Pour Maryam Nour, figure controversée au Liban, « nul n’est prophète en son pays ».
« Les Arabes sont des ignorants, voilà pourquoi ils seront toujours gouvernés par les grandes puissances, comme les États-Unis », scande Maryam Nour sur tous les plateaux de télévision qui acceptent encore de la recevoir. Elle dit que la plupart des chaînes ne veulent pas d'elle. Parce qu'elle est différente et donc dérangeante.
Cette femme est érudite, mais elle adore choquer. Elle ne se prive jamais d'insulter les prélats et leurs institutions. Et puis elle n'aime personne, mais prêche, comme une guru insensée d'une secte un peu paumée, l'amour, la paix, la religion du cœur, la nourriture saine à l'ancienne en contact avec la terre, loin du monde de la technologie.
Quel est donc le secret de cette femme particulièrement duelle, pleine de contradictions et qui, à juste titre ou non, a envahi la scène libanaise puis est devenue une vraie people ? Personne ne le sait vraiment, mais elle a réussi à arracher à beaucoup de gens quelques sourires : ses crises de colère, son côté burlesque et doucement allumé que les caméras ne quittent ni ne coupent – surtout pas, car c'est la mousse du programme, l'apogée ultime.
Quand Maryam Nour se lève et balance on ne sait quoi dans l'air ou commence à insulter un présentateur qui se la joue sérieux et prétentieux, c'est du pur divertissement. Outrée par les propos ou les questions de son hôte, la dame se lâche et, du coup, le bip sonore du régisseur télé commence à roucouler à l'infini, laissant libre cours à l'imagination du spectateur mi-amusé, mi-interloqué.
Rien ne lui échappe, tout et tout le monde est passé au crible. Ce qui a stimulé sa célébrité, c'est son côté rebelle : elle s'oppose à la société et au système qui régit la vie sociale. Elle sidère sans cesse ses détracteurs bien plus qu'elle n'éblouit ses fans en dépassant les limites du vocabulaire politiquement correct. Le maquillage n'est que saleté pour elle, le chewing-gum est assimilé à de l'ordure, sans parler des moqueries dégradantes dont elle abreuve les femmes qui ont abusé du bistouri.
New age, macrobiotique, médecine naturelle : Maryam Nour n'a pas perdu son temps après avoir, selon elle, quitté sa vie ancienne et renoué avec la liberté. Elle a lu et effectué des recherches dans toutes les contrées, de l'Inde jusqu'aux États-Unis, en passant par les pays de l'Orient. La recherche et la lecture lui ont permis de découvrir le champ macrobiotique : elle assure qu'elle y a trouvé une réponse à tout. Aux États-Unis, elle a étudié de près et appliqué cette hygiène de vie qui permettrait de vivre plus longtemps, adoptant un régime alimentaire à base de céréales et de légumes, sans aucun ajout chimique ou industriel. Et, cerise sur le gâteau, elle inaugure plusieurs centres aux États-Unis et dans le monde arabe qu'elle qualifie de « maison de paix et de guérison ».
Que l'on accepte cette femme ou pas, qu'on adopte ses enseignements ou pas, on ne peut pas nier que cette « prophète-prédicatrice-guérisseuse », passionnée de savoir et de quête de la vérité, est une controverse et une contradiction à elle seule. Hormis ses discussions musclées et ses accrochages sur les plateaux télé qui ont affermi sa célébrité, elle assure par ailleurs un programme tout empreint de zénitude, appelant à la paix intérieure et extérieure. Elle prône le rejet du régime alimentaire traditionnel en faveur d'un nouveau mode de vie, qui rapproche l'homme de son créateur au lieu de l'empoisonner à petit feu.
La « vraie religion » de Maryam Nour est celle « du cœur et de la science », et il n'y a qu'un seul « Dieu, Allah le Grand, le Miséricordieux ». Sauf qu'il ne faut impérativement pas lui rapporter ce que les hommes religieux locaux pensent d'elle ou l'obliger à être en présence de l'un d'eux. Elle sait d'avance que pour eux, elle est un charlatan. Idem pour les responsables politiques qu'elle noie à chaque fois qu'elle le peut du venin de sa langue acerbe.
Cette figure originale a fait le tour de plusieurs grandes chaînes libanaises et arabes, qui ont semblé être au début fascinées par ses nouveaux apprentissages, sa façon de bousculer les traditions des sociétés libanaise et arabes. Mais ce qui a été au début une bénédiction pour elle s'est vite transformé en malédiction : elle a commencé par (beaucoup) déranger. Finalement, elle s'est rabattue sur la NTV, une chaîne qui se veut polémiste et différente dans ce qu'elle propose aux téléspectateurs et qui se présente comme indépendante de toute affiliation politique. Et Maryam Nour n'hésite pas à afficher son carnet d'adresses durant ses apparitions éclair en tant qu'invitée, un véritable petit bottin qui comporte plusieurs grandes figures internationales et locales.
Pour elle, les Libanais ont tort de ne pas profiter de son savoir, mais ceci n'a rien d'exceptionnel, selon elle, car « nul n'est prophète en son pays », a-t-elle ironisé dans un entretien accordé à un journal arabe.
Il y a sans doute plusieurs Maryam Nour. Au moins deux, sûrement...


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Bravo, Une femme de cran. Certes farfelue. J'aime...
20 h 02, le 04 avril 2015