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Moyen Orient et Monde - Analyse

Les Britanniques et l’Europe, un désamour aux multiples racines

Au Royaume-Uni, l'euroscepticisme prend une forme particulièrement virulente pour des raisons à la fois historiques, identitaires, politiques et conjoncturelles.

Un large consensus existe en Grande-Bretagne sur la nécessité de rester dans une Union européenne « réformée », mais au parti conservateur du Premier ministre David Cameron (sur la photo), ce thème « toxique » est devenu une pomme de discorde. En février, un sondage a montré que 45 % des sondés choisiraient de rester dans l’UE, contre 35 % en faveur d’une sortie. Ben Stansall/AFP

Au Royaume-Uni, où un référendum sur l'adhésion à l'Union européenne sera organisé si les conservateurs remportent les élections du 7 mai, l'euroscepticisme prend une forme particulièrement virulente, pour des raisons à la fois historiques, identitaires, politiques et conjoncturelles.
L'euroscepticisme, terme inventé au milieu des années 1980 par le vénérable Times, existe dans d'autres pays européens. Mais il « semble être beaucoup plus viscéral, instinctif et émotionnel » au Royaume-Uni, observe Oliver Daddow, professeur à l'université de Chichester. Ce sentiment s'enracine notamment dans l'histoire des îles britanniques, depuis longtemps tournées vers le monde sur lequel elles ont partiellement régné, et qui ont longtemps considéré – sinon combattu – l'Europe comme « l'autre ». « L'Union européenne est perçue comme incompatible avec l'identité britannique, à tort ou à raison », indique M. Daddow.
Fort d'une Chambre des communes célébrée comme « la Mère des Parlements », et sorti vainqueur de la Seconde Guerre mondiale sans avoir été envahi, le Royaume-Uni cultive un véritable sentiment de fierté envers son système politique, parfois pris pour de l'arrogance. De là découle la difficulté à accepter la dimension politique grandissante de l'UE. Le Premier ministre conservateur David Cameron a récemment résumé la pensée d'une bonne partie de ses concitoyens en jugeant que l'UE essayait de « prendre trop de pouvoir ». Beaucoup de Britanniques ont en effet la sensation d'une tromperie sur la marchandise, après avoir dit « oui » à 64,5 % au marché commun en 1975, lors du dernier (et seul) référendum sur l'Europe.
« Le Royaume-Uni voit son adhésion à l'UE comme un moyen pour atteindre un objectif et cet objectif est la prospérité économique, pas l'intégration politique », confirme Tim Oliver, chercheur à la London School of Economics (LSE).
Londres, qui a lutté pendant près de 15 ans pour intégrer le marché commun, essuyant deux vetos du général de Gaulle, a ensuite multiplié les dérogations sur des sujets comme la libre circulation des personnes ou l'euro. Avant de remettre en cause les atouts économiques de l'UE dans la foulée de la crise financière. « La crise de la zone euro fait que l'Europe est associée à un chômage élevé, à des partis populistes désagréables, à des échecs économiques et à un mauvais leadership », juge Charles Grant, directeur du Center for European Reform (CER). De quoi donner raison à l'ancien Premier ministre conservateur Margaret Thatcher, qui disait que tous les problèmes venaient d'Europe tandis que toutes les solutions venaient du monde anglo-saxon.

Pomme de discorde
L'Europe est également associée à l'immigration, « le plus important problème dans la politique britannique actuellement », poursuit M. Grant. Le parti europhobe Ukip, grand vainqueur des élections européennes de 2014, « a lié de manière très habile l'immigration à l'UE si bien que les électeurs associent maintenant les deux sujets, même si en réalité il y a plus d'immigrés non-européens que d'immigrés européens », détaille-t-il.
La presse britannique, largement eurosceptique voire europhobe pour certains titres, ne se gêne pas pour cultiver ces clichés. « Les médias véhiculent les idées de la droite conservatrice et s'appuient sur des images de l'Empire, de la grandeur de la Grande-Bretagne et de la guerre », détaille M. Daddow. « La perception britannique est que l'UE est dirigée par les Allemands et les Français à leur avantage et contre nos intérêts. C'est parfois vrai, mais c'est souvent faux », abonde M. Grant.
Un large consensus existe sur la nécessité de rester dans une Union européenne « réformée ». Mais le chef de l'opposition travailliste Ed Miliband et le dirigeant des libéraux démocrates Nick Clegg sont les plus vocaux. Au parti conservateur, ce thème reste toxique : l'euroscepticisme, qui était l'apanage des travaillistes dans les années 1960-1970, est devenu une pomme de discorde chez les tories. « La relation avec l'Europe a empoisonné la vie politique britannique depuis trop longtemps (...) et presque détruit le Parti conservateur. Il est temps de régler la question », avait jugé en 2013 l'ancien Premier ministre John Major. En février, un sondage YouGov a montré que 45 % des sondés choisiraient de rester dans l'UE, contre 35 % en faveur d'une sortie.
« Le problème avec le référendum, c'est que les arguments en faveur sont compliqués, numériques et rationnels, tandis que les arguments contre sont simples, émotionnels et romantiques : voulez-vous être gouvernés par des étrangers ou non ? », conclut M. Grant.
Jessica BERTHEREAU / AFP

Au Royaume-Uni, où un référendum sur l'adhésion à l'Union européenne sera organisé si les conservateurs remportent les élections du 7 mai, l'euroscepticisme prend une forme particulièrement virulente, pour des raisons à la fois historiques, identitaires, politiques et conjoncturelles.L'euroscepticisme, terme inventé au milieu des années 1980 par le vénérable Times, existe dans d'autres pays européens. Mais il « semble être beaucoup plus viscéral, instinctif et émotionnel » au Royaume-Uni, observe Oliver Daddow, professeur à l'université de Chichester. Ce sentiment s'enracine notamment dans l'histoire des îles britanniques, depuis longtemps tournées vers le monde sur lequel elles ont partiellement régné, et qui ont longtemps considéré – sinon combattu – l'Europe comme « l'autre ». « L'Union...
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