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Culture - Concert

Christophe, quelque part entre Aline et Alien

La dernière fois que ses inamovibles santiags se sont promenées sur les planches libanaises, c'était il y a quatre ans. Pour son retour – sur la scène du Casino du Liban, cette fois-ci –, la magie était encore au rendez-vous, au propre comme au figuré. Les santiags aussi.

Cinquante ans de romance et des poussières d’improvisations.

Christophe ne vit que la nuit. Aujourd'hui, ses nuits sont souvent studieuses : il a installé un studio chez lui et il compose dans son antre, entouré de ses machines, obstiné inventeur de sons qu'il est. Quand il nous invite alors à partager l'intimité de ses soirs, ou lorsqu'il s'incruste dans les nôtres, c'est déjà une aubaine. Pour Christophe, « l'esprit de collection » constitue également l'essentiel de son rapport au monde. Dans sa collection, il y a des juke-box, des 78 tours, des voitures, des synthétiseurs, des instruments, mais aussi des sons, des bouts de texte... qu'il amasse et stocke dans sa tête. Lorsqu'ils rejaillissent, de nombreuses années plus tard, dans un élan de générosité, c'est aussi une grande chance. Le public du Casino du Liban, ce soir-là, s'est donc senti privilégié d'assister au concert du chanteur aux cheveux peroxydés (dans un coproduit de Star System-2U2C). Un spectacle où chacun a bu à la source, selon sa soif, entre le kitsch d'Aline et les prémices de son prochain disque, fondamentalement électro.

 

Cage chromée
Dans une sorte de cage baldaquin chromé où le chanteur s'isole (tout en restant bien là), il démarre sa représentation avec Voix sans issue qui plonge le public dans un univers à mi-chemin entre Aline et Alien. Mains sur les cuisses moulées de jean gris sur bottes grises, il redresse son buste princier « gaufré » d'un pull marine. Derrière ses lunettes cerclées, ses yeux n'ont rien perdu de leur étincelle un brin subversive. « Bonsoir », marmonne-t-il de sa voix mercurielle si singulière. Puis, pendant près de deux heures, il a déployé ses quantas esthétiques : cinquante ans de romance, ses grands classiques à la demande du public et des poussières d'improvisions, parce qu'il a quand même eu l'envie « de se faire plaisir ». Mais la grande surprise de ce concert, c'était la voix, qu'on soupçonnait voilée ou carrément éteinte et qui est parvenue à gravir tous les sommets d'hier et d'aujourd'hui sans montrer de véritables signes extérieurs d'épuisement. Cette voix qui remplace mille instruments, cette voix sans filtre, une voix qui constitue assurément l'instrument central de cette tournée intime.

 

Bluff et dépouillement
En toute intimité donc, tel un lonely cow-boy en santiags délavées, le grand Christophe s'est promené entre son piano « auquel il s'est mis il y a à peine deux ans », sa guitare, son synthé et son harmonica pour offrir un moment solo de partage avec un public assez capricieux. Sur le fil, telles ses Marionnettes d'antan réanimées en douceur, entre Paradis perdus et Petite Fille du soleil métamorphiques, l'art de Christophe, tel que mis en œuvre dans ce cadre 2015, tenait d'un télescopage alchimique : futur antérieur, puissance et délicatesse, bluff et dépouillement, atypie populaire.

Poker
Ponctuant chaque chanson d'un laconique et trembloté « Merci, infiniment merci », le chanteur ne s'est pas contenté de ressortir ses valeurs sûres. Christophe, joueur de poker qu'il est, avait bien quelques atouts non retournés dans sa manche. S'aventurant sur des titres qu'il n'avait pas chantés depuis des lustres, il leur a octroyé une deuxième vie. Des moments de grâce, comme sur cette version revampée de La Petite Fille du troisième, sur la scénographie d'une Daisy encagée ou sur un Je l'ai pas touchée entonné avec une voix de muezzin sous acide. Une compilation de maquettes, d'esquisses expérimentales et autres versions inédites de ses tubes des années 60, 70 et 80 ; une bénédiction pour ceux qui ont toujours rêvé de visiter l'arrière-cuisine de ses albums officiels, voire de pénétrer l'Ali Baba complexe de son univers qu'il investit comme un film. Les nappes de synthés, tapissées de patchworks vocaux, des paroles pleurées et des chuchotements ont donc créé une nuit cosmique d'affects et de sons, toute cinématographique et pourtant d'une simplicité troublante.
Après deux heures d'un spectacle total et totalement barré, aux frontières du réel et du kitsch, et même si le public n'a pas toujours été à la (dé)mesure sidérale de l'artiste, on avait une seule envie : crier Christophe, pour qu'il revienne ?

 

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Christophe ne vit que la nuit. Aujourd'hui, ses nuits sont souvent studieuses : il a installé un studio chez lui et il compose dans son antre, entouré de ses machines, obstiné inventeur de sons qu'il est. Quand il nous invite alors à partager l'intimité de ses soirs, ou lorsqu'il s'incruste dans les nôtres, c'est déjà une aubaine. Pour Christophe, « l'esprit de collection » constitue également l'essentiel de son rapport au monde. Dans sa collection, il y a des juke-box, des 78 tours, des voitures, des synthétiseurs, des instruments, mais aussi des sons, des bouts de texte... qu'il amasse et stocke dans sa tête. Lorsqu'ils rejaillissent, de nombreuses années plus tard, dans un élan de générosité, c'est aussi une grande chance. Le public du Casino du Liban, ce soir-là, s'est donc senti privilégié d'assister au...
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