Billie Holiday, une femme aux multiples combats. Photo William P. GOTTLIEB
Pour le centenaire de sa naissance, la légende du jazz est célébrée comme une pionnière par des générations de chanteurs.
Au bout de sa vie, Billie Holiday, surnommée « Lady Day », était éreintée par sa consommation d'héroïne, le harcèlement policier et un mari qui la frappait. Lorsque son corps a arrêté de lutter en 1959 à 44 ans, elle se trouvait en état d'arrestation sur un lit d'hôpital pour usage de drogues et ses économies se limitaient aux 50 dollars glissés par un journaliste intéressé par un entretien. Billie Holiday a été victime de racisme même à New York, où elle devait emprunter les ascenseurs de service dans les hôtels de luxe. Née à Philadelphie d'une mère femme de ménage, elle a grandi sans père et sans avoir d'éducation musicale. « Je pense qu'elle touchait les gens parce qu'elle était vraie. Elle était authentique », estime Mikki Shepard, productrice de l'Apollo Theatre.
Avec le centenaire de sa naissance, le 7 avril, des artistes rendent hommage à sa voix ineffable mais aussi à sa lutte contre le racisme. L'Apollo va célébrer le centenaire avec une série d'événements dont un concert de Cassandra Wilson, qui va également publier un album de reprises. Et Columbia a sorti The Centennial Collection, un CD avec 20 de ses morceaux les plus marquants dont Summertime, All of Me et Strange Fruit.
L'écrivain Lanie Robertson a vécu l'évolution des opinions au premier rang dans sa pièce Lady Day at Emerson's Bar and Grill montée pour la première fois en 1986. « Lorsque la pièce a été produite en 1986, Billie Holiday était dénigrée par une très grande majorité de la population noire aux États-Unis – elle était un modèle horrible, elle était toxicomane, ivrogne, avec des mœurs légères, elle n'était pas une "femme bien", explique M. Robertson. Il y a eu l'an dernier un revirement total de l'opinion de la société sur Billie Holiday. Elle est désormais un symbole des Noirs qui combattent et luttent pour leurs droits, et elle est considérée comme une pionnière en la matière. »
Billie Holiday a inspiré des chanteurs comme Diana Ross qui l'a incarnée à l'écran en 1972 dans Lady Sings the Blues, Annie Lennox et Amy Winehouse. Enfin, deux livres célèbrent le centenaire de sa naissance, Vivre cent jours en un, de Philippe Broussard et Lady in Satin, portrait d'une diva par ses intimes, de Julia Blackburn.
(Source AFP/Shaun TANDON)

