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Liban

Le cardinal Barbarin : Pour nous, cette fête est une merveille !

Annonciation

L'archevêque de Lyon et le recteur de sa mosquée, Kamel Kabtane, invités de marque de la cérémonie interreligieuse qui se tient cet après-midi en la chapelle de Notre-Dame de Jamhour.

25/03/2015

À l'invitation de l'amicale des anciens de Jamhour, l'archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin, assistera aujourd'hui à 17 heures, en compagnie du recteur de la mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, à la cérémonie interreligieuse organisée au Collège Notre-Dame de Jamhour, à l'occasion du 25 mars, fête de l'Annonciation dans les Églises chrétiennes, déclarée au Liban fête nationale commune islamo-chrétienne depuis 2010.

Largeur d'horizon, prudence et courage mélangés avec bonheur marquent la personnalité du cardinal Barbarin. Homme de terrain, il s'est rendu à deux reprises, depuis le mois d'août, à Erbil, capitale du Kurdistan, pour être proche des chrétiens de Mossoul et Qaraqosh, déracinés de leur patrie par le groupe État islamique (« Tout le monde souffre à cause de cette injustice monstrueuse », dit-il). Il est aussi très proche du cardinal Jean-Louis Tauran, président du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

 

Vous êtes en présence d'un modèle unique au monde de cérémonie interreligieuse islamo-chrétienne, « Ensemble autour de Marie ». Qu'en pensez-vous a priori ?
Je suis très content d'être là. Je crois qu'en beaucoup d'endroits du monde, en ce moment, on cherche des formes de rapprochement et d'amitié. Lorsque j'ai reçu l'invitation, j'ai pensé que c'était une très bonne occasion. J'en parle avec Mgr Dubost, responsable des relations avec l'islam, et il me dit : Figure-toi qu'on veut lancer cet événement en France. C'est ce qui s'est passé samedi 21 mars dans la magnifique basilique de Longpont (Essonne). (NDLR : Cheikh Mohammad Nokkari, l'un des principaux promoteurs de la fête, y a pris la parole devant plusieurs centaines de fidèles musulmans et chrétiens soucieux de passer « du choc des civilisations et des indifférences à la fraternité des cœurs ».)
Nous avons, à Lyon, une assez riche tradition de dialogue interreligieux. Quand vous avez institué cette fête au Liban, pour nous ça a été une merveille. C'est exactement ce qu'il faut, avons-nous pensé. J'habite juste à côté de la basilique de Fourvière, un sanctuaire qui ressemble beaucoup à celui de Notre-Dame du Liban, et souvent je vois des musulmans qui viennent là confier leurs nouveau-nés à la Vierge Marie. Il n'y a pas très longtemps, une famille qui se trouvait là me reconnaît et me demande de bénir leur bébé. Bon, je ne lui fais pas une croix sur le front, mais j'ai posé mes mains sur ce petit corps et j'ai demandé que Dieu lui accorde sa miséricorde tout au long de sa vie. Par ailleurs, nous avons une très ancienne amitié avec les juifs aussi.

 

Certains reprochent à la cérémonie interreligieuse de Jamhour de se répéter et souhaitent la voir devenir plus populaire.
Je n'ai pas peur de cela. Je crois qu'il y a une grâce de la répétition. L'évêque de Lourdes me dit : ce qui se renouvelle le plus, c'est le rosaire. Même les choses les plus traditionnelles, si elles ont assez de force, se renouvellent. Si c'est complètement formaliste, cela mourra (...). Dans l'attachement que nous avons pour la Vierge Marie, il y a quelque chose qui peut nous rapprocher. Et qui peut apporter un peu de paix au monde.

 

Un moment de prière interreligieuse et, en même temps, cette montée de l'extrémisme. On se demande où est le véritable islam ?
Vous dites quel est le véritable islam. Mais ce n'est pas moi qui peux le savoir. Ce que, moi, je peux dire et faire, c'est l'écoute de l'autre, et aussi la dénonciation de ses excès... Et puis l'admiration mutuelle.
En France, on aime bien le mot de tolérance. Mais ça ne suffit pas. Pour progresser, je crois qu'il faut aussi de l'admiration mutuelle. Je connais depuis dix-neuf ans le recteur de la mosquée de Villeurbanne, près de Lyon, Azzedine Gaci. Bon, c'est un professeur de physique, sa femme est médecin, mais quand je l'écoute parler, je me demande comment ça se fait que je reste un chrétien médiocre. Parce que je l'admire, j'ai envie d'être vraiment, sérieusement chrétien. Nous voyons chez l'autre quelque chose qui suscite notre admiration, qui va nous donner envie de nous réveiller spirituellement.
Il n'y a pas longtemps, dans mon diocèse, j'apprends l'histoire de deux copains de classe. Un jeune Français et un jeune Marocain musulman. Le jour où Luc est entré dans la maison de formation de Paray-le-Monial, son ami a passé toute la journée dans la basilique de Fourvière. Ces choses-là arrivent.
Avec le recteur de la mosquée de Lyon, nous nous sommes rendus à Tibhirine, en Algérie (NDLR : monastère trappiste dont les sept moines furent enlevés et décapités en 1996 par le Groupe armé islamiste, durant la guerre civile algérienne). Nous étions un groupe de huit catholiques et huit musulmans. Nous sommes allés tout de suite sur la tombe des moines : nous y avons lu un passage du Coran et un autre de l'Évangile. Et puis, j'ai dit je vais aller célébrer la messe dans la chapelle des moines. Et vous les musulmans, vous restez ici. Dans 45 minutes, nous vous rejoignons. À ce moment-là, Gaci, qui était président du conseil régional du culte musulman, dit : « Non, nous allons tous à la messe. » Ils sont tous venus à la messe. On dira ce qu'on voudra, mais moi je trouve que c'est beau.
Au Vatican, actuellement, il y a une personnalité remarquable sur ce sujet, c'est le cardinal Jean-Louis Tauran. Il a l'avantage d'être très bien vu de tout le monde arabe. Cela permet de dire des choses. Ainsi, quand le roi d'Arabie saoudite (NDLR : le roi défunt Abdallah) est venu voir Benoît XVI, la rencontre s'est très bien passée. Le roi était enchanté. À un moment, il dit au pape : « Nous aimerions que la rencontre qui a eu lieu au Vatican entre responsables musulmans et chrétiens – le manifeste des 138 – ait lieu en Arabie saoudite. » Benoît XVI lui dit alors : « Très volontiers, la seule chose, c'est qu'il faut que les chrétiens, les évêques et les cardinaux qui se rendent en Arabie saoudite puissent célébrer la messe. » Et le roi lui dit : « C'est une évidence. » Mais rentré chez lui, il a vu que ce n'était pas possible.

 

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Nokkari : C'est la preuve que la convivialité est possible

(Extraits du discours de Mohammad Nokkari à la basilique de Longpont (Essonne), le 21 mars 2015.)

 

« Je viens du Liban, ce petit pays qui a subi pendant un certain temps la guerre, la haine et la destruction... mais qui a connu aussi des témoignages formidables d'attachement à la vie commune entre les musulmans et les chrétiens.
« (...) Notre rencontre aujourd'hui entre personnes de confessions différentes est la preuve qu'à part la citoyenneté, pierre angulaire de notre identité nationale, l'amour d'une personnalité religieuse élue et pure, d'une douce, tendre et affectueuse mère, ne peut que renforcer le respect mutuel que nous avons les uns pour les autres et la volonté de vivre ensemble dans la paix et l'amour réciproque.
« Aucune atteinte n'est ici portée à la croyance du musulman ou à celle du chrétien. D'ailleurs, dans cette rencontre, on ne mentionnera que le lien d'amour et de vénération pour la Vierge sainte et pure qui nous unit. On ne discutera pas ici nos différences théologiques : le musulman restera musulman et le chrétien demeurera chrétien. Cette rencontre n'a pas pour objectif d'ajouter une autre fête religieuse aux deux fêtes officielles des musulmans. Pas de nouvelle fête non plus pour les chrétiens. La fête religieuse chrétienne de l'Annonciation gardera ses rites et ses cérémonies et cette rencontre mariale ne remplace pas les rites et les cérémonies de la fête chrétienne de l'Annonciation. Il n'y a dans cette rencontre aucune pratique cultuelle musulmane ou chrétienne commune. Cette rencontre n'invente pas une nouvelle religion, ni une nouvelle doctrine, ni des rites différents pour l'occasion.
« Cette rencontre a établi un nouveau phénomène culturel au-delà des frontières de l'islam et du christianisme. Elle a montré qu'il est possible de réussir la mise en place d'une convivialité et d'une bonne entente entre toutes les composantes de la société malgré les clivages religieux. »

Pour mémoire

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Halim Abou Chacra

Un cardinal sans aucun rouge, ça fait bien plaisir.

Honneur et Patrie

En 1964, j'ai eu un problème financier important à résoudre, c'est un ami musulman Malih Mounir Zantout pour ne pas le nommer qui m'avait aidé. C'est tout dire.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Quel que soit "l'habit" sous lequel le curé apparait, qu'il annonce d'1 voix suave que l’islamiste ne l'a pas trucidé. Et expose les raisons du salut, dans le fait que la "nature" ne l'a pas à lui adapté. Il le dépasse en effet, et c'est wâïïï les "coups" de l’intégriste ne peuvent le toucher. Celui-ci n’est qu’1 "petit exécuteur" qui, "s'il était pendu haut ; à la lanterne ; on ne saurait le retrouver." ! Voilà l'humour prélat terrifiant. Son ennemi, il le pose à ses côtés pour donner le relief voulu à sa propre perfection. Le monstre a 1 hache. Lui, l’ensoutané, ne porte dans sa pétulance, d'autre arme que la férule qui châtie les impertinences des méchants. Ce géant se contente d'affronter en pédagogue l'islamiste, au lieu d'écraser ce téméraire. Il le réprimande pour son insolence et ses défauts d'adolescence ! Mais si sa schlague siffle dans les tympans du pupille islamiste, et si 1 parole corsée risque d'annuler l’effet, faut pas oublier qu'1 preux ne saurait enseigner comme des pédants "d'école?" ordinaires, et que la nature revient par la fenêtre sitôt chassée par la porte. Et que si les propos d'1 gnome comme l'islamiste peuvent écœurer par leur obscénité, les propos d'1 colosse comme le calotté résonnent "majestueusement" comme les cors de la nature. Va-t-on mesurer le langage de "l’héros", à l'aune bornée du langage islamiste ? On n’ira pas croire qu’1 curé retombe dans le poissard, lorsqu'il qualifie le héros préféré de la "paroisse", de "têtu comme un âne".

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