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Moyen Orient et Monde - Éclairage

L’Otan face à la guerre hybride russe

Une nouvelle tactique remplace la déclaration de guerre classique par la mystification.

L'Otan s'efforce de protéger et rassurer les pays baltes, tourmentés par la menace d'un conflit hybride, la nouvelle tactique russe où, disent experts et militaires occidentaux, la mystification remplace la déclaration de guerre classique. Selon James Sherr, du centre de réflexion britannique Chatham House, la guerre hybride est prévue « pour paralyser un État avant même qu'il ne se rende compte que le conflit a commencé. C'est un modèle de guerre inventé pour glisser sous le seuil de perception et de réaction de l'Otan ».
Le recours par Vladimir Poutine à des « hommes verts » anonymes dans l'opération d'annexion de la Crimée l'an dernier a alarmé les trois membres baltes de l'Otan et de l'Union européenne, qui n'ont pas oublié leur demi-siècle d'occupation soviétique. Alors qu'une invasion grandeur nature y semble peu probable, il n'en est pas de même pour ce qui est de l'intervention hybride et de la tactique de déstabilisation conçues par Moscou pour tester la détermination de l'Otan.
La guerre hybride de Poutine repose entre autres sur « la désinformation, la corruption et la pression économique », destinées à « saper une nation », indique Raimonds Vejonis, le ministre letton de la Défense. La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, ne mâche pas ses mots : « La première étape de la confrontation a déjà lieu : je pense à la guerre des informations, à la propagande et aux cyberattaques. L'agression est déjà là. »

Cheval de Troie
Alexander Vershbow, le secrétaire général adjoint de l'Otan, voit dans ce modèle la version moderne du cheval de Troie. L'Otan « cherche comment se préparer, dissuader et – si nécessaire – se défendre contre des menaces hybrides », assure cet ancien ambassadeur des États-Unis à Moscou.
Pour ne pas être prise au dépourvu face à une présence militaire russe accrue dans la zone de la Baltique, l'Alliance y dépêche des troupes en rotation. L'Otan renforce ainsi son flanc oriental avec une force de réaction très rapide forte de 5 000 soldats et de six centres logistiques dans les pays baltes, en Bulgarie, Pologne et Roumanie. Les États-Unis y ont déployé en mars tout un contingent de matériel lourd, dont des hélicoptères et des chars, dans le cadre de l'opération Atlantic Resolve.

Militarisation des médias
La minorité russe représentant environ un quart de la population de l'Estonie et de la Lettonie, la télévision et la radio russes contrôlées par le Kremlin, ainsi que l'activité russe sur Internet font partie, selon des experts, de la bataille hybride livrée contre les cœurs et les esprits baltes. M. Poutine a justifié l'annexion de la Crimée par la nécessité de défendre ses compatriotes, suscitant l'idée que Moscou pourrait appliquer la même formule chez les Baltes.
Selon Olga Draguileva, journaliste à Riga, une guerre médiatique hybride visant à semer « de l'insatisfaction et des illusions » parmi les Russes ethniques bat son plein en Lettonie. Janis Karklins, le directeur du Centre d'excellence sur les communications stratégiques de l'Otan à Riga, parle d'une « militarisation des médias sociaux ».

À Tallinn
Beaucoup estiment que l'Estonie avait connu un avant-goût de la guerre hybride en 2007, où ce pays de 1,3 million a subi une importante cyberattaque contre ses sites officiels et bancaires. L'agression a été généralement attribuée à des pirates informatiques russes, bien que le Kremlin ait démenti son implication dans l'affaire.
Comme dans une guerre hybride, les cyberagresseurs sont difficiles à identifier et ne craignent pas une riposte immédiate et ciblée comme lors de la guerre conventionnelle. Tallinn, capitale d'un des pays les plus « branchés » du monde, abrite aujourd'hui un centre de cyberdéfense de l'Otan. Pour parer à des scénarios hybrides, l'Alliance doit développer des réponses hybrides permettant de « déployer les forces qu'il faut, où il faut et quand il faut », selon M. Vershbow.


Mike COLLIER et Mary SIBIERSKI/AFP

L'Otan s'efforce de protéger et rassurer les pays baltes, tourmentés par la menace d'un conflit hybride, la nouvelle tactique russe où, disent experts et militaires occidentaux, la mystification remplace la déclaration de guerre classique. Selon James Sherr, du centre de réflexion britannique Chatham House, la guerre hybride est prévue « pour paralyser un État avant même qu'il ne se rende compte que le conflit a commencé. C'est un modèle de guerre inventé pour glisser sous le seuil de perception et de réaction de l'Otan ».Le recours par Vladimir Poutine à des « hommes verts » anonymes dans l'opération d'annexion de la Crimée l'an dernier a alarmé les trois membres baltes de l'Otan et de l'Union européenne, qui n'ont pas oublié leur demi-siècle d'occupation soviétique. Alors qu'une invasion grandeur nature y...
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