On peut se demander parfois ce qui régit le comportement des Libanais. On peut se demander si les parents, l'école, la famille ont bien fait leur travail d'éducation. Si certaines valeurs avaient été inculquées ou si, au contraire, on avait zappé l'enseignement de la politesse, du savoir-vivre. Savoir vivre. Avec soi-même, certes, mais avec les autres surtout. Ce petit truc qu'on nous apprend dès notre plus jeune âge. Enfin, qu'on est censé nous apprendre. Le b.a.-ba, le strict minimum à connaître pour vivre en société. Ces codes qui règlent nos comportements. Ces règles qu'on devrait respecter. Sauf que, là, nous sommes un peu en freestyle. À cause de l'individualisation due aux réseaux sociaux qui nous font croire que tout est permis : de l'insulte à la diffamation, en passant par la délation ? À cause de ces parents qui ont démissionné de leurs fonctions ? À cause de l'anarchie qui est devenue le système dans lequel nous vivons ? Ou tout simplement un joli mix de tout ça, réuni dans un shaker de mauvaise qualité qui est en train de nous exploser à la figure. Les bonnes manières, il semblerait qu'on les ait oubliées. Comme si l'impolitesse était de rigueur et qu'on cherchait à prouver, à travers elle, une quelconque supériorité. Comme si arriver en retard était le témoignage d'une certaine courtoisie, passer en troisième file dans un embouteillage prouvait qu'on était le plus fort. Nul besoin de ressasser le manque total de civisme et de considération quand on est au volant. Couper un carrefour, se maquiller en pleine rue, traîner dans un créneau parce qu'on parle au téléphone ou se garer devant la porte d'un parking durant toute une nuit et s'étonner le lendemain matin que sa voiture est recouverte d'œufs (bios) éclatés sur le pare-brise. Nul besoin de se rappeler que nous sommes probablement les seuls conducteurs à se faire insulter par quelqu'un qui arrive en sens inverse ou par la personne qui s'est garée sur deux places vacantes dans le sous-sol glauque d'un mall. Goujaterie 2.0, ou comment se foutre de la gueule des autres. Version Liban. Version je parle fort au resto, je pique dans l'assiette des autres, je reste scotché sur mon téléphone à zapper entre Instagram et Facebook sans vraiment regarder ce qui s'y passe ; version je ne cuisine plus pour mes invités que j'ai conviés par SMS et que je ne vois même pas quand ils sont chez moi sauf quand je leur demande, dans ma tournée des tables, si tout va bien et que je leur réponds à leur message de remerciement le lendemain par un j'étais ravie de vous avoir à dîner. Version je n'ouvre pas un tableau qu'on vient de m'offrir, que j'apporte un dessert à la maîtresse de maison qui en a déjà prévu trois. Version je ne m'excuse pas de mon plantage de dernière minute, je ne laisse pas un client sortir de la boutique (où la vendeuse va me tutoyer comme si on avait élevé les vaches ensemble), parce que je veux y entrer sans tenir la porte à battants. Version je hèle vulgairement une jeune femme en faisant des gestes obscènes avec la langue, version je drague frontalement sans élégance aucune cette femme que je n'inviterai même pas et quand bien même je le ferais, je la laisserai payer la moitié de l'addition en oubliant qu'elle n'est pas Muriel Robin. Version je m'adresse mal aux employés de ma boîte, je parle mal aux gens que j'ai au téléphone, parce que j'ai le pouvoir décisionnel de refuser leur demande, j'envoie chier les serveurs, les vendeuses, les pompistes, les vieux mendiants parce que je me suis octroyé la latitude de faire ce que je veux. Les s'il vous plaît et les mercis, on laisse tomber. Ce sont des options.


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ils sont les premiers a s'etonner quand on les insulte: je ne manque jamais d'ajouter un k... emmak a quiconque qui manque de savoir vivre. L'enfant-roi au Liban grandit pour devenir un chieur-roi. A impoli, mpoli et demi.
19 h 57, le 11 avril 2015