays et les médias libanais ». Cette propension nouvelle du Hezbollah au libéralisme et à la résolution des conflits par le biais du dialogue ne convainc donc pas le 14 Mars.
« Le Futur a la conscience tranquille, puisqu'il adhère entièrement à l'État », a ainsi répondu hier Ahmad Hariri à Mohammad Raad.
Pour Ahmad Fatfat, « le Hezbollah essaie de pousser sa campagne jusqu'au bout dans une tentative d'imposer une trêve, ce qui signifierait une soumission totale des parties libanaises à la volonté iranienne sur tous les dossiers liés à la marche institutionnelle, à commencer par la présidentielle ». Le député estime que le parti chiite se sent « très isolé au Liban, face notamment au mutisme de Michel Aoun, à la visite de l'ambassadeur saoudien à Nabih Berry, au durcissement de ton de Walid Joumblatt... ». Le témoignage de Moustapha Nasser devant le TSL, qui s'est quasiment retourné contre l'accusation dont il est pourtant le témoin, pourrait révéler la panoplie des moyens utilisés par le parti chiite pour se renflouer.
Cela ne veut pas dire pour autant que l'Iran est en position de faiblesse au niveau régional, ni que le compte à rebours pour la résolution des crises a commencé. Ce qui est sûr, en revanche, c'est « la surprise que le réveil, ou le sursaut arabe, a produit chez Téhéran », souligne Ahmad Fatfat. Il retient ainsi de l'interview de Hassan Nasrallah la mention de conflit « islamo-sioniste » qu'il substitue à celle de conflit israélo-palestinien. « En négligeant ainsi la dimension arabe, le secrétaire général du Hezbollah révèle le grand virage politique dans la région : nous sommes passés du conflit israélo-palestinien à un conflit arabo-perse », souligne-t-il.
Une dimension qui donnerait ainsi, selon lui, tout son sens à la campagne menée par le Hezbollah contre l'Arabie saoudite.
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IL FAUT QUE LE FUTUR ET LA HEZBOLLAH DIALOGUENT SÉRIEUSEMENT ENTRE EUX POUR ARRIVER À L'ENTENTE... ET NON POUR PASSER LE TEMPS...
20 h 06, le 11 avril 2015